Catalogue mis à jour
le 9 Février 2010
La Documentation française
La Documentation française,
Problèmes économiques
Numéro spécial 2.982
11 novembre 2009
DOSSIER :
L'économie européenne...vingt ans après
En guise d'introduction
Les formes inattendues de la puissance européenne
Les essais de Telos
Zaiki Laïdi
Pour décrire l'Europe, on se sert souvent de l'image selon laquelle les pays européens seraient à la fois un géant économique et un nain politique. Zaki Laïdi réfute cette conception trop simpliste de l'Europe. Pour lui, celle-ci est un empire, plus précisément un empire normatif : en tirant avantage de la force de son marché intérieur, riche, attractif et organisé, l'Europe dispose d'un extraordinaire pouvoir pour imposer ses normes au reste du monde. L'auteur rappelle ainsi que ce sont les Européens qui sont à l'origine de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ou du Protocole de Kyoto. Le pouvoir normatif de l'Europe s'étend également à la régulation de la concurrence, ainsi qu'à la gouvernance mondiale. Cette préférence pour la norme s'explique par l'essence même du projet européen. Le seul moyen de lier durablement des pays qui entendent rester souverains est en effet de les faire adhérer à une norme commune d'autant plus contraignante qu'elle aura été négociée.
Des réussites
Europe centrale : la transition économique
Politique étrangère
Sandor Richter
La transition d'une économie planifiée vers une économie de marché est un processus long et difficile. Confrontés d'abord à l'effondrement de leurs économies avec une chute très importante du produit intérieur brut (PIB), les pays d'Europe centrale ont dû traverser une première période difficile marquée par plusieurs crises financières. Mais au fil du temps, la libéralisation des marchés, les privatisations et les politiques de stabilisation macroéconomique ont porté leurs fruits. La perspective de l'adhésion à l'Union européenne a joué un rôle considérable dans ce processus. Aujourd'hui, vingt ans après le début de la transition, les niveaux de développement à l'ouest et au centre du continent se sont rapprochés de façon significative. Cependant, les inégalités se sont creusées et le chômage se maintient, dans un certain nombre de pays de la région, à des niveaux élevés. En 2013, le passage à l'économie de marché sera enfin achevé avec la levée des restrictions sur l'égalité de traitement entre anciens et nouveaux membres de l'Union.
L'euro, monnaie des peuples
Politique internationale
Christian Noyer
Il y a un an, l'euro célébrait ses dix ans d'existence. Première monnaie sans Etat de l'histoire, l'euro par l'origine de sa création et les fondements de son fonctionnement est sans doute l'expression la plus emblématique du projet européen des pères fondateurs de l'Union. La monnaie unique se veut et se révèle, en effet, selon l'auteur, être un instrument de stabilité, de prospérité et de paix en Europe, voire dans le monde. L'euro peut contribuer à la cohésion interne de ses Etats membres et jouer un rôle protecteur non négligeable en situation de crise économique, comme semblent l'avoir montré les évènements récents. Le rôle international de la devise européenne comme monnaie de réserve, de facturation et de paiement, se développe graduellement. Le renforcement de l'Europe, grâce au succès de l'euro, est de nature à accroître la concertation internationale pour la résorption des déséquilibres économiques et monétaires mondiaux.
Le modèle social européen résiste
La note de veille du CAS
Yves Chassard et Jean-Louis Dayan
Dans le domaine social, il existe bel et bien un modèle européen. Il se caractérise par son haut niveau de protection des individus contre les aléas de la vie. Si on veut juger l'influence de la mondialisation sur les principales sécurités qu'il procure, il faut différencier deux pans du modèle social. En ce qui concerne le secteur de la protection sociale, il s'avère que l'idée selon laquelle la mondialisation engendrerait une course vers le bas et ébranlerait les bases du modèle social européen (MSE) n'est pas toujours vérifiée dans les faits. Les systèmes sociaux en Europe doivent plutôt gérer des défis internes comme le vieillissement démographique ou les inégalités sociales. Quant à la protection de l'emploi, celle-ci a subi les profonds changements qu'ont connus les modèles productifs en Europe. Tous les pays européens ont ainsi assoupli leur législation dans ce domaine et le modèle de la " flexicurité " semble devenir pour les Européens le nouvel horizon en matière de modèle social.
Les leçons de la crise
La zone euro face à la crise : premières leçons
Bulletin de l'Observatoire des politiques économiques en Europe
Michel Dévoluy
L'Union européenne (UE) disposait-elle de tous les instruments économiques nécessaires pour gérer la crise ? L'histoire a montré qu'une combinaison pertinente des principaux moyens d'action à la disposition des pouvoirs publics, à savoir les politiques monétaire et budgétaire (policy mix), permettait de faire face à une conjoncture difficile, comme celle que toutes les grandes économies du monde vivent actuellement. Or, dans le cas de l'UE, contrairement aux Etats-Unis, ces politiques sont élaborées distinctement et n'obéissent pas aux mêmes objectifs : la politique monétaire relève de la Banque centrale européenne (BCE) qui veille à la stabilité des prix, tandis que chacun des Etats membres mène de façon autonome la politique budgétaire dans le respect du Pacte de stabilité et de croissance (PSC). Dans ces conditions, mettre en œuvre, au niveau européen, un policy mix est difficile, voire impossible. A l'avenir, il serait souhaitable, selon l'auteur, que la BCE élargisse ses objectifs prioritaires au-delà de la seule stabilité des prix. En outre, un véritable budget européen, financé par un impôt, devrait être institué.
La gouvernance européenne face à la crise
La note de veille du CAS
Marie-Cécile Milliat
La crise économique actuelle agit comme un révélateur des forces et faiblesses de la gouvernance européenne. Cette dernière renvoie à l'ensemble des règles, processus et comportements qui influent sur l'exercice des pouvoirs au niveau européen. Elle est représentée par le triptyque Commission/Parlement/Conseil : la Commission européenne formule des propositions législatives, le Conseil des ministres les adopte à la majorité qualifiée ou en codécision avec le Parlement et la Cour de justice garantit le respect de l'Etat de droit. Ce mode de gouvernance permet une gestion sur la durée et en " temps calme ", mais rencontre des difficultés dans les périodes de crise, car l'Union européenne n'est pas une structure fédérale. Elle ne dispose pas, en vertu des traités, de tous les moyens que peuvent mobiliser les Etats. La présidence française de l'Union qui s'est déroulée pendant la crise actuelle, a redonné une place centrale au Conseil européen, et a ainsi donné l'impression aux opinions publiques nationales qu'il " existait un gouvernement européen ". En matière de gouvernance, le traité de Lisbonne apporte plusieurs suppléments, mais il reste à savoir si ces apports seront en mesure de rendre le système de gouvernance européen plus efficace.
Des politiques européennes en question
Les inégalités de niveau de vie menacent l'avenir de la construction européenne
Alternatives économiques
Guillaume Duval
Si le passage d'une Communauté à une Union et d'un marché commun à un marché unique a permis à la construction européenne de progresser, l'élargissement, depuis 2004 et 2007, à de petits pays aux niveaux de vie très inférieurs à ceux des pays riches de l'Union européenne (UE) a engendré un fractionnement croissant de l'espace politique. Le creusement des inégalités au sein de l'UE a conduit les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) à mener des stratégies de rattrapage fondées sur le dumping fiscal et social ravivant ainsi les tensions entre les Etats membres. Forts de leur avantage structurel qui leur permet de compenser, avec une hausse de leurs exportations, le recul de leur demande intérieure - ou d'attirer suffisamment de capitaux étrangers, en abaissant les taux d'imposition, pour qu'au final les rentrées fiscales augmentent -, les petits pays sont les principaux gagnants de l'élargissement. Dans un tel contexte, ceux-ci n'ont aucun intérêt à défendre un projet d'intégration européenne. Mais en réalité, tout le monde y perd car le résultat de cette concurrence interne grandissante est que la croissance économique ne cesse de ralentir au sein de l'UE. Seule la crise que l'Europe traverse aujourd'hui pourrait amener les pays membres à sortir de ce jeu non coopératif.
Pour une PAC refondée en politique alimentaire commune
Paysans
Lucien Bourgeois
La crise alimentaire des années 2007-2008 a montré la fragilité de l'équilibre alimentaire dans le monde. La spécialisation internationale de la production agricole et l'ouverture des frontières ne permettent en définitive ni de régulariser les cours, ni d'assurer la sécurité alimentaire mondiale. A travers la Politique agricole commune (PAC), les Européens se sont donné dans le passé, malgré l'exigüité de leur territoire, les moyens d'assurer leur sécurité alimentaire. La PAC a permis de réduire la volatilité des prix des produits agricoles et de stabiliser les revenus des agriculteurs. Cette politique a entraîné une croissance sans précédent de la productivité des exploitations agricoles qui a bénéficié aux industries agroalimentaires et aux consommateurs. Mais la PAC présente aussi de graves faiblesses. La spécialisation à outrance des exploitations agricoles s'est faite au détriment de l'emploi et de la préservation de la biodiversité. Malgré de nombreuses réformes, les aides publiques versées aux agriculteurs restent en grande partie illisibles. Refonder la PAC passe, aujourd'hui, selon l'auteur, par un retour aux fondamentaux de toute politique agricole. Assurer la sécurité alimentaire du monde permettrait à l'Union de retrouver de la cohésion et une ambition pour le XXIe siècle.
L'Europe dans l'économie de la connaissance : l'histoire et les enjeux
Prospective stratégique
Janez Potocnik
En mars 2000, au Conseil européen de Lisbonne, l'Europe en quête d'un nouveau souffle s'est fixé l'objectif de devenir, d'ici à 2010, " l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde ". A quelques mois de l'échéance, force est de constater que l'objectif ne sera pas atteint. La stratégie de Lisbonne en perd-elle pour autant sa pertinence ? Assurément non ! Dans un monde globalisé, où " la connaissance " joue un rôle central dans l'économie, la stratégie de Lisbonne doit plus que jamais rester un objectif politique global de l'Union. Son échec relatif tient pour partie à sa méthode non contraignante qui ne permet d'obtenir que des résultats limités et de surcroît assez lentement. L'objectif de Lisbonne reste atteignable à plus longue échéance. Mais il sera nécessaire pour cela de repenser la méthode de mise en œuvre de la stratégie, d'accélérer le processus de création d'un espace européen de la recherche, d'augmenter de façon significative la part de la recherche et développement (R&D) dans le produit intérieur brut (PIB) de l'Union européenne (UE) et d'engager à l'échelle européenne une véritable politique technologique et industrielle.
L'Europe doit se préparer au vieillissement de la population
Horizons bancaires
Giuseppe Carone et Declan Costello
Quatre phénomènes concourent actuellement au vieillissement de la population européenne : un taux de fécondité inférieur au seuil de remplacement des générations, la diminution des flux migratoires annuels nets entrants, le départ à la retraire des baby boomers qui accroît le taux de dépendance des personnes âgées et enfin, la progression de l'espérance de vie à la naissance, de 8 ans depuis 1960. Les répercussions sur l'emploi et la croissance du vieillissement de la population qui a gagné les vingt-sept Etats membres de l'Union européenne (UE) devraient être significatives. Si, selon les auteurs, l'augmentation du taux d'emploi contrebalancera la diminution prévue de la taille de la population d'âge actif - résultant du départ en retraite de la génération des baby boomers -, le nombre d'actifs devrait, en revanche, sur la fin de la période, reculer de près de 30 millions. Le taux de croissance potentiel annuel moyen du produit intérieur brut (PIB) devrait, en outre, chuter à 1,2 % entre 2031 et 2050. Mais dans la mesure où l'impact du vieillissement sur les finances publiques est un processus lent et prévisible, il revient aux Européens de sý préparer.
L'avenir de l'Europe
L'Europe en 2025 : du soft power au smart power ?
Géoéconomie
Pascale Joannin
L'Union européenne (UE), forte aujourd'hui de vingt-sept Etats membres, dispose de nombreux atouts. Première zone de production (22,6 % du produit intérieur brut - PIB mondial), première puissance commerciale (16,5 % des échanges mondiaux) et premier investisseur (420 milliards d'euros), l'UE est en outre une puissance démocratique sans cesse renouvelée grâce au principe de l'élargissement. L'Europe a également réussi à imposer ses normes en matière de commerce et elle s'est dotée d'un soft power, opposé au hard power qui a longtemps caractérisé les Etats-Unis. Mais, face à la concurrence de plus en plus vive des pays émergents, l'UE devra prendre modèle sur les Etats-Unis et se saisir du smart power (le pouvoir de l'intelligence) que ces derniers maîtrisent, à l'heure actuelle, à la perfection. Les Européens devront pour cela investir massivement dans la recherche et développement (R&D) et dans leur système éducatif.
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