Problèmes économiques
No 2.851
12 mai 2004
DOSSIER : IMMIGRATION ? LES IMPACTS SUR LE MARCHE DU TRAVAIL
Mythes et réalités de l’immigration
The Economist
Une idée très répandue consiste à dire que les immigrés prennent les
emplois des nationaux. Or, si on raisonne dans le cadre d’une économie flexible où le
marché du travail s’ajuste aux évolutions de la main-d’œuvre, les conclusions sont toutes autres,
c’est ce que confirme une étude menée par un chercheur de University College London. De la
même manière, l’afflux d’immigrés dans un pays ne contribue pas à faire reculer
les salaires des travailleurs présents sur le marché du travail. Autre mythe revisité dans
l’article : les immigrés profiteraient davantage du système de protection sociale qu’ils
ný contribueraient à travers l’impôt.
Les migrations dans les pays de l’OCDE
OCDE SOPEMI
Quelle place les étrangers et les immigrés occupent-ils sur le marché du travail des pays
de l’OCDE ? S’ils constituent une part importante de la force de travail sur l’ensemble de la zone, leur poids
reste très variable selon les pays d’accueil. Ils représentent entre 15 % et 20 % de la population
active dans des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada ou les Etats-Unis, contre 8,9 %
en Allemagne et 6,2 % en France. Leur taux d’activité est généralement
inférieur à celui des nationaux. De même, il sont plus souvent exposés au
chômage. Certes, leurs emplois restent concentrés dans quelques secteurs (construction,
hôtellerie, restauration…). Toutefois, depuis quelques années, une diffusion progressive vers les
emplois du secteur tertiaire est à l’œuvre. La phase d’expansion économique des années
quatre-vingt-dix s’est accompagnée, aussi bien dans les pays d’Europe du Sud qu’en Irlande ou aux
Etats-Unis, d’une très forte augmentation de l’emploi étranger. A l’inverse, le retournement de
conjoncture, observé au cours de l’année 2000, s’est traduit par un arrêt brutal de
l’accroissement de l’emploi étranger.
Coûts et avantages pour la main-d’œuvre
The Political Quartely
Mark Kleinman
Aussi bien sur un plan théorique qu’empirique, les migrations ont un impact économique positif
au niveau mondial. Ainsi, sous certaines conditions, les pays d’accueil ont tout à gagner à
favoriser l’immigration. Il reste que si la plupart des études aboutissent à des résultats
positifs, ils apparaissent relativement modestes. Par ailleurs, la théorie mentionne l’existence d’effets
négatifs sur les salaires et les emplois des travailleurs nationaux (non immigrants) pouvant
résulter des migrations de certains types de travailleurs très ou faiblement qualifiés.
Toutefois, les études réalisées, notamment au Royaume-Uni, soulignent l’absence
d’impact majeur en la matière. S’agissant des conséquences économiques de
l’immigration sur les immigrants eux-mêmes, il apparaît que, bien qu’ayant des taux d’emploi
inférieurs à ceux de la population non immigrante, les personnes nées à
l’étranger sont globalement avantagées. Mais que ce soit au Royaume-Uni, au Canada ou aux
Etats-Unis, les récentes vagues migratoires se traduisent par une détérioration relative de
la situation des immigrants sur le marché du travail par rapport aux vagues précédentes.
Etats-Unis : les politiques d’immigration au service de la croissance
Chronique internationale de l’IRES
Catherine Sauviat
L’immigration n’est pas un phénomène nouveau aux Etats-Unis. En tant que colonie de
peuplement, le pays a, dès l’origine, été une terre d’accueil. Pour l’économiste,
l’histoire des politiques d’immigration du XXe siècle ne peut être comprise qu’en étudiant
les relations entre d’une part, les politiques et les mouvements d’immigration et d’autre part, les fluctuations du
marché du travail américain et la recherche constante des Etats-Unis d’afficher une position
dominante dans l’espace économique mondial. La décennie quatre-vingt-dix est à cet
égard éclairante. La forte expansion économique qui a eu lieu s’est
accompagnée d’une croissance de la population immigrée sans précédent dans
l’histoire américaine. Au cours de cette période, les employeurs ont réaffirmé
leur position en faveur de l’immigration du fait du moindre coût de la main-d’œuvre
étrangère par rapport à la main-d’œuvre locale.
Les immigrés clandestins concurrencent-ils les travailleurs nationaux ?
Intereconomics
Alessandra Venturini
Les immigrés clandestins concurrencent – ils les travailleurs nationaux ? Telle est la question que se
pose Alexandra Venturini. L’auteur s’intéresse à la population née à
l’étranger qui travaille sur le marché noir du pays d’accueil. Il peut aussi bien s’agir de
personnes n’ayant pas de titre de séjour que de travailleurs immigrés détenant un permis
de séjour mais qui travaillent de façon non déclarée. Si la présence de
travailleurs clandestins stimule le travail au noir, en retour, la demande de travail dans le secteur informel
encourage les entrées illégales. Et au total, il apparaît que la main-d’œuvre locale est
davantage pénalisée par la présence d’une main-d’œuvre étrangère non
déclarée que par celle de travailleurs immigrés déclarés.
EGALEMENT DANS CE NUMERO
ECONOMIE INTERNATIONALE
Les échanges au sein des groupes industriels internationaux
Le 4 Pages des statistiques industrielles - SESSI
Boris Guannel et Claire Plateau
Les grands groupes internationaux recourent de plus en plus fréquemment aux échanges en leur
sein même. Ces échanges offrent de nombreux avantages : meilleure flexibilité dans
l’ajustement des prix et des quantités, spécialisation des sites de production et
amélioration de la compétitivité. Une telle pratique poursuit
généralement deux stratégies: elle peut être commerciale, si le but est d’alimenter
le marché étranger par des filiales sur place, ou industrielle, si l’entreprise souhaite
réintégrer les marchandises dans son système de production.
ECONOMIE ETRANGERE
Russie : pauvreté et marché du travail
Economie et statistique
Ekaterina Kalugina et Boris Najman
Les auteurs cherchent à évaluer la relation entre pauvreté et participation au
marché du travail en Russie. Pour ce faire, ils utilisent deux mesures de la pauvreté : une mesure
en termes de seuil absolu (être pauvre) et une mesure subjective (se sentir pauvre) afin de recueillir une
auto-évaluation du niveau de pauvreté de ceux auprès desquels à
été réalisée l’enquête au cours de la période 1994 - 2000. La seule
participation au marché du travail ne suffit pas à évaluer les risques de pauvreté.
Dans un contexte de forte réduction des revenus du secteur formel et de crise du salariat, il
apparaît nécessaire de tenir compte des différents statuts existants sur le marché
russe : formel, informel et pluri-activité. L’étude aboutit à la conclusion suivante :
détenir un emploi salarié – formel - correspond actuellement à la situation
matérielle la plus précaire en Russie. En effet, avoir un seul emploi déclaré -
dans le secteur formel - accroît la probabilité à la fois d’être et de se sentir pauvre.
A l’inverse, la probabilité d’être ou de se sentir pauvre est la plus faible chez les personnes
exerçant plusieurs activités.
SCIENCE ECONOMIQUE
La sociologie économique de Pierre Bourdieu
Cepremap
Robert Boyer
Les critiques de Pierre Bourdieu n’ont vu dans son anthropologie économique qu’une variante mineure
de la théorie néoclassique. Pourtant, une analyse de ses recherches suggèrent qu’il n’en
est rien. Si le vocabulaire de l’économie est abondamment utilisé, il se décline de
façon spécifique dans chaque champ analysé et aboutit à des résultats
tout à fait différents des conclusions de la théorie des choix rationnels. De la
même manière, loin d’une histoire immobile fondée sur la simple reproduction des
phénomènes sociaux, la sociologie économique de Pierre Bourdieu propose une
théorie du changement et des crises. Enfin, même si les objectifs sont différents, des
homologies apparaissent entre les approches de Pierre Bourdieu et les travaux inspirés par la
théorie de la régulation.