L’élection présidentielle de novembre 2000 aux Etats-Unis, et les péripéties qui
l’ont marquée, ont pu parfois donner à l’étranger une image surprenante sinon choquante
de la démocratie américaine : un candidat majoritaire en voix qui perd l’élection. Pareille
situation n’était pas inédite, mais surtout, pour la première fois dans l’histoire des Etats-
Unis, un Président était désigné de facto, sinon de jure, par la plus
haute autorité judiciaire fédérale, la Cour suprême. Election contestée
devant les tribunaux, mais qui a pourtant constitué un test en grandeur nature du fonctionnement
réel de cette démocratie, et qui a aussi démontré la capacité du
système à résister à l’épreuve et à recréer un consensus
fondé sur le respect de la Constitution. L’élection présidentielle proprement dite n’est,
aux Etats-Unis, que l’acte final d’une pièce qui en comporte beaucoup d’autres. Tout en la
replaçant dans son contexte historique et en analysant un système électoral
archaïque mais profondément lié au fédéralisme, Jean-Pierre Lassale,
à travers la description minutieuse du parcours des candidats, nous livre ici une sorte de photographie de
l’état des forces politiques et de l’opinion publique. Il met en lumière le rôle de l’argent
dans la vie politique, l’importance des stratégies d’image dans la démocratie d’identification, et
la puissance des médias. Par là même, il trace un portrait de la société
américaine, de ses divisions et de ses antagonismes culturels, mais aussi du consensus qui en est le
ciment.