Le conflit débute au Kivu en 1996 par une rébellion des Banyamulenge (Zaïrois tutsi d'origine rwandaise installés au Kivu, dans l'est du Zaïre) dont la nationalité, remise en question par le gouvernement zaïrois, représente une des causes importantes du conflit.

La question de la nationalité des Banyamulenge du Sud-Kivu, Zaïre

Leur statut dépend de la période et des modalités de leur installation au Kivu.

« La question de l'identité est primordiale, surtout depuis qu'elle est devenue inséparable de celle du territoire. (.) Une représentation simplificatrice oppose les autochtones qui se prévalent des droits coutumiers que confère l'antériorité, notamment les droits fonciers, aux étrangers [Tutsi et Hutu] issus de vagues successives d'immigration (.). La législation zaïroise, au lieu de la simplifier, a compliqué comme à souhait [cette]question de la nationalité en excluant de la loi commune les originaires du Ruanda-Urundi établis au Kivu ».
1972 et 1981 ont marqué des étapes dans l'évolution de ce statut.
En 1994, à la suite du génocide rwandais et du renversement du régime hutu au Rwanda, la pression démographique dûe au déferlement de 1 200 000 réfugiés rwandais, hutu pour la plupart, vers le Kivu complique la cohabitation entre autochtones zaïrois et Banyarwanda (Zaïrois hutu et tutsi originaires du Rwanda) implantés de longue date au Kivu. Le génocide durcit également les relations des Banyarwanda hutu et tutsi entre eux.

Une hostilité anti-tutsi s'installe au Zaïre incitant même le régime mobutiste à remettre en cause les acquis de leur nationalité zaïroise, y compris pour les Banyamulenge, les plus anciennement installés.
En effet, «le 28 avril 1995, le parlement zaïrois adopte une série de résolutions destinées à assimiler tous les Zaïrois d'origine rwandaise, y compris les Banyamulenge, à des réfugiés et, par conséquent, à leur réserver le même traitement. Car les résolutions laissent entendre que les Banyamulenge (Zaïrois tutsi d'origine rwandaise) ont acquis la nationalité zaïroise de manière frauduleuse et appellent à leur expulsion, à l'annulation des contrats de propriété et à l'interdiction de leurs associations».
Les Banyamulenge se savent menacés par la mise en oeuvre de ces mesures, prétexte à prendre les armes et déclencher une rébellion contre le gouvernement zaïrois le 13 octobre 1996 au Kivu, qui se retouve au cour des combats.

D'après Pourtier Roland, La Guerre des Grands Lacs, Cahiers français, n°290, mars-avril 1999, La Documentation française.

Pour en savoir plus

  • Rusamira Etienne, La dynamique des conflits ethniques au Nord-Kivu : une réflexion prospective, Afrique contemporaine, n° spécial automne 2003, La Documentation française

  • L'appui du Rwanda et de l'Ouganda aux rebelles zaïrois

    En 1996, quatre catégories d'affrontements armés font rage au Kivu qui sert de base arrière aux guérillas des pays voisins.
    Ils opposent :

    • les forces armées rwandaises (à dominante tutsi) aux anciens génocidaires hutu;
    • le forces armées burundaises (à dominante tutsi) à ses adversaires extrémistes hutu;
    • le gouvernement ougandais à deux groupes rebelles différents;
    • un certain nombre d'organisations rebelles au gouvernement zaïrois.

    Les deux compagnons d'armes, le général et dirigeant du Front patriotique rwandais (FPR, parti tutsi au pouvoir depuis juillet 1994) Paul Kagamé et le président ougandais Yoweri Museveni saisissent l'opportunité de cette rébellion et la soutiennent militairement pour faire pénétrer leurs troupes au Kivu. En fait, ils préparent le conflit depuis plusieurs mois, avec la participation du Burundi, pour plusieurs raisons.
    Ils font essentiellement valoir le caractère sécuritaire de leur engagement auprès de leurs frères tutsi Banyamulenge : "nettoyer"les camps de réfugiés hutu, établis à proximité de la zone frontalière depuis 1994 au Kivu, qui menacent leur tranquillité donc celle du nouvel ordre politique tutsi rwandais. En effet, les camps sont infiltrés par les responsables du génocide de 1994 :

    • Hutus extrémistes des ex-Forces armées rwandaises (FAR),
    • Interahamwe soutenus par les Forces armées zaïroises (FAZ) qui franchissent la frontière pour effectuer des incursions meurtrières sur le territoire rwandais.

    Outre les préoccupations sécuritaires du Rwanda et de l'Ouganda, des ambitions politiques et économiques sous-tendent leur engagement auprès des Banyamulenge, qui s'inscrivent dans une stratégie globale : renverser le régime mobutiste, s'arroger un contrôle politique sur l'est du pays et tirer profit des richesses naturelles de la région.

    La guerre-éclair : Laurent-Désiré Kabila renverse le président Mobutu

    Laurent-Désiré Kabila

    Laurent-Désiré Kabila.

    © un.int

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    Pour les opérations militaires, le Rwanda et l'Ouganda font appel à L-D Kabila, activiste oeuvrant dans un maquis en Tanzanie, opposant de longue date au régime du président Mobutu.

    • La rébellion des Banyamulenge éclate le 13 octobre 1996 au Sud-Kivu, où elle s'empare d'Uvira, base arrière des opposants hutu au régime tutsi en place au Burundi. Elle est soutenue essentiellement par des troupes venues du Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi qui, au début, nient leur implication dans le conflit.

    Des opposants de tous bords à Mobutu la rejoignent également. Forte de ces apports militaires, elle s'organise en Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL). L-D Kabila en est nommé coordinateur par ses trois protecteurs et alliés.

    • Entre octobre et décembre 1996, l'AFDL entame une opération d'envergure, stigmatisée par la suite par la communauté internationale : le ratissage et le démantèlement des camps de réfugiés hutu, installés près de la frontière depuis 1994.
    • Fin octobre, l'armée zaïroise en déliquescence reconnaît ne plus contrôler les territoires situés entre Goma, au nord, et Uvira, au sud du Kivu, occupés par l'AFDL ainsi que par des troupes rwandaises et ougandaises, considérées comme des "envahisseurs" par le chef d'état-major des FAZ (Forces armées zaïroises).
    • Début 1997, la guerre-éclair se poursuit sans résistance et fait tache d'huile sur les autres provinces. Les soldats zaïrois, peu ou pas payés, désorganisés, se dérobent non sans commettre des pillages et des viols sur les populations locales.
    • En février 1997, le Conseil de sécurité de l'ONU demande la fin des hostilités et le retrait de "toutes les forces extérieures, mercenaires compris". Mais, les rebelles avancent rapidement. Ils occupent les deux-tiers du territoire et contrôlent les ressources minérales : or du Kivu et du Haut-Zaïre, diamant du Kasaï, cuivre, cobalt et manganèse du Shaba.
    • Après plusieurs semaines de pourparlers, sous le médiation des Etats-Unis et de l'Afrique du Sud, un face-à-face a lieu entre Mobutu et Kabila pour tenter de négocier une transition pacifique du pouvoir. Cette entrevue confirme les divergences totales entre les deux hommes. Kabila refuse un cessez-le-feu et déclare poursuivre sa marche sur la capitale Kinshasa.
    • Les 17 et I8 mai 1997, le président Mobutu part en exil après 30 ans de pouvoir et Laurent-Désiré Kabila s'auto-proclame président de la République démocratique du Congo, nouvelle dénomination du Zaïre. Les rebelles de l'AFDL entrent dans Kinshasa, accusés de massacres de Hutu pendant leur avancée victorieuse.

    La "première guerre du Congo" a fait des dizaines de milliers de morts.

    Pour en savoir plus

  • Pourtier Roland, Du Zaïre au Congo : un territoire en quête d'Etat, Afrique contemporaine, n° 183, juillet-septembre 1997, La Documentation française

  • Le "nettoyage" controversé des camps de réfugiés hutu rwandais par l'AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre)

    En octobre 1996 , plus d'un million de réfugiés rwandais hutu est pris en tenaille dans des combats visant à démanteler leurs camps situés au Kivu. Quelque 600 000 d'entre eux tentent d' échapper aux combats en rentrant au Rwanda.

    L'ONG Human Rights Watch témoigne de cette catastrophe humanitaire : "Dans certains camps, les ex-FAR et les milices ont opéré un retrait en hâte, parfois après avoir brièvement résisté à l'avancée de l'AFDL. En novembre [1996], la majorité de la population des camps, -peut-être 600 000 sur les 1,1 million que les camps auraient, selon les estimations, abrités en octobre 1996-, sont rentrés au Rwanda. Beaucoup d'entre eux sont rentrés volontairement, mais d'autres, effrayés par la situation au Rwanda, ont été forcés au retour par l'AFDL.
    Plusieurs milliers de personnes seraient mortes dans les premières semaines des attaques dans les camps, prises au milieu de tirs croisés entre l'AFDL et les ex-FAR, les milices et les FAZ; tuées par les anciennes autorités des camps afin d'empêcher leur retour au Rwanda, ou de les forcer à accompagner les ex-FAR et les miliciens dans leur retraite vers l'Ouest; ou encore tuées par les soldats de l'AFDL et de l'Armée patriotique rwandaise (APR)."

    300 000 autres réfugiés s'enfoncent dans la forêt zaïroise

    « Des centaines de milliers de Rwandais se sont enfuis vers l'ouest, certains en convois relativement organisés, d'autres en petits groupes dispersés. Des dizaines de milliers d'entre eux étaient armés, les autres étaient des civils non armés, dont beaucoup de femmes et d'enfants. Nombre de civils qui ont fui vers l'ouest ont été à nouveau attaqués, certains d'entre eux à plusieurs reprises, alors qu'ils recherchaient la sécurité. Dans quelques cas, les ex-FAR et les milices ont utilisé les réfugiés comme boucliers humains, ou les ont parfois blessés, voire tués. Mais dans la grande majorité des cas, les massacres furent clairement le fait des soldats de l'AFDL et de leurs alliés étrangers.
    En outre, des milliers d'oubliés sont morts de faim ou de maladie parce que les autorités zaïroises et de l'AFDL refusaient aux agences humanitaires le droit d'entrer dans les zones sinistrées pour fournir leur assistance, ou encore parce que les conditions de sécurité les empêchaient de faire leur travail. Certains humanitaires ont témoigné que les soldats de l'AFDL les accompagnaient, sous le prétexte de faciliter leur travail, mais qu'ils cherchaient en réalité à découvrir où les réfugiés se cachaient afin de revenir ultérieurement sur les lieux pour les éliminer. (.)

    Une estimation controversée des pertes humaines

    D'après les chiffres du Haut Commissariat pour les réfugiés, environ 213 000 Rwandais n'ont pu être recensés, soit parce qu'ils sont morts lors des violences, soit parce qu'ils se sont cachés dans les forêts ou en se mêlant aux populations congolaises. Des controverses ont toujours lieu à propos du nombre exact des réfugiés qui ont péri lors du conflit, à la suite des massacres, de la malnutrition, ou de la maladie. Le gouvernement de Kabila a effectivement refusé à l'équipe du Secrétaire général des Nations unies chargée de l'enquête et à d'autres missions diplomatiques ou organisations de défense des droits de l'homme, tout accès aux sites pour enquêter sur les massacres, de sorte qu'il a été impossible d'effectuer une estimation des pertes.»

    Mis à jour le 08/12/2004

     

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