Problèmes économiques
No 2.963
21 janvier 2009
DOSSIER :
Crise : la faute à... la finance ?
Haro sur la finance !
Le Monde
Denis Chemillier-Gendreau et Elyès Jouini
Les banques et les marchés financiers sont au cœur de la crise économique actuelle et pour de nombreux observateurs, la finance et les mathématiques financières portent une responsabilité majeure dans son déclenchement. Les auteurs réfutent ce point de vue en rappelant d'abord les apports de la finance internationale, et notamment de ses innovations, en faveur d'une allocation optimale des risques dont profitent les entreprises et les citoyens. En outre, ils critiquent le rôle de l'Etat régulateur dans la crise. Selon eux, ce dernier porte une responsabilité importante puisqu'il n'a pas osé endiguer une croissance artificielle, reposant sur un niveau historiquement bas des taux d'intérêt, notamment américains. Malgré ces critiques, ils n'en oublient pas pour autant de rappeler les praticiens des mathématiques financières à leurs responsabilités. Ces derniers auraient dû garder à l'esprit que connaître le risque et le modéliser ne suffisent pas à le maîtriser.
Une brève histoire de la finance : entre déréglementation et mondialisation
The Economist
L'histoire récente de la finance a été marquée par la déréglementation. Celle-ci a été portée par un courant de pensée favorable à la primauté des marchés et opposé à une réglementation trop stricte. Le développement de la finance est aussi le reflet de mutations économiques et financières profondes. Le point de départ a été l'abandon du système de Bretton Woods en 1971. Le flottement des monnaies, associé progressivement à la fin des contrôles de capitaux, a suscité des besoins très divers auxquels l'industrie de la finance a su trouver, à chaque fois, les réponses et les produits adaptés, comme l'illustre la création des options, des swaps (sur devises, sur taux d'intérêt ou, plus récemment, sur le risque de défaut) ou l'essor de la titrisation. Selon l'analyse dominante, ces produits diversifient le risque et rendent ainsi les marchés plus robustes. Les autorités de régulation n'ont pas été inactives face à cette évolution. Au fur et à mesure, elles ont modernisé leurs outils de surveillance, mais cela n'a pas empêché les banques et autres acteurs de la finance de prendre toujours plus de risques.
Les mathématiciens financiers face à la finalité de leur travail
Le Figaro
Stéphane Jaffard
Depuis la crise des subprimes, les produits financiers les plus complexes sont au banc des accusés - et avec eux les mathématiciens financiers. Philippe Jaffard, président de la Société mathématique de France, ne partage pas cette vision. Selon lui, la crise financière serait plutôt le signe d'une utilisation insuffisante des mathématiques, notamment de la part des autorités financières et politiques, que celui d'un excès. Cependant, il reconnaît que la balle est aussi dans le camp des mathématiciens qui devraient communiquer davantage, en particulier sur les interactions bénéfiques de leur discipline avec d'autres domaines scientifiques. En outre, les mathématiciens, qui sont très actifs dans les applications comme la finance, seront amenés à s'interroger sur la déontologie de leur activité : doivent-ils travailler à enrichir le système banquier ou avoir plutôt pour ambition de contribuer au bien commun.
Lecture critique de la finance : quand le " cygne noir " apparaît
Lettre de l'Institut économique Molinari
Cécile Philippe
Avec la crise économique et financière, l'analyse des événements imprévisibles suscite un regain d'intérêt. De nombreux auteurs se sont déjà penchés sur la survenu d'" événements improbables " - on peut citer notamment la théorie du chaos - mais sans vraiment parvenir à donner une explication satisfaisante. Dans son livre Le cygne noir, Nassim Nicolas Taleb, ancien trader et aujourd'hui professeur de sciences de l'incertitude aux universités de New York et du Massachusetts, développe sa propre théorie de l'imprévisible ou plus précisément d'événements jugés improbables - les " cygnes noirs ". L'auteur identifie trois caractéristiques de ce type d'événement : il est totalement inattendu, son impact est considérable et nous trouvons des raisons logiques pour l'expliquer a posteriori. Quelques exemples de "cygnes noirs" selon l'auteur : la chute de l'Union soviétique, la bulle Internet, les attentats du 11 Septembre, ou la crise financière actuelle.
Exportation de la french touch ou fuite des cerveaux ?
Variance - La revue des anciens élèves de l'ENSAE
Gilles Pagès
L'enseignement des mathématiques financières en France est de très haut niveau et les jeunes diplômés de cette discipline sont très recherchés sur le marché de l'emploi. Fortes de ce succès, de nombreuses écoles et universités ont étoffé leurs filières financières, jusqu'à devenir, dans nombre d'établissements, la principale option de spécialisation. Cette tendance affecte surtout les écoles d'ingénieurs et de commerce où de plus en plus d'élèves - attirés par le niveau très élevé des salaires - s'orientent vers les métiers de la finance. Diplôme en poche, les départs pour l'étranger sont nombreux : plus de la moitié d'une promotion part travailler hors de France, notamment dans des établissements financiers anglo-saxons. Cette fuite des cerveaux que constitue le départ de l'élite des jeunes ingénieurs et diplômés scientifiques peut avoir de retombées positives, mais ne représente-t-elle pas aussi à terme un réel danger ? L'auteur propose de consolider et de développer la filière pour créer en France un pôle mondial de la recherche financière ; l'attractivité française en serait ainsi renforcée.
Egalement dans ce numéro
ENERGIE
Les alternatives au pétrole
Journal du CNRS
Laurianne Geffroy
La demande d'énergie n'a jamais été aussi grande qu'aujourd'hui et pourrait être multipliée par deux d'ici à 2050. Le pétrole semble en voie de disparition et le recours aux énergies fossiles dans leur ensemble doit être révisé à la baisse dans le cadre de la réduction des émissions de CO2 (dioxyde de carbone). Dans ce contexte, quelles sources d'énergie développer pour demain ? Les solutions ne manquent pas, du nucléaire - qui fait l'objet d'un nouvel engouement - aux énergies renouvelables déjà performantes comme le solaire, l'éolien, la géothermie, la biomasse, etc. La recherche dans le secteur de l'énergie est particulièrement dynamique mais les problèmes énergétiques ne peuvent pas être seulement résolus par des progrès scientifiques. Il faut aussi que les solutions proposées soient efficaces sur les plans économique, législatif et sociétal.
ECONOMIE DU DEVELOPPEMENT
L'Afrique à la recherche de financements
Revue Tiers Monde
Lisa Chauvet et Sandrine Mesplé-Somps
Le processus de libéralisation, entamé en Afrique depuis quelques années, a permis une augmentation sensible des flux d'investissements directs étrangers (IDE) vers le continent. Mais toutes les économies africaines n'en bénéficient pas de la même manière. L'aide publique au développement (ADP) ne compense, en réalité, le manque de financements privés que pour les pays à revenu intermédiaire, laissant les Etats les plus pauvres à la marge du développement. Ce phénomène est susceptible d'interpeller les pays riches car il est révélateur de l'efficacité relative de ces deux sources de financement pour lutter contre la pauvreté.
GOUVERNANCE
Controverses autour des indicateurs mondiaux de la gouvernance
Revue française d'administration publique
Carmen Apaza
La Banque mondiale a créé un ensemble de six indicateurs de la gouvernance mondiale qui permettent de comparer les pays entre eux et d'élaborer un classement annuel de " bonne gouvernance ". Si ces statistiques sont largement utilisées par les investisseurs, l'évaluation de la gouvernance fait, parmi les économistes, l'objet de nombreuses controverses. Beaucoup d'entre eux la jugent peu fiable. Les indicateurs sont en effet construits à partir de données issues de sources parfois très différentes. Ils présentent également un biais majeur dans la mesure où ils sont élaborés à partir de données reposant sur la perception de la bonne gouvernance, dont les critères divergent d'un pays à l'autre.
PREVISIONS ECONOMIQUES
Perspectives 2009 pour l'économie mondiale et la France
Lettre de l'OFCE
Département Analyse et Prévision de l'OFCE
La crise économique et financière que traverse actuellement l'économie mondiale est grave. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) imagine deux scénarios pour 2009. Selon le premier, les tensions ne seront que transitoires, mais les difficultés de financement des agents économiques n'en subsisteraient pas moins. La croissance aux Etats-Unis subirait un fort ralentissement, ainsi que dans la zone euro. Le second scénario décrit une hypothèse plus noire quant à la transmission de la crise à la sphère non financière, avec notamment une restriction drastique de l'offre de crédit. Dans ce cas de figure, la plupart des pays développés entreraient en récession. Compte tenu des récentes évolutions, un tel scénario semble désormais de plus en plus probable.