Un service médical.

Depuis la loi n° 94-43 du 18 janvier 1994 (chapitre II : Soins en milieu pénitentiaire et protection sociale des détenus), les détenus sont affiliés au régime général de la Sécurité sociale pendant toute la durée de leur incarcération. Leur santé est totalement prise en charge, qu’elle soit somatique ou psychique, curative ou préventive, par le service public hospitalier. Le détenu a droit à des soins équivalents à ceux proposés à l’extérieur.

Les compétences en matière de santé ont ainsi basculé du ministère de la Justice au ministère de la Santé. Des Unités de consultations et de soins ambulatoires (UCSA) ont été implantées par les hôpitaux dans les établissements pénitentiaires avec une augmentation de moyens et de personnels conséquente.

Cette très nette amélioration des conditions de soins dans les prisons se heurte cependant à un certain nombre de difficultés, liées aux conditions spécifiques de la détention.

L’état psychique d’un grand nombre de détenus pose également un problème, à la fois en termes de soins mais aussi en termes d’accompagnement de ces personnes particulièrement fragiles.

Les difficultés du travail médical en prison

Un medecin urgentiste.

François Moreau, chef de service et président du Syndicat des médecins exerçant en prison, énumérait en 2000 les difficultés du travail médical en prison, in "L’univers pénitentiaire", Regards sur l’actualité, n°261, mai 2000.

Le secret médical

« Le secret médical est très difficile à préserver en milieu carcéral – tout se sait en prison. (…) Cette rupture du secret, elle peut être quotidienne et suscitée par les craintes bien légitimes de personnels pénitentiaires qui redoutent d’attraper le sida, l’hépatite ou la tuberculose et qui souhaiteraient savoir ce qu’ont les détenus. Elle tient également au fait que l’administration pénitentiaire, et plus largement la justice, ont besoin de certificats divers et variés pour "se couvrir" administrativement (certificats d’aptitude à la mise au quartier disciplinaire…). »

L’accès aux soins

« Les conditions d’accès aux soins sont entravées par les règles sécuritaires et le fonctionnement des prisons. Il est parfois difficile d’organiser notre travail parce que les détenus ont des activités, parce que la circulation est souvent bloquée ou interdite dans l’établissement. Prendre des rendez-vous à l’extérieur devient difficile puisqu’on ne peut prévenir le détenu à la date à laquelle on va l’envoyer en consultation à l’hôpital pour des raisons de sécurité (prévention des évasions notamment). (…) Certains détenus, particulièrement surveillés parce que dangereux, doivent être accompagnés à l’extérieur d’une escorte de policiers ou de gendarmes armés, qu’il n’est pas toujours facile d’obtenir et qui est très mal perçue à l’hôpital. »

La relation détenu/médecin

« [Le détenu] met en jeu sa propre santé et son corps à travers les automutilations pour protester contre une mesure de justice ou une mesure interne, pour obtenir par exemple un changement de cellule. Il va aussi tenter d’obtenir des médicaments, surtout s’il est toxicomane. (…) Il est toujours très difficile de distinguer le besoin réel du patient et le besoin maquillé pour obtenir des bénéfices secondaires. Nous sommes également confrontés à des détenus qui refusent les soins, qui refusent de prendre leurs traitements ou qui mettent en danger leur santé au travers des grèves de la faim. Ce refus de soins, pour obtenir gain de cause vis-à-vis d’une autre revendication, sont très particuliers au milieu carcéral. »

La violence

« Il y a toutes les violences entre détenus pour différentes raisons, le racket, les règlements de compte, la violence gratuite aussi. Nous nous heurtons souvent à une difficulté qui est le refus de dire du patient. (…) Il y a, bien sûr, touts les problèmes de viol, tous les problèmes de sexe en prison, qui sont des problèmes aussi très difficiles à gérer puisque officiellement, il n’y a pas de relations sexuelles en prison. »

Mis à jour le 28/08/2006

 

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