Drapeaux de l'Union européenne et des Etats-Unis.

Dans une économie mondialisée, le poids de l'économie dite "transatlantique" est dominant : les pays membres de l'Union européenne et les Etats-Unis produisent ensemble 60 % du PIB (produit intérieur brut) mondial, assurent 40 % du commerce mondial et 62 % du stock des investissements directs.
Malgré les tensions périodiques, la relation transatlantique reste l'un des principaux axes des relations extérieures de l'Union. Les flux commerciaux entre l'Union et les Etats-Unis s'élèvent à environ 1,7 milliard d'euros par jour, chacun étant le premier partenaire commercial de l'autre. L'Union européenne est la cible privilégiée des investissements directs américains, mais également le premier investisseur aux Etats Unis. 
Selon la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, dans le rapport d'Axel Poniatowski publié en 2005, l'Europe et les Etats-Unis, bien que concurrents sont des partenaires essentiels.

L'Europe et les Etats-Unis, deux concurrents

« Il est certain que les relations économiques transatlantiques entre l'Europe et les Etats-Unis sont, de manière récurrente, marquées par des tensions, essentiellement dans trois domaines :

  •  En premier lieu, de vives controverses persistent de part et d'autre de l'Atlantique sur la conduite des politiques économiques, les Américains critiquant la frilosité de la banque centrale européenne et le carcan qu'imposerait le pacte de stabilité, les Européens, d'ailleurs suivis par le FMI, mettant leur partenaire en garde contre ses dérapages budgétaires et le niveau historiquement bas atteint par l'épargne des ménages aux Etats-Unis (0,4 % en 2004 !).
  •  En deuxième lieu, les négociations commerciales transatlantiques restent un terrain d'affrontements privilégié, même s'il faut admettre qu'après Seattle, à Doha, puis à nouveau à Cancun, les efforts conjugués du représentant américain au commerce et du commissaire européen au commerce ont évité une crise profonde des négociations commerciales internationales en cours.

Organismes génétiquement modifiés, avances remboursables pour Airbus, mesures fiscales américaines condamnées par l'Organisation mondiale du commerce comme étant des subventions déguisées, les sujets de crises se succèdent, révélateurs, avant toute chose, qu'en ce domaine, Européens et Américains sont deux géants qui parlent d'égal à égal.

  •  Le déficit de la balance courante américaine et ses conséquences potentielles pour l'euro représente le troisième point noir de la relation euro-américaine. Les Américains peuvent stigmatiser la faible croissance européenne mais le fait est qu'ils financent la leur avec l'épargne des pays pauvres. C'est aujourd'hui le paysan chinois qui finance le déficit américain - c'est-à-dire la consommation des ménages américains ou les dépenses militaires des Etats-Unis - du fait du niveau dramatiquement bas de l'épargne des ménages américains. (...)

A l'évidence, la relation économique transatlantique est porteuse de nombreux conflits, déclarés ou potentiels. Le calendrier contentieux transatlantique devrait rester chargé dans les mois et années qui viennent :

  •  plusieurs affaires sont actuellement à un stade pré-contentieux ou bien à un stade très précoce de la procédure contentieuse et sont susceptibles de connaître des développements dans les mois qui viennent. C'est le cas notamment du dossier relatif aux Foreign Sales Corporations (FSC) : la loi fiscale américaine autorisant les entreprises qui exportent des marchandises produites aux Etats-Unis à exclure de leur base imposable une partie de leurs revenus en faisant passer leurs marchandises par des sociétés de vente à l'étranger (Foreign Sales Corporations) a été analysée par l'OMC comme assimilable à une subvention à l'exportation et, à ce titre, condamnée en janvier 2002. Bien que le Congrès ait adopté un texte abrogeant la mesure condamnée, l'Union européenne doute de la conformité de ce nouveau texte avec les règles de l'OMC ;
  • à plus long terme, c'est dans le domaine des règlements anti-dumping et anti-subventions en matière de biens industriels que les probabilités de contentieux transatlantiques sont les plus fortes. Les Etats-Unis pourraient par exemple être tentés de contester la réglementation communautaire sur l'interdiction en Europe de produits cosmétiques testés sur les animaux ou la réglementation sur la mise sur le marché de produits chimiques ;
  • la question agricole demeure source de multiples contentieux, d'autant que, dans ce domaine, les enjeux transatlantiques peuvent être instrumentalisés au profit d'autres objectifs de politique étrangère (liens avec les pays en développement notamment). Malgré leurs divergences structurelles, l'Union européenne et les Etats-Unis parvenaient traditionnellement à rapprocher leurs positions en fin de négociations, et à aboutir à un accord qui était ensuite repris par le reste des membres de l'OMC. Or l'échec du sommet de Cancun a montré les limites de cette pratique, à laquelle s'opposent les pays en voie de développement. Désormais, l'intérêt des Européens comme des Etats-Unis est de rechercher des alliances avec les pays émergents (G 20) ou les pays en voie de développement (G 90). Cet exercice est cependant plus facile pour les Etats-Unis que pour l'Europe, qui occupe dans la négociation la position de l'accusé. En effet, si, aux termes de l'estimation de l'OCDE, le farmeraméricain est plus subventionné que le paysan européen (20 000 dollars contre 16 000 en 2001), la structure tarifaire de l'Europe expose particulièrement celle-ci aux attaques, comportant davantage de secteurs très protégés.

L'Europe et les Etats-Unis, deux partenaires essentiels

J. M. Barroso, Président de la Commission européenne reçu par le président américain G. W. Bush, janvier 2007

J. M. Barroso, Président de la Commission européenne reçu par le président américain G. W. Bush, janvier 2007.

© CE

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En tout état de cause, cependant, ni l'Europe ni les Etats-Unis n'ont les moyens de se permettre que leur rivalité économique ne dégénère en affrontement direct : les deux partenaires ont en effet un besoin crucial de la relation économique transatlantique. Sans doute l'ensemble européen ne représente-t-il que 500 à 600 millions de consommateurs et de producteurs, chiffres modestes comparés aux géants démographiques asiatiques. Pour autant, si le discours politique américain ou européen met souvent en avant le réveil de l'Asie ou la montée en puissance des marchés émergents, la réalité quotidienne est celle d'une intégration économique toujours croissante entre l'Union européenne et les Etats-Unis, qui évolue de manière autonome par rapport aux relations diplomatiques et politiques.
Ainsi, "l'Europe et les Etats-Unis sont, l'un à l'égard de l'autre, les marchés les plus importants et les plus profitables" (Daniel Hamilton, Joseph Quinlan, Le Figaro, 3 décembre 2003): le partenariat économique transatlantique, épine dorsale des relations économiques internationales depuis la Seconde Guerre mondiale, demeure prééminent dans l'économie internationale. Les récentes tensions sur l'Irak n'ont pas remis en cause cet état de fait. Plus encore, les années qui ont suivi la fin de la Guerre froide au cours desquelles l'érosion de la menace commune est censée avoir affaibli les liens transatlantiques ont, en réalité, été l'une des périodes les plus intenses d'intégration entre les deux entités. Et cette relation s'est encore approfondie en 2003, au plus fort de la crise atlantique : par exemple, les investisseurs américains ont investi dans les valeurs françaises à hauteur de 3,9 milliards de dollars pour les huit premiers mois de 2003, contre un milliard à peine au cours de la même période en 2002. En termes d'emploi, les échanges commerciaux transatlantiques représentent 12 millions d'emplois de part et d'autre de l'Atlantique.
Les querelles commerciales qui font la "une" de l'actualité ne sont, par conséquent, pas du tout représentatives des liens économiques transatlantiques. De fait, les échanges commerciaux représentent une part modeste de l'activité transatlantique. Notons qu'ils restent pour autant bien supérieurs aux flux commerciaux entre les Etats-Unis et le Japon ou la Chine : en 2004, les flux commerciaux représentaient 151 milliards de dollars pour les exportations des Etats-Unis vers l'Union européenne et 220 en sens inverse ; vers le Japon, ces chiffres s'établissaient respectivement à 52 et 118 milliards de dollars, tandis que, vers la Chine, ils étaient de 28 et 152 milliards de dollars, soit la moitié du commerce transatlantique.
Au-delà du commerce, ce sont les investissements directs internationaux qui forment la colonne vertébrale des relations économiques transatlantiques et en mesurent la dimension spécifique. Contrairement, en effet, à la vision commune d'économies investissant majoritairement dans les pays à bas salaires, c'est dans l'économie américaine qu'investissent le plus les entreprises européennes, et inversement pour leurs homologues américaines : 65 % de l'investissement direct américain à l'étranger en 2003 s'est fait en Europe. Pour prendre un exemple révélateur, entre 1995 et 2003, les investissements américains dans les seuls Pays-Bas ont représenté le double des investissements américains au Mexique et dix fois ceux en Chine. C'est en Europe que les entreprises américaines réalisent la moitié de leurs bénéfices annuels à l'étranger. Au total, le stock d'investissements directs américains en Europe est de 650 milliards de dollars et celui des investissements européens aux Etats-Unis de 890 milliards de dollars, soit 62 % du stock d'investissements directs étrangers aux Etats-Unis. Du fait de l'intensité de ces liens, même le produit d'un taux de croissance - faible au regard des performances américaines - de 3 % en Europe représente l'équivalent, pour les Etats-Unis, d'un marché de la taille de l'Argentine. »

Source : Rapport d'information sur les relations entre l'Europe et les Etats-Unis Axel Poniatowski, Commission des affaires étrangères, Assemblée nationale, 2005, 152 p.

Union européenne, Etats-Unis : des économies comparables

Union européenne, Etats-Unis : des économies comparables
 

Union  européenne à 25

Etats-Unis

Population  (2005) (millions)

454

296

Superficie (km2)

3 900 000

9 630  000

PIB  (2005) (milliards d’euros)

10 800

10 415

PIB par habitant (2004)
(en parité de pouvoir d'achat)

22 300

35 500

Part dans le PIB mondial (2006)

29,9

27,3

Taux de croissance (2005)

1,8%

3,6%

Exportations  l’un vers l’autre (2004)
(milliards d’euros)

234,61

138,98

Importations  l’un vers l’autre (2004)
(milliards d’euros)

158,35

233,88

Consommation  d’énergie par personne  
(en tonnes équivalent pétrole)

3,6  (2005)

7,8  (2003)

Indice des émissions de gaz à effet de serre (2005) 
(en équivalents CO2, année de base 1990 =100)

92,1

116,3

Sources : présidence autrichienne 2006 de l'UE, Eurostat, Commission européenne [pdf, 1,03 Mo] 2006

Mis à jour le 30/03/2008

 

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