Centre pénitentiaire de Perpignan (Pyrénées orientales)

Centre pénitentiaire de Perpignan (Pyrénées orientales).

Photo : Bertrand Desprez/Vu © La Documentation française

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L’éloignement géographique est le premier obstacle dénoncé par Louis Mermaz et Jacques Floch dans leur rapport à l’Assemblée nationale (2000).
« Le premier de ces obstacles est l'éloignement du détenu. Selon l'article D.53 du Code de procédure pénale, l'affectation dans une maison d'arrêt dépend du ressort du siège de la juridiction d'instruction ou de jugement devant laquelle le prévenu est appelé à comparaître. Cette situation obéit bien évidemment à des contraintes liées à l'instruction de l'affaire, l'autorité judiciaire pouvant demander l'extraction du prévenu chaque fois qu'elle l'estime utile. Il faut néanmoins s'interroger sur les conséquences psychologiques qu'une telle disposition implique pour le prévenu. La mission effectuée par la commission d'enquête dans les départements d'outre-mer a ainsi eu l'occasion de constater l'état de dénuement total dans lequel se trouvaient certains métropolitains, notamment des femmes, arrêtés en Guyane ou aux Antilles pour des affaires liées à des trafics de stupéfiants. La rupture totale de liens familiaux provoquée par l'éloignement constitue, particulièrement dans le cas de femmes ayant des enfants, un véritable traumatisme. Ce dernier est d'autant plus aggravé que les prévenus ou les condamnés, dans les maisons d'arrêt, n'ont pas le droit de téléphoner. (…)

Le cas des établissements pour peine est plus particulier : s'ajoute au problème de l'éloignement, la question de la durée de détention. Il semble exister de la part des détenus condamnés à de longues peines un certain fatalisme sur le sujet, conscients qu'on ne peut demander à une famille d'affronter l'univers pénitentiaire pendant vingt ans pour des visites qui exigent souvent de mobiliser une journée et requièrent des moyens importants.

Là encore, la question de l'éloignement de l'établissement est une donnée essentielle ; elle se pose avec une acuité particulière pour les femmes, aucun établissement ne se situant au sud de la Loire.»

Jean-Jacques Hyest et Guy-Pierre Cabanel dépeignent l’état des parloirs (2000).

« Tout d'abord, les "abris famille" ; les familles attendent d'accéder aux parloirs dans une salle exiguë, lorsqu'une telle salle existe.

En effet, dans un certain nombre de maisons d'arrêt, les visiteurs sont parqués dans un couloir, sans possibilité de s'asseoir, en attendant de passer sous le portique et de rejoindre leurs proches. (…)

Ensuite, le parloir lui-même : il s'agit souvent d'un endroit peu pratique d'accès dans la prison, mal nettoyé, mal éclairé, voire sordide comme à Toulon.

A la maison d'arrêt de Fresnes, le parloir est au sous-sol, non loin des cuisines. La lumière artificielle est la règle. Les détenus et leurs familles disposent de peu d'espace.

A la maison d'arrêt de Nanterre, la direction a dû installer un petit dispensaire qui permet aux personnes de se reposer : la circulation dans les couloirs pour rejoindre les parloirs, leur caractère sombre et oppressant provoquent régulièrement des malaises chez certains visiteurs.

D'heureuses exceptions tranchent en matière d'accueil des familles, comme la maison d'arrêt de Melun qui dispose d'un local pour les enfants. »

Les unités de vie familiale

Les unités de vie familiale sont des espaces destinés aux détenus condamnés à de longues peines et ne bénéficiant pas de permissions de sortie. Ils sont créés dans l'enceinte pénitentiaire, sans surveillance à l'intérieur même de ces espaces, ils permettent à la famille dont l'un des membres est incarcéré de vivre pendant un certain temps, toutes les dimensions de la vie familiale.

Dans son rapport, Alvaro Gil-Robles, Commissaire aux Droits de l’Homme au Conseil de l’Europe, fait le constat suivant : « Je voudrais attirer l’attention des autorités françaises sur le retard pris par la France quant à la mise en œuvre des unités de vie. (…) Ce mode spécifique d’organisation des visites qui permet aux conjoints et aux enfants de préserver leur vie privée malgré l’emprisonnement de l’un d’eux est très important et se généralise dans la plupart des Etats membres du Conseil de l’Europe. Il s’agit, à mon avis, d’un très bon moyen de sauvegarder les familles, d’éviter leur éclatement et de favoriser la réinsertion du prisonnier qui sera convaincu d’être attendu. (…) J’ai été informé qu’à l’heure actuelle, il n’existait en France que 2 ou 3 unités de vie familiale à titre expérimental. Dès lors, j’appelle les autorités à combler ce retard et faire des avancées considérables dans ce domaine très important favorisant le respect de la dignité humaine et la réinsertion ».

Mis à jour le 28/08/2006

 

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