Les terres de la France d'outre-mer, pour diverses et éparpillées qu'elles soient, partagent un certain nombre de caractéristiques, fruits de la géographie ou de l'histoire : ce sont d’abord des contraintes et des spécificités naturelles, mais aussi l'empreinte laissée par la période coloniale.

Un isolement marqué

carte  de l'outre-mer

L’éloignement outre-mer/métropole.

Carte : L’éloignement outre-mer/métropole

Des contraintes et des spécificités naturelles

Toutes les entités composant la France d’outre-mer se caractérisent par un isolement marqué. Il s'agit d’abord de l'éloignement de ces terres par rapport à la métropole, avec laquelle les liens sont cependant particulièrement forts. Par exemple, les Antilles se trouvent à 6 800 km de Paris, la Polynésie à 16 000 km et la Nouvelle-Calédonie à 19 000 km. De plus, ces territoires peuvent aussi se trouver très éloignés des partenaires économiques importants les plus"proches" : Papeete (Polynésie) est à 5 700 km de l’Australie, 6 200 km des Etats-Unis et 8 800 km du Japon.

L'insularité constitue un autre facteur d'isolement pour l'outre-mer français, à l'exception de la Guyane. Mais si cette dernière est la seule région continentale d'outre-mer, son enclavement en Amérique du Sud, entre Amazonie et Océan Atlantique, l’isole également d’une autre manière. En outre, pour certains territoires, l’insularité se conjugue avec un grand émiettement : la Polynésie française compte ainsi plus d’une centaine d’îles, composant cinq archipels et dispersées sur 2,5 millions de km2.

Ces facteurs naturels d’isolement sont accentués par une faible intégration régionale. La France d’outre-mer n’entretient que très peu de relations avec les pays voisins. Héritage du système économique colonial dit "de l’Exclusif", qui attribuait un monopole commercial à la métropole, cette dernière reste le plus souvent le premier partenaire commercial, surtout dans les DOM.

La deuxième zone économique exclusive du monde

Port-Louis, Guadeloupe

Port-Louis, Guadeloupe.

Photo : Philippe Graffion/Photologo. © La Documentation française.

Agrandir l'image

L’isolement, l’insularité et l’émiettement des terres françaises d’outre-mer confèrent aussi à la France un immense domaine maritime. Les zones économiques exclusives (ZEE) françaises couvrent ainsi plus de 10 millions de km² dans l’Océan Atlantique, l’Océan Indien et l’Océan Pacifique (voir chiffres-clés). La France se situe ainsi au deuxième rang mondial après les Etats-Unis. Le droit d’exploitation des ressources (par exemple halieutiques) des ZEE en fait une source de richesse.

La ZEE est régie par la loi n° 76-655 du 16 juillet 1976 modifiée et par la partie V de la Convention de Montego Bay du 10 décembre 1982 sur le droit de la mer. Suivant la loi de 1976, « La République exerce, dans la zone économique pouvant s'étendre depuis la limite des eaux territoriales jusqu'à 188 milles marins au-delà de cette limite, des droits souverains en ce qui concerne l'exploration et l'exploitation des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, du fond de la mer, de son sous-sol et des eaux surjacentes » (article 1er).

Répartition des zones économiques exclusives Françaises

Répartition des zones économiques exclusives Françaises.

Agrandir l'image

Des climats difficiles et des risques naturels importants

L’outre-mer français est soumis à des climats difficiles. La plupart des terres ultramarines sont situées dans des zones tropicales ou équatoriales (Caraïbes, Amérique du Sud, Océan Indien, Polynésie…) ; les autres relevant de climats froids rigoureux (Saint-Pierre-et-Miquelon, TAAF). En outre, du fait de sa situation géographique, la France d’outre-mer est davantage exposée que la métropole à des risques naturels, cycloniques, sismiques ou volcaniques. Des exemples de catastrophes majeures témoignent de la réalité de ce risque : une éruption de la Montagne Pelée (Martinique) le 8 mai 1902 avait fait 28 000 morts ; un ouragan sur la Guadeloupe le 12 septembre 1928 avait fait 1 200 morts.

> Lire notre dossier d'actualité "Catastrophes naturelles et prévention des risques"

Une démographie dynamique et une urbanisation croissante

Fête de la musique à Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane

Fête de la musique à Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane.

Photo : Bertrand Desprez/Vu. © La Documentation française.

Agrandir l'image

Dans "L’outre-mer français en mouvement" (Documentation photographique), Jean-Christophe Gay souligne "l’explosion démographique et urbaine" dans les sociétés ultramarines.

« La population de la France d’outre-mer, dans sa configuration actuelle, a connu une croissance spectaculaire, passant en un siècle de moins de 600 000 personnes à plus de 2,4 millions aujourd'hui. La part des DOM baisse : elle représente moins des trois quarts des habitants de l’outre-mer contre 83 % à la fin des années 1960. Ce recul s’explique à la fois par un solde naturel plus faible, en raison d’une transition démographique plus avancée, et par de nombreux départs des DOM vers la métropole dans les années 1960 et 1970.
L’explosion urbaine s’est surtout focalisée sur la ville principale au détriment à la fois des villes secondaires en valeurs relatives et des zones rurales en valeurs absolues, quelquefois. L’importance de la relation à la métropole et celle des administrations ont engendré, dans chaque collectivité ultra-marine, une polarisation très forte et sans cesse croissante du chef-lieu sur le territoire sous son autorité – à l’exception de la Guadeloupe où Pointe-à-Pitre n’est pas la préfecture ».

Après la Seconde Guerre mondiale, un vaste mouvement migratoire s’est développé depuis les DOM vers la métropole. Ainsi, 357 000 personnes nées outre-mer résidaient en métropole en mars 1999. C’est notamment le manque de débouchés professionnels qui avait conduit de nombreux jeunes Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais et Guyanais à s’installer en métropole, aidés par une société d’Etat, le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d'outre-mer), devenu Agence nationale pour l'insertion et la promotion des travailleurs d'outre-mer (ANT).

Une forte immigration

Camp de Charvein, en Guyane, accueillant les réfugiés du Surinam

Camp de Charvein, en Guyane, accueillant les réfugiés du Surinam.

Photo : Bertrand Desprez/vu. © La Documentation française.

Agrandir l'image

L’avis n° 78 de la Commission des affaires sociales du Sénat sur l’outre-mer dans le projet de loi de finances 2005 (25 novembre 2004) qualifie l’immigration de "nouveau défi pour l'outre-mer". La Commission entend « alerter le Gouvernement sur les enjeux de l'immigration outre-mer qui inquiètent de plus en plus les ultramarins, en particulier à Mayotte, en Guyane mais également à la Réunion ».

« Entre 1990 et 1999, les soldes migratoires ont été fortement positifs à la Réunion et en Guyane. L'augmentation moyenne annuelle de la population liée aux flux migratoires est d'environ 1 700 par an à la Réunion et 1 150 par an en Guyane.

A la Réunion, la situation est devenue particulièrement préoccupante, du fait de la croissance de flux d'immigrés venus des Comores. Mayotte est davantage victime de l'immigration clandestine que la Réunion puisque sur 160 000 Mahorais, on compte au moins 50 000 Comoriens.

L'immigration est ainsi devenue le moyen de bénéficier des avantages sociaux et économiques liés à la vie en France ».

Une situation économique marquée par l'héritage colonial

La jetée nord du port de Dzaoudzi, Mayotte, 1952

La jetée nord du port de Dzaoudzi, Mayotte, 1952.

Photo Gouverneur Coudert. © Archives La Documentation française

Agrandir l'image

Dans le numéro de la Documentation photographique consacré à "L'outre-mer en mouvement", Jean-Christophe Gay explique bien l'extraversion économique de l'outre-mer héritée de la période coloniale et sa pérennisation par les élites locales.

« La situation actuelle est le résultat d'une exploitation coloniale orientée vers la métropole. Une telle extraversion a empêché l'apparition de processus locaux d'entraînement financier, commercial et social. Au fondement d'une économie dépendante, il y avait le principe de l'Exclusif ou Pacte colonial, consistant à interdire aux colonies toute relation commerciale avec l'étranger, et laissant à la métropole le monopole. Par ailleurs, il était interdit aux colonies de développer des activités susceptibles de concurrencer celles de métropole. L'abolition du Pacte colonial par Napoléon III supprime la protection des denrées coloniales en métropole, mais l'outre-mer reste une chasse gardée du capitalisme national.

Les élites locales, d'origine européenne, n'ont fait qu'accentuer la sujétion des colonies à la métropole, car elles n'avaient pas intérêt à un développement autonome (...). Le développement ces vingt dernières années des grandes surfaces est le dernier avatar de la logique de reconversion des capitaux de ces descendants non métissés des grands propriétaires terriens de l'époque coloniale que l'on appelle Gros-Blancs, Grands-Blancs ou Békés dans les DOM. Ce sont aujourd'hui des acteurs économiques de premier plan ».

« Si l'histoire récente des départements d'outre-mer est ponctuée d'émeutes - 1967 en Guadeloupe, 1991 à la Réunion, 1996 en Guyane, etc. - il faut toutefois se garder d'assimiler ces actes à une généralisation du sentiment indépendantiste, cantonné à une minorité de Domiens. » "L'outre-mer français en mouvement").

Dans la République, entre assimilation et autonomie

Il convient de rappeler d'abord le lourd passé de la traite et de l'esclavage dans les colonies françaises, ce dernier ayant été aboli par le décret du 27 avril 1848. 153 ans plus tard, le Parlement français a voté à l'unanimité une loi reconnaissant la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité » (article 1er de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001).
Sur le plan politique, la relation historique avec la métropole dessine deux ensembles parmi les collectivités territoriales situées outre-mer, suivant qu'elles se sont inscrites dans une logique d'assimilation ou d'autonomie. Dans le premier cercle, les quatre départements d'outre-mer (DOM) se caractérisent par une assimilation culturelle et politique, largement déterminée sous la IIIe République : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion. Dans le second, les autres territoires (anciennement TOM) ont fait le choix de l'autonomie dans la République.

Sur ce processus, Jean-Christophe Gay apporte des éléments d'analyse très intéressants dans  "L'outre-mer français en mouvement".

« La spécificité des DOM tient au fait que ces "vieilles colonies" ont connu l'Ancien Régime et l'esclavage, et que leur peuplement actuel est presque complètement le résultat de la colonisation par l'appropriation de terres inhabitées (Réunion), la disparition des premiers occupants (Antilles) ou la marginalisation des populations autochtones (Guyane), contrairement au reste de la France d'outre-mer.
A partir de l'abolition de l'esclavage, en 1848, un processus d'assimilation s'est engagé et a débouché sur la départementalisation, en 1946.
Dans le Pacifique, la classe politique locale est hostile à l'assimilation et rejette l'idée de départementalisation. Le processus d'assimilation culturelle y était beaucoup plus faible que dans les "vieilles colonies" et la culture républicaine moins forte. Par ailleurs, ces îles des antipodes restaient dans les années 1950 mal reliées à l'Europe et leur singularité semblait évidente aux responsables locaux. Il y avait, en outre, dans ce souci d'autonomie, la ferme détermination de conserver leurs avantages fiscaux. Cela explique qu'en 1958, la population de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie opte pour le statut de TOM, rejetant la solution départementaliste ou celle de devenir des Etats membres de la Communauté [française], proposée par le gouvernement français ».

Mis à jour le 29/04/2009

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires