Pour François Lafargue, l’Afrique suscite aujourd’hui un regain d’intérêt économique et stratégique, tant de la part des pays développés (notamment les États-Unis) que des pays émergents. Il résume cette orientation diplomatique nouvelle de la Chine, de l’Inde et du Brésil dans le n° 33 de Questions internationales.

La Chine, une stratégie offensive

Carrière d'uranium au Niger

Carrière d'uranium au Niger.

Photo : P. Waeles. © Archives La Documentation française.

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Depuis le début du XXIe siècle, la présence économique de la République populaire de Chine en Afrique est en forte progression. Le commerce bilatéral est passé de 39,7 milliards de dollars en 2005 à 55,5 milliards en 2006, puis à 73,3 milliards en 2007. La Chine est désormais, devant la France et après les États-Unis, le deuxième partenaire commercial de l’Afrique. Cette évolution devrait se confirmer dans les prochaines années. Le continent représente pour la Chine un réservoir en matières premières, minières et énergétiques. L’Afrique du Sud - l’un des premiers exportateurs mondiaux de charbon, et qui détient notamment les premières réserves mondiales d’or, de platine et de vanadium -, l’Angola et le Soudan – respectivement 2e et 3e producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne – fournissent en 2007 les deux tiers des importations chinoises d’Afrique.

En ce qui concerne le pétrole, le tiers des importations totales de la Chine en 2007 provient d’Afrique, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les principaux fournisseurs étant l’Angola, le Soudan et le Nigeria.

Le continent africain est également un marché prometteur pour les entreprises chinoises. Pékin est déjà le premier partenaire commercial de l’Égypte et de l’Afrique du Sud, les produits made in China (biens de consommation courants comme le petit électroménager et le textile...) étant adaptés à des populations au pouvoir d’achat encore limité. En dépit de ses achats massifs de matières premières, la Chine parvient à dégager un léger excédent commercial avec l’Afrique (8 milliards de dollars en 2007). (...)

L’Inde, un partenariat en développement

Carrière d'extraction de manganèse au Gabon

Carrière d'extraction de manganèse au Gabon.

Photo : J. Suret-Canale. © Archives La Documentation française.

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Dans les prochaines années, la Chine comme les États-Unis devront tenir compte, dans cette région du monde, des ambitions de l’Inde. En avril 2008, le premier sommet Inde-Afrique s’est tenu à New Delhi en présence de quatorze chefs d’État et de gouvernement dont ceux de l’Algérie, de l’Égypte et de l’Afrique du Sud. Le commerce bilatéral entre l’Inde et le continent africain est en progression constante (25 milliards de dollars en 2007) tout en restant sensiblement inférieur au commerce sino-africain. Depuis son indépendance en 1947, l’Inde a toujours entretenu des relations étroites avec l’Afrique du Sud et les pays d’Afrique de l’Est, comme le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, où vivent d’importantes communautés indiennes. L’influence indienne s’élargit désormais à l’ensemble du continent et particulièrement à l’Afrique de l’Ouest.

Les deux principaux objectifs de New Delhi en Afrique sont d’élargir son influence commerciale et d’accéder à de nouvelles sources d’approvisionnement en hydrocarbures, puisque le pays importe déjà 70 % de sa consommation en pétrole. New Delhi sollicite particulièrement les pays qui, comme le Nigeria, son principal partenaire commercial en Afrique, n’entretiennent pas de relations trop étroites avec le Pakistan. Les principales entreprises indiennes sont déjà très actives sur le continent. (...)

Avec le Bangladesh et le Pakistan, l’Inde figure parmi les plus importants contributeurs aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Plus de 8 000 soldats indiens servent en Afrique, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU) principalement au Soudan, au Liberia et en République démocratique du Congo (RDC). L’Inde se pose ainsi en puissance responsable, soucieuse de l’application du droit international. Pour l’Inde, les pays africains sont des alliés précieux pouvant soutenir son ambition internationale et l’aider à obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Le Brésil : un passé commun, un avenir conjoint ?

Dès 1933, l’écrivain brésilien Gilberto Freyre rappelait dans son ouvrage,Casa Grande e Senzala, que la culture africaine était une composante essentielle de la nation brésilienne, qui devait en être fière. Les liens entre le Brésil et l’Afrique sont toutefois longtemps restés fort ténus. Depuis l’accession au pouvoir de Lula da Silva, les relations politiques et commerciales du Brésil avec le continent africain se sont amplifiées. Le montant des échanges commerciaux entre l’Afrique et le Brésil a été multiplié par quatre depuis 2002 et 12 nouvelles ambassades brésiliennes ont été ouvertes dans la région. Le Brésil se présente désormais comme une nation de culture africaine, ayant une "vocation naturelle" à être présente sur le continent. Lors de son discours d’investiture, le 1er janvier 2003 à Brasilia, Lula da Silva affichait ainsi son ambition : "Nous réaffirmerons les liens profonds qui nous unissent à tout le continent africain et notre disposition à contribuer activement pour qu’il développe son énorme potentiel." En six années de présidence, le président Lula a déjà effectué sept voyages sur le continent noir.

À l’occasion de sa visite au Mozambique en novembre 2003, le président brésilien, qui évoque très souvent dans ses discours le rôle des esclaves africains dans la fondation du Brésil, a souligné "l’obligation politique, morale et historique du Brésil à l’égard du continent africain" et rappelé que son pays est, après le Nigeria, la nation qui compte la plus forte population noire. Environ 90 millions de Brésiliens, soit la moitié de la population du pays, sinon noirs, surtout métis, revendiquent des origines africaines. Pour le Brésil, dont le sous-sol extrêmement riche n’est que partiellement mis en valeur, l’Afrique n’est pas un "réservoir de matières premières". Les entreprises brésiliennes souhaitent avant tout promouvoir en Afrique leur technologie dans des domaines de compétence très précis comme les biocarburants ou l’agriculture tropicale. L’entreprise brésilienne de recherche agro-alimentaire Embrapa a ainsi ouvert un laboratoire au Ghana en février 2007, afin de transmettre à plusieurs États africains son savoir-faire pour la fabrication d’éthanol à partir du manioc.

Les anciennes colonies du Portugal sont perçues comme la sphère d’influence naturelle du Brésil. Une association entre pays lusophones a été institutionnalisée en 1996, avec la fondation de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) comprenant, outre le Brésil, l’Angola, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Portugal, Sao Tomé-et-Principe et le Timor-Leste. La CPLP vise à définir des positions communes sur des sujets de politique internationale et à renforcer la coopération militaire. (...)

La diplomatie de Brasilia vise cependant désormais à nouer des relations avec l’ensemble des pays africains. Ainsi, le Brésil et le Nigeria ont été à l’origine du premier sommet Afrique-Amérique du Sud qui s’est tenu au mois de novembre 2006 à Abuja. Cette réunion a permis aux gouvernements africains de présenter leurs projets de coopération avec le continent sud-américain et de définir des positions communes afin de peser davantage au sein des instances internationales, particulièrement l’Organisation mondiale du commerce et l’ONU. »

Mis à jour le 18/07/2011

 

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