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Une salle des marchés du Tokyo Stock Exchange.

Dans un article paru dans les Cahiers français n° 331 ("Le financement de l'économie", La Documentation française, mars-avril 2006), Dominique Plihon analysait l’instabilité inhérente aux marchés de capitaux internationalisés et décloisonnés issus du processus de globalisation financière engagé depuis les années 1980, ainsi que les moyens d’y remédier. Il y défendait le recours à une régulation macroprudentielle, centrée sur l’ensemble des agents et de leurs interactions. Extraits.

Des effets déstabilisants

« L’un des problèmes majeurs posés par les mutations récentes concerne les questions de stabilité financière. La finance moderne pose un véritable dilemme efficacité - stabilité. (...) Cette ambivalence de la finance moderne caractérise, par exemple, les marchés de produits dérivés (marchés à terme, d’options et de swaps). Ils constituent un progrès pour les acteurs économiques, auxquels ils offrent des instruments efficaces de couverture contre le risque. Mais on sait également que les produits dérivés peuvent être un important facteur d’instabilité. D’une part, parce qu’ils représentent l’un des principaux leviers à la disposition des spéculateurs, comme l’a bien montré George Soros, par exemple, à l’occasion de sa spéculation victorieuse contre la Livre sterling en 1992 ; d’autre part, et surtout, ces instruments peuvent conduire à de nouvelles formes d’instabilité, de nature systémique. (...)

 Le risque de système

Le risque de système se réalise lorsque les interactions entre les agents individuels et les marchés conduisent à une situation d’insécurité et d’instabilité générales qui affecte l’ensemble du système financier et se propage à l’économie tout entière. (...) Les crises systémiques sont peu fréquentes, mais ne sont pas un phénomène exceptionnel : depuis le début des années 90 (Japon et une dizaine de pays émergents en Asie du Sud-Est, en Amérique Latine, et en Europe Orientale ont expérimenté de telles crises. Les États-Unis et l’Europe de l’Ouest ont été très proches d’une crise systémique à la suite du krach boursier de 2001. Le coût de ces crises peut être extrêmement élevé dans la mesure où celles-ci affectent non seulement le système financier, mais également l’ensemble de l’économie, ou même plusieurs économies par contagion. (...)

Prévenir plutôt que guérir les crises systémiques

Lorsqu’une crise systémique est en cours de déclenchement, l’arme ultime est l’intervention de la banque centrale, en tant que prêteur en dernier ressort. Cette intervention peut prendre plusieurs formes. La forme traditionnelle est l’injection en urgence de liquidités dans les banques en difficulté afin d’éviter que les défaillances de banques individuelles ne suscitent des paniques de la part des déposants et ne se propagent à l’ensemble du système bancaire et financier. L’intervention du prêteur en dernier ressort peut aussi consister en une action directe sur le marché financier en crise. (...)

Étant donné leur coût élevé, les crises systémiques doivent être évitées à tout prix. C’est l’objet des politiques de prévention des crises. Des progrès importants ont été réalisés dans ce domaine depuis les débuts de la globalisation financière dans les années 70. La principale avancée en la matière est due aux travaux du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire créé en 1974. (...)

 Les limites de la régulation microprudentielle

Si elle comporte des avancées importantes quant à la supervision des banques, la réforme Bâle 2 fait également l’objet de critiques de la part d’une large fraction des spécialistes et des chercheurs. Ces derniers soulignent les dangers de l’accroissement de la sensibilité des banques aux risques et aux exigences minimales de fonds propres. (...)

 Vers une régulation macroprudentielle

Il existe aujourd’hui une prise de conscience de l’insuffisance de la supervision microprudentielle, notamment par les organisations internationales (FMI et BRI). On admet la nécessité de mettre en œuvre des dispositifs macroprudentiels, destinés à stabiliser le système bancaire et financier dans sa dimension globale et macroéconomique, et donc à contenir les risques de nature systémique. Une prévention efficace des risques doit s’appuyer sur les deux volets - micro et macro – de la régulation prudentielle. (...) Dans la pratique, une orientation résolument systémique du cadre prudentiel revêt deux aspects principaux : d’une part, l’architecture et le mandat des autorités en charge de la stabilité financière et, d’autre part, les instruments destinés à détecter et à réduire les risques systémiques. »

Extraits de : Dominique Plihon, in Cahiers français n° 331, "Le financement de l'économie", La Documentation française, mars-avril 2006.

Mis à jour le 18/11/2008

 

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