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Sorties du communisme

De la chute du Mur de Berlin à la Grande Europe : 1989-2009

Des gardes-frontières tchécoslovaques démantèlent le "rideau de fer" à la frontière autrichienne, 11 décembre 1989.
© Photo : Gérard Fouet © AFP

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Une statue de Lénine est retirée de son piédestal, à Bucarest (Roumanie) en 1990.

Il y a vingt ans, ces pays, placés dans l’orbite de l’URSS par la Conférence de Yalta en 1945, rompaient brusquement mais sans violence - à l’exception de la Roumanie - avec le communisme.

« Le grand mouvement d'émancipation est-européen de 1989 aura été catalysé par deux ex-satellites de l'URSS, chacun à sa manière : la Pologne par l'exemplarité d'une résistance patiente et enfin récompensée, la Hongrie par l'ouverture du rideau de fer », écrit Georges Mink dans le n° 636 de Problèmes politiques et sociaux intitulé « Europe de l'Est : la transition » (La Documentation française, juillet 1990, épuisé). Extraits.

« On ne voyait encore trop souvent dans ce mouvement qu'un seul acteur, le parti communiste. Le système paraissait fort, et capable de faire face à ses difficultés internes. La Table ronde polonaise qui s'ouvre le 6 février 1989, accueillie avec une satisfaction manifeste à Moscou, n'est alors, même aux yeux des observateurs les plus avisés, qu'un épisode de la quête désespérée d'équilibre des forces et de légitimation du pouvoir totalitaire, et un pari fou de l'opposition sur la possibilité d'une "démocratisation rampante". Si les initiatives des gouvernants polonais ou hongrois sont le fait d'un calcul, la contagion révolutionnaire est venue des imprévus de ce calcul : d'abord la victoire électorale de Solidarité en juin 1989 qui, bien plus que la Table ronde, va réveiller l'espoir des peuples est-européens ; ensuite l'ouverture de la frontière hongroise, dans laquelle s'engouffrent les vacanciers est-allemands, qui crée un effet de masse délégitimant d'un coup le camp retranché qu'est la RDA.

Mais, pour que s'applique à l'Europe de l'Est la "théorie des dominos" suivant laquelle la chute du pouvoir dans un pays provoquerait une réaction en chaîne chez ses voisins, il a fallu un climat international nouveau, dont l'artisan principal a été Mikhaïl Gorbatchev, l'homme qui insiste inlassablement sur la fin de la "doctrine Brejnev". [...]

Large consensus en Pologne

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Une manifestation organisée par le syndicat Solidarnosc le 1er mai 1989 dans les rues de Varsovie (Pologne).

En 1988, lorsque les communistes polonais abandonnent leur stratégie du "libéralisme autoritaire", les concessions du général Jaruzelski à Solidarité apparaissent à certains dirigeants de l'Est comme une capitulation. Elles sont pourtant le fruit d'un calcul rationnel et jugées nécessaires face au risque de réapparition d'une pression populaire du type de celle des jeunes grévistes de mai et août 1988. Mais ce calcul n'a pas tenu compte de toutes les variables, il a surtout sous-estimé la force de la minorité active qu'était l'opposition sous la loi martiale et la persistance de l'anticommunisme dans la population. Le système électoral à deux vitesses bâti par les juristes du parti pour offrir à l'opposition, en gage de volonté de consensus, une représentation parlementaire forte numériquement, mais non opérationnelle sur le plan législatif, a été débordé par l'impétuosité de la mobilisation des partisans de Solidarité, grandement favorisée, comme on l'a déjà dit, par le sentiment que Mikhaïl Gorbatchev, soucieux de son image en Occident, ne reviendrait pas aux méthodes de gestion de l'empire par la force. Pour les révolutions à venir à l'Est, la Pologne va alors créer un climat psychologique caractérisé par l'effritement de l'image d'invincibilité des Honecker, Husak, Jivkov ou Ceausescu. La reprise d'initiative par l'opposition, dopée par sa victoire électorale de juin 1989 (qui lui a montré ce à quoi elle n'osait plus croire elle-même, sa force et sa popularité), amplifiée par le désarroi des communistes vaincus, met au jour, de manière quasi pédagogique, les faiblesses du système. La Pologne devient la vitrine de la reculade du communisme. [...]

Désoviétisation avant l’heure en Hongrie

En Hongrie, c'est peut-être l'échec du changement qualitatif en 1956 qui a fait que la réforme a trouvé maintes applications quantitatives auxquelles les Hongrois adhérèrent, confortés par l'attitude de tolérance pour des formes de liberté ailleurs inexistantes. Les communistes en ont conçu une fierté, voire une "mentalité démocratique", qui les amena à proposer un calendrier de désoviétisation totale (proclamation de la république sans qualificatif "populaire", acceptation du multipartisme, abolition de la censure, démantèlement d'une partie de la nomenklatura, abandon des symboles de soviétisation, élections entièrement libres) et à espérer récolter les fruits de cette attitude hardie après une opération d'autoliquidation politique et de mutation en une formation "social-démocrate". [...]

Ici, nul vaste mouvement social pour peser sur l'échiquier politique. Tout commence par une compétition politique, électorale, qui, en amont, permet la mobilisation réelle d'une société jusqu'ici absente des grands enjeux, et une expression plus précise des cultures politiques ; en aval, les urnes filtrent et simplifient la scène politique : les micro-partis sont éliminés, et commence en Hongrie, avec une confortable majorité pour le Forum démocratique, une ère de bipolarisation, où l'opposition est libérale-sociale (SzDSz et Fidesz), avec deux courants de moindre importance numérique, la famille agrarienne et le courant socialiste réformé. [...]

L'effet dominos

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« Révolution de velours » en Tchécoslovaquie : un rassemblement d'étudiants le 17 décembre 1989, sur la place Wenceslas à Prague.

Dans les autres pays du bloc, les dirigeants, réfractaires au gorbatchévisme ou au contraire trop confiants dans sa capacité d'éviter le pire, n'ont pas préparé de stratégies rationnelles de sortie du communisme. Ils ont simplement subi l'effet "dominos". Les dissidences ou les mouvements sociaux, même en Tchécoslovaquie ou en RDA, étaient trop faibles pour provoquer à eux seuls la mise à mort de leur régime. L'effet de contagion fut le facteur essentiel pour une contestation populaire de rue qui s'enhardit à partir du moment où il apparut qu'aucun symbole de la grandeur du communisme international ne tenait plus. Le choc le plus spectaculaire fut celui que vécut la direction est-allemande, qui avait bâti toute sa légitimité sur l'idée d'une autre Allemagne et qui vit sa population choisir sa patrie en fuyant massivement le pays fictif pour le pays réel. Les solutions proposées par les communistes allemands étaient condamnées à échouer face à une vague aussi puissante. [...]

La trajectoire tchécoslovaque est différente. [...] En novembre 1989, c'est bien une jeunesse étudiante non démoralisée par les défaites passées qui est descendue dans la rue. Mais, en réalité, un mouvement social multiforme se développait depuis la fin des années soixante-dix autour du renouveau religieux ou culturel, moins préoccupé par la blessure de 1968 que par ses propres objectifs. Contrairement à ce qui s'est passé dans d'autres pays du bloc, en Tchécoslovaquie le gorbatchévisme n'a pas suscité l'apparition d'une tendance modernisatrice, car ceux qui auraient pu l'incarner étaient hors du parti depuis 1968. La crispation des dirigeants ne pouvait se traduire que par la répression. C'est ainsi que le pouvoir communiste s'est effondré d'un seul tenant. [...]

Deux pays toutefois sont une illustration plausible de la directivité du Kremlin. La Roumanie d'abord : pour redonner quelque lustre à l'image du socialisme mondial, Gorbatchev se devait de détruire le monstrueux dictateur Ceausescu et son système, et les Soviétiques, on l'apprendra plus tard, n'y sont peut-être pas étrangers. En Bulgarie, les transformations s'opèrent, encore une fois, d'abord par mimétisme. Les hommes nouveaux qui remplacent Teodor Jivkov sont des progorbatchéviens déclarés. [...] Mais d'autres exemples fascinent bientôt les Bulgares [...]. La dynamique bulgare dépassera fatalement la sacro-sainte imitation du voisin soviétique ».

Mis à jour le 10/11/2009

 

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