Une guerre africaine sans précédent

Depuis 1998, le conflit a fait plus de 3 millions de victimes. Sept pays africains sont impliqués : la République démocratique du Congo (RDC), le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie d'un côté, le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi de l'autre.

Les forces en présence

Avec l'éclatement du deuxième conflit dans l'ex-Zaïre, le Kivu est à nouveau le point de départ des hostilités dans un conflit d'une extrême complexité marqué par l'atomisation des groupes rebelles concentrés dans l'est de la RDC (congolais, rwandais, ougandais, burundais), alliés ou rivaux selon leur appartenance ethnique et leurs intérêts du moment, par l'entrée en lice de pays africains alliés à L-D Kabila, par les alliances et mésalliances entre belligérants de tous bords (congolais et étrangers), et par les enjeux économiques pour la RDC et ses voisins.
En juillet 1998, L-D Kabila limoge ses ministres d'origine tutsi et décrète l'expulsion des troupes rwandaises stationnées en RDC depuis 1997.
L'alliance avec ses anciens frères d'armes se rompt alors définitivement.
Le 2 août 1998, une nouvelle rébellion de soldats banyamulenge, déçus du nouveau régime, éclate au Kivu, cette fois dressée contre Kabila qu'ils avaient porté au pouvoir en mai 1997.
Elle est soutenue par le Rwanda, l'Ouganda et, à un moindre degré, par le Burundi. Ces pays saisissent l'opportunité du mécontentement des Congolais tutsi d'origine rwandaise pour réaliser leurs objectifs.
La rébellion dégénère aussitôt en une guerre sans précédent en Afrique.

Sept pays africains sont précipités dans les combats et deux coalitions s'affrontent sur le sol congolais 

  • d'un côté, les troupes gouvernementales de Kabila, les milices rwandaises Interahamwe et les ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR), les milices tribales congolaises Maï-Maï, appuyées par l'Angola, la Namibie, le Zimbabwe, et le Tchad qui se retire rapidement,
  • de l'autre, des factions rebelles congolaises, rivales entre elles, soutenues tour à tour selon leurs intérêts par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi.

Dès août 1998, des combats acharnés ont lieu non seulement dans la province du Kivu, mais s'étendent aussi du nord-est au sud-est et à l'intérieur de la RDC. Les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) prennent Kisangani, la troisième ville du pays, mais échouent dans leur tentative d'entrer dans Kinshasa. Les positions des belligérants se figent alors, entraînant un début de partition du pays : le Nord et Sud-Kivu, des parties du Maniema, du Katanga et de la Province orientale tombent sous la férule militaire, politique et administrative du RCD soutenu par le Rwanda et l'Ouganda ; l'ouest du pays reste sous le contrôle du gouvernement de L-D Kabila soutenu militairement par ses alliés.
Après la création d'une nouvelle rébellion dans la province Equateur, le Mouvement pour la libération du Congo (MLC) soutenue par l'Ouganda, et la scission du RCD en deux tendances, les rebelles consolident la partition du pays et se partagent le nord, l'est et le sud-est de la RDC, le gouvernement ne contrôlant plus que la moitié ouest.
Malgré le début du processus de paix marqué par l'accord de cessez-le-feu signé en juillet 1999 à Lusaka entre les sept pays impliqués et les rebelles du MLC et des deux RCD, les combats se poursuivent et l'imbroglio politico-militaire se complique davantage avec le renversement d'alliance entre le Rwanda et l'Ouganda. La conquête de Kisangani, chef-lieu de la Province orientale et importante place du commerce du diamant, devient le symbole et l'enjeu de leurs violents affrontements à trois reprises : août 1999, mai-juin 2000, juin 2002.

Grâce à l'intervention de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) et aux accords bilatéraux signés entre RDC-Rwanda et RDC-Ouganda, les troupes étrangères se retirent officiellement du sol congolais fin 2002, mettant un terme à la guerre régionale proprement dite.
Mais, les combats ne cessent pas pour autant et le conflit change de nature.
En effet, le Rwanda et l'Ouganda, décidés à garder la main-mise sur les richesses naturelles de la RDC sous couvert de sécuriser leurs frontières contre des rebelles (parmi eux, des groupes armés hutu) venant de RDC, continuent à s'affronter par milices congolaises interposées qu'ils arment au gré de leurs intérêts et dont ils attisent les dissensions interethniques. Le conflit se recentre donc autour des relations tumultueuses de la RDC avec ses voisins rwandais et ougandais. Les violences perdurent entre les rebelles soutenus par le Rwanda et l'Ouganda malgré la fin officielle du conflit, avec les mêmes effets meurtriers pour la population, particulièrement en Ituri et au Kivu, et déstabilisateurs pour l'Afrique des Grands Lacs.

L'intervention des Nations unies en République démocratique du Congo : la MONUC

La Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) a été créée le 30 novembre 1999 pour surveiller l'application de l'accord de cessez-le-feu signé le 10 juillet 1999 à Lusaka (Zambie) par le sept Etats impliqués dans le conflit. En novembre 2004, elle compte près de 17 000 casques bleus déployés dans l'est de la RDC. Pour la période du 1er juillet 2003 au 30 juin 2004, la MONUC a bénéficié d'un budget d'un montant de 608,23 millions de dollars américains, le plus élevé de toutes les missions de maintien de la paix dans le monde.

  • Soldats de la MONUC à Bunia, 2003

    Soldats de la MONUC à Bunia, 2003.

    © ONU

    Agrandir l'image
    La résolution 1279 du 30 novembre 1999 décide que le personnel autorisé préalablement constituera la MONUC (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo).
  •  La résolution 1399 du 19 mars 2002 condamne la reprise des combats dans la poche de Moliro et rappelle au RCD-Goma et à toutes les autres parties qu'ils devaient s'acquitter de leurs obligations au titre de l'accord de cessez-le-feu, du plan de désengagement et des résolutions du Conseil de sécurité.
  •  La résolution 1493 du 28 juillet 2003 autorise l'augmentation de l'effectif militaire de la MONUC jusqu'à 10 800 militaires et lui confie un nouveau mandat qui l'autorise à user de la force en Ituri et dans les Kivu pour protéger les civils et pour assurer le couloir humanitaire pour les agences humanitaires. Elle décide un embargo sur la fourniture d'armes et de tout matériel ou assistance aux groupes armés opérant dans le Nord et le Sud-Kivu et en Ituri.
  •  La résolution 1596 du 18 avril 2005 étend l'embargo sur les armes à l'ensemble de la République démocratique du Congo.

La population, victime du pillage

Centre de distribution alimentaire en RDC

Centre de distribution alimentaire en RDC.

© ONU

Agrandir l'image

Les décès sont imputables non seulement aux actes de guerre mais aussi aux conséquences du pillage illégal des ressources naturelles : l'insécurité alimentaire due à la destruction des récoltes, les maladies aggravées par l'effondrement du système sanitaire.
Le Rapport intérimaire sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la RDC, publié le 22 mai 2002 par le Groupe d'experts mandaté par le Conseil de sécurité de l'ONU, insiste particulièrement sur les conséquences humanitaires du pillage des ressources.

« L'une des conséquences de cette situation est la destruction des récoltes et des pâturages dans les zones rurales, l'interruption de la production alimentaire et une pression accrue sur les ressources alimentaires disponibles. (...)
D'après différentes sources, les populations locales, y compris les enfants, sont recrutés dans plusieurs régions par des groupes armés qui les utilisent comme main-d'oeuvre forcée pour exploiter les ressources. (...) Dans certaines régions, des communautés entières ont été déplacées sous la contrainte par des forces armées afin que celles-ci puissent prendre le contrôle de zones riches en ressources ou des routes d'accès à ces zones. (...) On signale aussi d'autres violations graves des droits de l'homme qui sont directement liées au contrôle des sites d'extraction par [ces]forces armées ou de leur présence à proximité de ces sites, notamment des assassinats, des violences sexuelles et des abus de pouvoir à des fins lucratives. (...)
Les services publics, tels que les services collectifs de distribution, les services de santé ou les écoles ne reçoivent pratiquement pas de fonds. Les infrastructures et les services sont pratiquement inexistants . (...)La production alimentaire ne cessant de diminuer dans les zones rurales, les taux de malnutrition augmentent dans des proportions considérables, en particulier dans les zones où l'exploitation des ressources est la plus intense. (...)
Le nombre considérable de décès liés au conflit, auquel s'ajoute un nombre encore plus grand de décès imputables à la malnutrition et aux maladies, se traduisent par des taux de mortalité extrêmement élevés à tous les âges, mais plus particulièrement chez les nourrissons et les enfants. Les taux de mortalité enregistrés dans les zones de conflit de l'est du Congo sont parmi les plus élevés du monde. »

Une arme de guerre : la violence sexuelle contre les femmes

Depuis 1998, des dizaines de milliers de femmes et fillettes congolaises ont subi, et d'autres subissent encore, des sévices sexuels liés au conflit, d'après les estimations faites par des organisations humanitaires internationales en 2004.
Malgré le retrait officiel du sol congolais des troupes étrangères fin 2002 et la mise en ouvre du processus de transition, des groupes armés s'affrontent chaque jour dans l'est de la RDC et terrorisent de façon sporadique les populations. Les violences sexuelles contre les femmes perdurent en toute impunité, aggravées par la propagation du VIH/sida et le manque d'accès aux soins dû à la destruction des structures médicales.

« La violence sexuelle a été utilisée comme une arme de guerre par la plupart des forces impliquées dans ce conflit.(...) Dans certains cas, des soldats et des combattants ont violé des femmes et des filles dans le cadre d'une attaque (...) générale au cours de laquelle ils ont tué et blessé des civils ainsi que pillé et détruit leurs biens. Ils ont agi de la sorte pour terroriser les communautés et pour les forcer à accepter leur contrôle, ou pour les punir d'une aide réelle, ou supposée, aux forces adverses, en particulier s'ils avaient eux-mêmes été récemment attaqués par ces forces. (...) Dans les cas où une attaque plus vaste ne s'est pas produite, des individus ou de petits groupes de soldats et de combattants ont aussi violé des femmes et des filles qu'ils ont rencontrées dans les champs, en forêt, le long des routes ou chez elles. (...)Dans de nombreux cas, des combattants ont enlevé des femmes et des filles et les ont conduites dans leurs bases, en forêt, les forçant à fournir des services sexuels et un travail domestique, parfois sur des périodes de plus d'un an. Parmi les centaines de milliers de personnes déplacées par la guerre se trouvaient de nombreuses femmes ayant cherché la sécurité dans les villes, pour elles-mêmes et pour leur famille. Au lieu de trouver cette sécurité, certaines ont été violées par des soldats basés dans des camps militaires proches ou par des responsables gouvernementaux. (...) Certains violeurs ont encore ajouté à la gravité de leurs crimes en commettant d'autres actes d'une brutalité extraordinaire, tirant sur leurs victimes avec une arme introduite dans leur vagin ou les mutilant avec des couteaux ou des lames de rasoir. Certains ont attaqué des filles de cinq ans seulement ou des femmes âgées de quatre-vingts ans. Certains ont tué leurs victimes sur le coup alors que d'autres les ont laissées mourir de leurs blessures. (.)Le viol et les autres crimes sexuels ne sont pas seulement pratiqués par des factions armées. Ils le sont aussi, de plus en plus fréquemment, par la police et d'autres personnes occupant des positions d'autorité et de pouvoir et par des criminels de droit commun et des bandits opportunistes qui profitent du climat d'impunité généralisée et de la culture de violence contre les femmes et les filles. »

Source : Human Rights Watch, La guerre dans la guerre : violence sexuelle contre les femmes et les filles dans l'est du Congo, juin 2002

La question de la violence exercée à l'encontre des femmes figure à l'ordre du jour de la Conférence internationale pour la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs organisée en novembre 2004.

Les enfants-soldats

Enfants soldats démobilisés en RDC

Enfants soldats démobilisés en RDC.

© Amnesty International

Agrandir l'image

« Un enfant-soldat est toute personne âgée de moins de dix-huit ans qui fait partie d'une force armée régulière ou irrégulière à quelque titre que ce soit. Cela comprend notamment mais pas exclusivement les cuisiniers, les porteurs, les messagers et toute personne accompagnant ces groupes à l'exception des parents des combattants. Cette définition inclut les jeunes filles recrutées à des fins sexuelles et de mariages forcés. Cette notion ne se réfère donc pas uniquement à l'enfant qui porte ou a porté des armes. (...)

Ce conflit est marqué par l'utilisation sur une grande échelle d'enfants comme soldats par tous les belligérants. Aujourd'hui, la RDC est l'un des pays au monde avec le plus grand nombre d'enfants soldats. Au cours de leur formation, ils subissent généralement des traitements violents et dans certains camps, des enfants sont morts dans des conditions déplorables. On peut les forcer à essayer de repérer les troupes ennemies ou à servir de gardes du corps pour leur chef ou encore les contraindre à devenir des esclaves sexuels. Garçons et filles sont également contraints de transporter de l'équipement, de l'eau, de la nourriture et des munitions ou bien encore de servir de cuisinier. Ils sont souvent envoyés sur le front pour combattre. Sur la ligne de front, les enfants sont régulièrement forcés de commettre des exactions en particulier des meurtres ou des viols contre des civils ou des soldats ennemis. Certains ont dû tuer leur propre famille, alors que d'autres ont été obligés de commettre des actes de cannibalisme ou sexuels avec les corps de leurs ennemis tués pendant la bataille. Ils sont menacé, ou reçoivent souvent des stupéfiants et de l'alcool pour annihiler leurs émotions afin qu'ils puissent commettre ces crimes. »

Source : Amnesty International, République démocratique du Congo : enfants en guerre, septembre 2003, Index AI : AFR 62/034/2003

Mis à jour le 08/12/2004

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires