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La politique étrangère américaine : un nouveau départ ?

Les priorités de la politique étrangère américaine

Barack Obama prête serment en tant que 44e président des Etats Unis le 20 janvier 2009

Barack Obama prête serment en tant que 44e président des Etats Unis le 20 janvier 2009.

Photo : Timothy A. Clary © AFP

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Dès son arrivée au pouvoir, l'équipe de Barack Obama s'est attaquée aux nombreuses questions de politique extérieure qui sont traditionnellement repoussées en fin de mandat. Joanna Spear détaille les priorités de l'administration Obama sur la scène internationale dans son article "Politique étrangère : des enjeux aussi nombreux que complexes" paru dans Questions internationales n°39 (La Documentation française, septembre-octobre 2009) :

Une nouvelle stratégie en Irak et en Afghanistan

« Conformément à la promesse faite pendant la campagne électorale, l'intervention militaire des États-Unis en Irak est en phase de repli. (…) Au fur et à mesure que les préoccupations américaines au sujet de l'Irak se réduisent, elles augmentent pour l'Afghanistan. Dans un discours prononcé devant une commission mixte du Congrès en février 2009, Barack Obama a promis une "nouvelle stratégie d'ensemble" pour l'Afghanistan et le Pakistan, destinée à vaincre Al-Qaida et les combattants talibans. Cette déclaration a suivi l'annonce de l'envoi de soldats supplémentaires en Afghanistan. Depuis, la stratégie américaine dans la région se décline en termes militaires et de reconstruction de l'État afghan, le développement économique et le soutien aux institutions étant devenus primordiaux. Le Livre blanc sur la politique étrangère américaine pour l'Afghanistan et le Pakistan de mars 2009 a montré que c'est désormais la définition la plus large des besoins de la région qui prévaut, la gouvernance et le développement apparaissant comme prioritaires en raison de leur impact sur la sécurité.

Une nouvelle approche contre le terrorisme

L'autre conflit que doivent affronter les États-Unis est la guerre contre le terrorisme, même si le mot est utilisé avec plus de modération par l'équipe de Barack Obama qu'il ne l'était sous l'administration Bush. (…) Malgré la prudence rhétorique de l'administration Obama, la menace que représente Al-Qaida reste bien réelle et il ne fait aucun doute que les réseaux terroristes suivent les actes et déclarations du nouveau président avec beaucoup d'attention. Il est vrai que la popularité dont dispose le successeur de George W. Bush dans le monde musulman représente un risque pour l'idéologie d'Al-Qaida, l'antiaméricanisme étant le moteur du recrutement des réseaux terroristes.

L'importance accordée au désarmement et à la non-prolifération

Pendant sa campagne, Barack Obama avait souligné les dangers de la prolifération des matières nucléaires dans le monde et ceux afférant au terrorisme nucléaire et à la nucléarisation d'États hostiles. Dans un discours prononcé à Prague en avril 2009, il a développé une vision beaucoup plus ambitieuse sur la question. Il en a appelé à un monde vivant en paix et en sécurité débarrassé des armes nucléaires. Le Sénat américain a ratifié dès septembre 2010 le traité de désarmement nucléaire START (Strategic Arms Reduction Treaty) signé avec la Russie en avril 2010.

Un regain d'intérêt pour l'Amérique latine et l'Afrique

Face aux urgences, l'administration Obama aurait pu reléguer l'Amérique latine à l'arrière-plan. Pourtant, dès les premiers mois, elle s'est fortement intéressée aux affaires latino-américaines et caraïbes. De même pour l'Afrique, à laquelle Hillary Clinton a consacré un large développement lors de son audition devant le Sénat suite à sa nomination au poste de Secrétaire d'État en janvier 2009. Six mois après sa prise de fonctions, Barack Obama a effectué une visite en Afrique alors que ses prédécesseurs, s'ils s'y rendaient, ne le faisaient jamais avant la fin de leur mandat. Le choix du nouveau président de se rendre au Ghana plutôt qu'au Kenya dont est originaire son père – le pays est miné par la corruption – a été perçu en Afrique comme un signe de soutien à la bonne gouvernance et aux réformateurs du continent. »

La quête de paix au Proche-Orient

Dans son article "Le nouveau commencement de la politique étrangère américaine : entre changement et continuités" paru en 2010 dans Les Etudes de la Documentation française "États-Unis, une nouvelle donne", Annick Cizel souligne l'efficacité limitée de la nouvelle stratégie américaine au Proche-Orient, qui contribue néanmoins à restaurer une bonne image internationale des États-Unis, conformément à la doctrine du smart power défendue par l'administration Obama.

« Le défilé des émissaires américains auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou durant la première moitié du mandat de B. Obama illustre la montée en puissance d'un exercice diplomatique difficile. (...) Les discussions américano-syriennes découplent la politique américaine face à l'Iran, portée par un consensus international large, de la question plus pointue du Proche-Orient, dont le gradualisme obligé focalise les énergies sur la carte des constructions israéliennes en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est sans masquer les questions essentielles : revendications territoriales antagonistes, statut de Jérusalem, création d'un État palestinien.

En dépit de ces efforts conjugués, les accomplissements de la "diplomatie" sur laquelle Hillary Clinton met l'accent (...) semblent pourtant bien en retrait au regard des espérances, sans doute exagérées, suscitées par l'élection de B. Obama en novembre 2008. Il est, en effet, bien difficile de ne pas contraster les commentaires feutrés de la diplomatie américaine et la véhémence de la diplomatie turque amplifiée par la voix de l'Union européenne après que Tel Aviv a arraisonné une flottille humanitaire au large de Gaza, le 31 mai 2010. (...) En Israël comme à Cuba, le durcissement du discours américain et l'intransigeance des conditions posées à l'ouverture diplomatique ont émoussé l'optimisme des premiers mois. La proclamation, par le général Petraeus et le président Obama tour à tour, d'un "intérêt national vital" des États-Unis "au Proche-Orient", par extension stratégique contiguë aux tensions tant irakiennes qu'iraniennes, contribue à diluer la primauté de la "relation spéciale" israélo-américaine dans le pragmatisme immédiat de la réduction des conflits.

Le retour à la discussion, bilatérale comme multilatérale, dans un respect affiché de l'égalité des "partenaires", participe de la stratégie de restauration d'une meilleure image de l'Amérique dans le monde prônée par de nombreux conseillers du président Obama. Parmi eux, Joseph Nye a contribué au développement du concept phare de la doctrine Obama, le smart power (...). Il convient désormais d'intégrer dans l'élaboration de la diplomatie américaine la façon dont les autres voient l'Amérique, ressentent sa puissance et réagissent à sa domination, "en forgeant des amitiés et des alliances aux niveaux régional et local (...) et, ce faisant, de gagner les cœurs et les esprits" ».

L'ambivalence du multilatéralisme américain

Le drapeau des États-Unis, surnommé Stars and Stripes (Etoiles et bandes)

Le drapeau des États-Unis, surnommé Stars and Stripes (Etoiles et bandes).

© Droits réservés.

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Si Barack Obama a clairement donné la priorité à la politique intérieure lors de la campagne pour la présidentielle, il a ensuite insufflé un nouvel élan à la politique étrangère américaine en s'impliquant davantage dans les instances multilatérales et en fixant de nouvelles priorités géostratégiques. Comme l'explique Anne Deysine dans l'introduction de l'ouvrage "États-Unis, une nouvelle donne" paru dans Les Etudes de la Documentation française, 2010 :
 « En matière de politique étrangère, B. Obama considère, sans doute à juste titre, que, sur l'échiquier géopolitique mondial, les risques et conflits sont liés (un exemple patent est celui du Moyen-Orient), et qu'il ne peut les traiter indépendamment les uns des autres. Il met donc l'accent sur le dialogue et le multilatéralisme avec les partenaires du G20, de l'Otan et des Nations unies. (...) Son mot clé est "engagement" et il "tend la main" (discours du Caire à la communauté musulmane en juin 2009), mais avec pour objectif la fin du nucléaire (discours sur le désarmement, à Prague en avril 2009), une préoccupation pour lui ancienne. Et, après avoir signé le traité de désarmement START avec Moscou, il a convié en avril 2010 47 chefs d'État et de gouvernement à Washington pour tenter de sécuriser le nucléaire et empêcher que des groupes terroristes ne s'emparent de matières fissiles. (...)

En juin 2010, le document (quadriennal) sur la nouvelle doctrine de sécurité nationale, certes d'un ton modéré, montre que les États-Unis sont impliqués dans toutes les politiques mondiales. Il se différencie néanmoins de la guerre contre la terreur et de la guerre préventive prônée par son prédécesseur George W. Bush et même de l'attitude assez unilatéraliste de Bill Clinton ("ensemble si possible, seuls si nécessaire"). »

Dans son article "Le multilatéralisme américain : vers la redécouverte du pragmatisme" paru dans Questions internationales n° 39 (La Documentation française, septembre-octobre 2009) Alexandra de Hoop Scheffer explique que ce retour au multilatéralisme relève toutefois davantage du discours que de la pratique :

« Le témoignage en 2002 de l'ancien secrétaire d'État, Colin Powell – pourtant chantre du multilatéralisme – pourrait bien résumer l'approche actuelle de l'administration Obama : "Nous croyons en la concertation, mais aussi en notre leadership. Nous croyons au multilatéralisme, mais nous sommes attachés à ce que nous pensons être juste, et à ne pas le sacrifier simplement au nom du multilatéralisme pour le multilatéralisme". L'histoire nous montre que le positionnement d'une administration américaine vis-à-vis du multilatéralisme n'est jamais fixe mais variable d'un mandat à l'autre, voire au cours du même mandat. Ainsi, l'impression de "renouveau" que l'administration Obama évoquait sur cette question en début de mandat pourrait n'être qu'une illusion, à l'instar de l'"expérience multilatérale" de Bill Clinton. »

Mis à jour le 04/04/2011

 

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