Problèmes économiques
No 2.961
24 décembre 2008
DOSSIER :
Minima sociaux, le temps de la réforme
Le revenu de solidarité active, plus que jamais
La Vie des idées
Martin Hirsch
La Vie des idées a, en avril 2008, lancé un débat sur le revenu de solidarité active (RSA) à partir de contributions de chercheurs comme Dominique Méda ou Jean-Luc Outin. Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, et initiateur de ce nouveau dispositif, a souhaité apporter une réponse aux six des principales critiques qui ont été formulées sur le RSA. Celui-ci, qui entrera en vigueur le 1er juillet 2009, est, selon lui, le seul moyen à la fois d'élargir le public des bénéficiaires de minima sociaux (et ainsi de diminuer le nombre d'exclus) et de les inciter à reprendre un travail. Martin Hirsch reconnaît toutefois, dans le but d'améliorer l'efficacité du dispositif, la nécessité de développer les politiques d'accompagnement de l'emploi, comme l'amélioration de l'accès aux différents modes de garde d'enfant. Il souhaiterait également, afin de ne pas favoriser la multiplication des emplois à temps partiel, recourir à des allègements de charges sociales pour les employeurs, de sorte qu'ils ne perçoivent pas une aide identique dans le cas des emplois à temps partiel et à temps plein.
Un RSA modérément solidaire
Alternatives économiques
Denis Clerc
L'idée du revenu de solidarité active (RSA) est née d'un constat : la pauvreté ne frappe pas uniquement les individus sans emploi. Il y aurait en effet, en France, 2,5 millions d'actifs pauvres (pour la plupart à temps partiel ou en périodes de chômage alternées avec du travail). Le RSA devrait éviter aux individus acceptant un emploi de tomber dans cette " trappe à pauvreté active " en leur garantissant un complément de revenu qui diminue à mesure que le salaire augmente. Si 5 millions de ménages devraient être concernés par la mesure applicable dès le 1er juillet 2009, le RSA serait, pour des raisons de coûts, moins ambitieux que nécessaire. Selon l'auteur, le dispositif risque de ce fait de ne pas avoir les effets escomptés sur la pauvreté et les inégalités.
Le système français de minima sociaux
Recherches et Prévisions
Emmanuelle Nauze-Fichet
Les minima sociaux sont des prestations sociales accordées aux individus qui perçoivent de très faibles revenus afin de leur permettre d'atteindre ainsi un revenu minimum. Ce sont des compléments " non contributifs " qui reposent sur une logique de solidarité, contrairement à l'assurance maladie ou l'assurance chômage pour lesquelles il faut au préalable avoir cotisé. La France détient l'un des plus grands nombres de minima sociaux (neuf en tout) au profit de 3,5 millions d'allocataires (c'est-à-dire 7,4 % de la population âgée de plus de 20 ans). Cela en fait un des systèmes les plus complexes, dont l'inefficacité a souvent été critiquée car elle est, selon l'auteur, source d'iniquités. Le revenu minimum d'insertion (RMI), dont on fête le vingtième anniversaire en 2008, est le minimum social le plus important puisqu'il bénéficie à 1,17 millions d'individus.
Un panorama des minima sociaux en Europe
Etudes et Résultats
Patrick Horusitzky, Katia Julienne et Michèle Lelièvre
Les systèmes de minima sociaux des pays de l'Union européenne (UE) présentent des caractéristiques divergentes. Ainsi, le nombre de minima sociaux varie d'un pays à l'autre (9 dispositifs en France contre un seul en Finlande, par exemple). Trois minima sont toutefois fréquents : le revenu minimum garanti, le minimum vieillesse et la garantie de revenu aux personnes handicapées. Il y a en revanche moins de bénéficiaires du revenu minimum garanti en Italie (0,15 % de la population totale) qu'en Finlande (6 %). Le rôle important que joue la famille en Italie comme amortisseur social peut en partie expliquer ce constat. Les réformes mises en place ces dernières années présentent néanmoins des caractéristiques communes comme le renforcement des politiques favorisant le retour à l'emploi et la décentralisation des prestations.
Les travailleurs pauvres en France
Futuribles
Julien Damon
Si la France connaissait déjà, dans les années 1970, le phénomène des travailleurs pauvres - 40 % des personnes pauvres appartenaient, à cette époque, à un ménage d'actifs -, les économistes en ont fait un objet d'étude seulement depuis le début des années 2000. La pauvreté " active " a augmenté, imposant l'idée que l'emploi ne constitue pas un rempart absolu contre elle. L'auteur cherche d'abord à définir la notion de pauvreté " active " ou " laborieuse " en distinguant les individus, dont les revenus se situent en deçà du seuil de pauvreté, mais qui ont un emploi (1,6 million) de ceux qui n'en ont pas (2,5 millions). Il propose ensuite une comparaison de ces résultats avec ceux d'autres pays industrialisés et conclut que la France, avec 8 % de travailleurs pauvres, se situe (en 2001) au-dessus de la moyenne européenne.
Egalement dans ce numéro
EDUCATION
Vers un marché international de l'enseignement supérieur ?
Critique internationale
Christine Musselin
Les réformes de l'enseignement supérieur se sont succédé, ces dernières années, en France, comme dans la plupart des pays européens. La thématique en vogue de l'économie de la connaissance a placé les universités au cœur des préoccupations gouvernementales. La quête de meilleures performances dans les domaines de l'éducation, de la recherche et de l'innovation a abouti à une remise en cause du rôle de l'Etat et à une transformation des organisations. Les logiques de privatisation se sont affirmées et l'idée de transférer vers les universités des modes de gouvernance et de management issus du privé s'est progressivement imposée. Enfin, au cours des dernières décennies, la mobilité internationale des étudiants et des universitaires s'est développée et est même devenue une source de revenus. L'intensification de ces échanges, dans le cadre de la mondialisation, annonce peut-être l'avènement prochain d'un marché international de l'enseignement supérieur.
CHANGEMENT CLIMATIQUE
Le coût d'opportunité du protocole de Kyoto
Financial Times
Bjørn Lomborg
Ne niant ni la réalité du changement climatique, ni le fait qu'il résulte de l'activité humaine, l'auteur estime toutefois trop élevé le coût des politiques préconisées dans le cadre du protocole de Kyoto pour des résultats sans doute très modestes. Rappelant que l'on meurt globalement plus de froid que de chaud sur Terre, il suggère notamment que le réchauffement climatique est susceptible de sauver davantage de vies que d'en détruire. Il considère également qu'il est plus efficace et beaucoup moins coûteux de lutter contre les effets du réchauffement climatique que de tenter de réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2). Ainsi peut-on, par exemple, espérer lutter efficacement contre les vagues de chaleur, qui seront de plus en plus fréquentes au cours du siècle qui commence, en transformant l'urbanisme des villes les plus exposées afin dý réduire la quantité d'asphalte et de béton, qui retiennent la chaleur, et dý rendre la végétation plus abondante. De même, si le réchauffement climatique devrait sensiblement augmenter les ravages du paludisme, il est plus aisé et plus efficace de lutter contre ce fléau non pas en réduisant les émissions de CO2 mais en luttant contre la pauvreté, afin de permettre aux populations touchées de recourir aux sprays, moustiquaires et traitements appropriés. Il s'agit en somme, dans un monde où les ressources sont limitées, de hiérarchiser les priorités en effectuant, pour chaque mesure envisagée, un bilan coût/avantage afin de déterminer celles qui sont les plus susceptibles d'améliorer le bien-être mondial au moindre coût.
ENTREPRISES
La stratégie à l'heure de l'hyper-concurrence
Economie et management
Serge Edouard
La recherche en management stratégique distingue deux approches - complémentaires mais partielles - de la concurrence. Un premier courant de pensée envisage l'intensité de la concurrence comme un facteur exogène à l'entreprise. Le jeu concurrentiel devient ainsi un processus de sélection et la stratégie ne sert qu'à s'adapter à cet environnement. Selon l'autre approche, on considère, à l'inverse, que la concurrence est le produit des manœuvres stratégiques des entreprises. Elle n'est plus une donnée, mais peut être influencée par l'entreprise qui est susceptible de la retourner à son avantage à travers des stratégies d'attaques, de dissuasion ou de défense. A l'heure de l'hyper-concurrence, les entreprises sont de plus en plus souvent contraintes de modifier le jeu concurrentiel en déployant des stratégies proactives qui peuvent être agressives ou coopératives.