Alvaro Gil-Robles, Commissaire aux droits de l’Homme, constate de grandes disparités de prix entre les établissements.

« Dans tous les établissements visités, j’ai demandé à voir la liste des prix après avoir reçu des plaintes relatives au coût de la vie. J’ai en effet constaté avec étonnement que les prix varient très fortement. Ainsi, alors que le prix d’un paquet d’un kilogramme de sucre avoisine les 0,90 euro dans une grande surface du centre-ville de Strasbourg, il était de 1,27 euro à la Santé, 1,48 euro à Fleury-Mérogis et de 1,45 euro à Strasbourg. (…)

Je ne comprends pas pourquoi il existe une telle disparité entre les prix. Il m’a été expliqué que les prix sont fixés par le directeur d’établissement après concertation avec les prestataires de services extérieurs choisis à la suite d’appels d’offres publics. Je comprends qu’il s’agit d’une procédure régulière. Toutefois, j’estime que l’administration doit veiller à ce que les intérêts des personnes détenues soient avant tout préservés, et donc que les prix pratiqués restent les plus accessibles possibles. Des services publics peuvent être effectués par des prestataires privés (en respectant évidemment toute les procédures appropriées), mais avec l’objectif d’en améliorer la qualité dans l’intérêt des usagers et certainement pas d’en tirer le plus de profit commercial possible. »

Le rapport de la Cour des comptes constate également le manque de cohérence dans ce domaine.

Un manque de règlement d’ensemble

« Tradition de la vie carcérale, la cantine permet aux détenus d’acheter, sur leur pécule, divers produits pour améliorer leur "ordinaire". Le Code de procédure pénale n’en prévoit que deux sortes [une cantine alimentaire et une cantine accidentelle qui comprend le tabac, les produits d’hygiène, les vêtements et les journaux] mais la réalité est plus complexe. En effet, la pratique et la tradition ont conduit à la création de cantines plus différenciées, correspondant à des types de produits variés. (…) Aucune réglementation d’ensemble n’organise le fonctionnement des cantines. »

En 2000, Jean-Jacques Hyest et Guy-Pierre Cabanel s’inquiétaient de ce système qui engendre de fortes inégalités entre les détenus.

« La système de la cantine entraîne des effets pervers, en renforçant les inégalités, en suscitant des rapports de force et en favorisant le développement du racket.

Tous les intervenants auditionnés par la commission d’enquête ont souligné que l’argent était roi en prison, alors même que sa détention et, a fortiori, sa circulation sont interdites. Conformément à l’ancien système de la "pistole", celui qui dispose d’un pécule important pourra donc améliorer sensiblement ses conditions de détention, alors que l’indigent devra se contenter du minimum mis à sa disposition par l’administration pénitentiaire. (…) Si elle crée des inégalités, la cantine favorise aussi le développement de rapports de force, puisque le détenu "riche" va établir sa domination sur les moins argentés qui dépendront de lui pour bénéficier d’une cigarette, d’un timbre ou encore de la télévision.

La solidarité entre détenus étant ce qu’elle est, tout se paie. Celui qui n’a pas d’argent devra donc s’acquitter de sa dette en "rendant service". »

Mis à jour le 28/08/2006

 

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