Problèmes économiques
No 2.964
04 février 2009
DOSSIER :
Nouvelles inégalités dans les pays riches
Opacité sur la mesure des inégalités
Alternatives économiques
Louis Maurin
Alors que la crise économique s'aggrave au fil des semaines et que l'année 2009 s'annonce comme particulièrement difficile, le débat sur les inégalités revient au premier plan. La question des inégalités est complexe, notamment parce que ces dernières sont relativement difficiles à mesurer. Si l'économie française semble être moins inégalitaire que la moyenne des pays européens et présente de meilleurs résultats que le Japon et les Etats-Unis, que faut-il en retenir quand on sait que la mesure des inégalités reste incertaine et ardue ? La comparaison des niveaux de vie est, certes, avec la récente intégration des revenus du patrimoine dans le calcul des inégalités, devenue plus précise - le niveau des inégalités a augmenté - mais certains aspects ne sont toujours pas pris en compte, comme l'accès à la connaissance ou la répartition des tâches domestiques.
Des rentiers aux working rich
Sciences Humaines
Xavier Moléna
L'étude des inégalités tend à se confondre avec celle de la pauvreté, les économistes s'intéressant le plus souvent davantage aux catégories les plus pauvres de la population. Si ces dernières sont nombreuses et nécessitent légitimement l'attention des spécialistes, le monde des fortunés, en pleine transformation, mérite qu'on sý attarde également. La fortune des riches et très riches s'explique désormais davantage par l'augmentation de leurs salaires que par les revenus tirés de leurs rentes. Ces salariés fortunés sont désignés dans le monde anglo-saxon par le vocable " working rich ". Ils sont de plus en plus nombreux depuis dix ans, ce qui conduit à un accroissement des inégalités " par le haut ". La France, restée jusque-là à l'écart de ce phénomène, semble, avec cette récente et forte amélioration de la situation des 10 % les plus riches, converger vers le modèle anglo-saxon.
La pauvreté se transmet davantage entre père et fils que la richesse
OCDE
En France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Italie, les revenus du travail, du patrimoine et des prestations sociales ont entre 40 % et 50 % de chances de se transmettre de père en fils. La probabilité qu'un père transmette son niveau de vie à son fils est calculée au moyen de l'élasticité intergénérationnelle (EI) qui mesure les inégalités dans le temps. En Australie, dans les pays d'Europe du Nord et au Canada, l'EI est égale à 20 %, indiquant que ces sociétés sont plus égalitaires que la plupart de leurs homologues. La mobilité intergénérationnelle est tout particulièrement faible en bas de l'échelle, pénalisant les plus pauvres et rendant inéluctable la transmission de la pauvreté d'une génération à l'autre. Dans son rapport sur les inégalités, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) compare les situations des pays de la zone et tente de montrer que l'éducation et le patrimoine du ménage ont une forte influence sur le degré de transmission des inégalités.
Les inégalités face au logement
Cahier de recherche du CREDOC
Christine Olm et Isa Aldeghi
En France, l'absence d'eau courante et/ou de toilettes à l'intérieur des logements mêmes, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans 95 % d'entre eux alimentait l'idée chez les Américains que les Français ne se lavaient pas. Depuis, les progrès ont été considérables et les conditions de vie nettement améliorées. Plus de 96 % des logements disposent aujourd'hui de ces équipements. L'espace disponible a également augmenté. Mais de fortes inégalités, dues au surpeuplement, demeurent quant à l'espace habitable. On dénombrait, en 2002, 1,8 million de logements sans confort où vivaient 5,5 millions de personnes, alors que deux tiers des résidences principales étaient sous-occupées...
Lutte contre les inégalités : services publics versus transferts monétaires
Rapport de l'INSEE
Elise Amar, Magali Beffy, François Marical et Emilie Raynaud
Les transferts des administrations publiques " en nature " prennent la forme de services gratuits ou délivrés à faible coût. Ils concernent les domaines de la santé, de l'éducation et du logement social et visent à garantir aux individus un accès identique à ces services. Si le niveau de vie des ménages est affecté par les prestations et les prélèvements monétaires liés au système de redistribution, les transferts en nature apparaissent comme particulièrement efficaces car ils contribuent pour plus de 69 % à la réduction des inégalités. Les sommes impliquées, très élevées, expliquent en grande partie leur impact positif.
Egalement dans ce numéro
ENERGIE
Rivalité énergétique mondiale
Etudes
François Lafargue
Le développement de la Chine et de l'Inde a entraîné, au cours des dernières années, une forte augmentation de la consommation de pétrole. Les équilibres énergétiques de la planète sont ainsi profondément et durablement modifiés. L'accès aux sources d'approvisionnement et leur diversification sont désormais un enjeu essentiel pour Pékin et New Delhi. Cette question hante également l'administration américaine tant elle revêt un caractère stratégique. Les principales puissances économiques du XXIe siècle sont désormais engagées dans une véritable compétition pour sécuriser leur approvisionnement en hydrocarbures. Cette rivalité sans merci n'est pas sans danger, puisqu'elle risque de provoquer une instabilité économique et des tensions politiques ouvrant une période lourde d'incertitude.
PARTENAIRES SOCIAUX
Le paritarisme a-t-il un avenir ?
Droit social
Jean-Paul Jacquier
Le paritarisme désigne la gestion commune de certains organismes sociaux (Sécurité sociale, assurance chômage, retraites complémentaires, etc.) par les syndicats de salariés et les organisations patronales. Ces dernières années, plusieurs événements - le dernier en date est la fusion entre l'Unedic (paritaire) et l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE - établissement public) - amènent à s'interroger sur les évolutions possibles des organismes paritaires. La tendance au renforcement de la place de l'Etat dans la gestion de certaines institutions paritaires, ainsi que les ponctions financières de l'Etat opérées dans plusieurs trésoreries paritaires suscitent, selon l'auteur, quelques craintes à propos de l'avenir du paritarisme. La remise à plat du système conduite aujourd'hui devrait permettre de se pencher sur l'histoire et le mode de fonctionnement original et complexe d'un pan entier du système de protection sociale. Seulement, comme le remarque également l'auteur, ce tournant se réalise dans l'opacité et sans véritable débat public...
DEVELOPPEMENT
Quelques limites du microcrédit comme levier du développement
Informations et Commentaires
Jean-Michel Servet
Le succès médiatique rencontré, ces dernières années, par le microcrédit a fini par faire croire au caractère quasi miraculeux de celui-ci comme instrument de lutte contre la pauvreté. Or, selon l'auteur, les conditions d'un effet positif du microcrédit ne sont en réalité qu'exceptionnellement remplies. Même au Bangladesh, l'un des pays de la planète où il a certainement été le plus diffusé, le bilan du microcrédit, du point de vue économique et social, apparaît bien plus limité qu'on ne l'a dit. Ce constat devrait conduire, selon l'auteur, à réduire son poids dans les modèles politiques de lutte contre la pauvreté. Le microcrédit peut avoir une certaine efficacité, mais il n'est qu'un instrument parmi une variété d'autres, financiers et non financiers.
MARCHE DU TRAVAIL
L'activité des immigrés en 2007
INSEE Première
Jacqueline Perrin-Haynes
Les immigrés résidant en France se déclarant en emploi ou au chômage représentaient, en 2007, 8,6 % de la population active. Si le taux d'emploi des femmes immigrées âgées de 15 à 64 ans est passé de 35 % en 1990 à 47 % en 2007, le taux de chômage des immigrés, dans leur ensemble, est le double de celui des non-immigrés. Les femmes restent, en outre, davantage touchées que les hommes par ce fléau. L'enquête Emploi, réalisée par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), révèle également que le diplôme ne protège guère du chômage. Un quart des immigrés actifs ont en effet un diplôme mais leur taux de chômage est deux fois plus élevé que celui des non-immigrés (15,2 % contre 7,3 %).