La démolition du Mur de Berlin dans les tout premiers jours de novembre 1989 a marqué on ne peut plus concrètement la fin de la division de l’Europe entre l’Ouest et l’Est. Vingt ans plus tard, ce continent recomposé continue de donner lieu à des interprétations différentes selon l’angle adopté.
Questions de définitions
Les États membres du Conseil de l’Europe en 2007
« Grande Europe. Est-ce là simplement une expression géographique ? » s’interroge Michel Foucher dans le n° 1 de la revue Grande Europe : « Vous avez dit frontières ? » (La Documentation française, octobre 2008). Extraits. « Le terme a trouvé une assise officielle dans les travaux menés par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de 1992 à 1996, qui ont déterminé son périmètre. En l’absence d’une définition précise dans le droit international, le Conseil a opéré une synthèse des limites géographiques conventionnelles du continent, à l’ouest, au nord et au sud ; au sud-est, le constat de liens culturels des pays du Caucase avec l’Europe et de leur volonté d’adhésion ont permis leur inclusion ; et dans le cas de la Russie, le fait que les quatre cinquièmes de sa population vivent à l’ouest de l’Oural et que ce pays soit alors "engagé sur la voie de la démocratie" a plaidé dans le même sens ; en revanche, que le Kazakhstan "ne semble pas ‘tourné’ vers l’Europe" a pesé en sens contraire. La question de la Turquie s’était réglée d’elle-même, cet État ayant adhéré au Conseil trois mois après sa création, en mai 1949.
En 2008, cet espace "grand européen" coïncide donc avec l’ensemble des 47 États membres du Conseil de l’Europe. Compte tenu de l’objectif de cette institution de bâtir un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’Homme et d’autres textes de référence sur la protection de l’individu, la notion de grande Europe revêt une authentique signification juridique dans la mesure où elle est assujettie à des règles de droit. [...]
Dans le registre de la géopolitique, la notion de grande Europe désigne un ensemble dont les limites et la fortune sont variables selon les représentations et les objectifs des chancelleries des grands États qui y sont impliqués. Dans les appareils diplomatiques des pays membres de l’Union européenne, on relève une grande diversité de découpages. [...] Sur le plan géostratégique, on ne distingue pas non plus d’unité de théâtre, dès lors que quatre dispositifs distincts structurent le continent : 21 pays de l’UE membres de l’OTAN, les pays neutres non alliés, la Russie et une zone intermédiaire (Ukraine, Géorgie...) qui fait l’objet d’une rivalité entre Moscou et Washington. [...]
L’identité européenne, gage de cohésion
Cette identité est mouvante, construite ; elle s’est renouvelée dans les deux dernières décennies, dans le sens d’une bien plus grande diversité : nouveaux peuples, nouvelles langues, mémoires et passés différents. L’enjeu est donc dans l’ouverture aux autres. Il n’y a pas de construction européenne qui vaille sans connaissance de l’histoire et de la culture des autres. L’"Autre" de l’Europe a longtemps été son passé, contre lequel il fallait bâtir autre chose ; c’est aujourd’hui son voisin, d’où les interrogations que nourrissent les extensions successives de l’UE. Car la pluralité déroute, interpelle, remet en cause. Il convient donc d’imaginer une attitude commune pour gérer cette diversité nouvelle, dans une Europe devenue plus polychrome, différenciée, déroutante, plus exotique aussi. L’heure est à l’hospitalité car la diversité, comme l’union, fait la force ».