Le rejet du protocole de Kyoto

Le 13 mars 2001, le président américain G. W. Bush, annonçait le refus des Etats-Unis de réglementer leurs émissions de gaz à effet de serre et leur rejet du protocole de Kyoto. Sa position a été formulée dans une lettre adressée à quatre sénateurs républicains opposés au Protocole.

« Comme vous le savez, je suis opposé au protocole de Kyoto parce qu'il exempte 80% du monde, notamment des pays très peuplés tels que la Chine et l'Inde, et parce qu'il porterait gravement atteinte à l'économie des Etats-Unis. Le vote du Sénat (95 voix contre 0) montre que les sénateurs sont d'avis que le protocole de Kyoto constitue un moyen injuste et inefficace de faire face aux préoccupations relatives aux changements climatiques mondiaux.
Comme vous le savez, je suis en faveur d'une politique énergétique nationale qui soit équilibrée et qui tienne compte de la nécessité d'améliorer la qualité de l'air. En conséquence, j'ai l'intention d'oeuvrer de concert avec le Congrès en vue de l'élaboration d'une stratégie exigeant que les centrales réduisent leurs émissions d'anhydride sulfureux, d'oxydes d'azote et de mercure. Une telle stratégie devrait prévoir une réduction progressive des émissions au cours d'une période de temps raisonnable, tout en offrant une certitude sur le plan réglementaire et des incitations commerciales visant à aider ce secteur à remplir les objectifs fixés. Toutefois, je ne pense pas que l'Etat doive exiger que les centrales réduisent leurs émissions de gaz carbonique, car ce gaz n'est pas un "polluant" selon la loi sur la salubrité de l'air. »

Source : Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat américain

Des mesures fédérales

« Les Etats-Unis, malgré leur position en dehors du protocole de Kyoto, ont quant à eux mis en place un certain nombre de mesures, en faisant le choix de miser sur le déploiement des technologies existantes et la recherche et développement de technologies existantes et la recherche et développement de technologies d'avenir. Ils ont investi dans ce modèle à la fois chez eux et à l'échelle internationale, via des partenariats d'échange d'informations ou de bonnes pratiques, et de recherche conjointe, sur la sequestration du carbone, l'énergie basée sur l'hydrogène, la gestion du méthane. L'exemple le plus significatif de cette philosophie est le partenariat Asie-Pacifique sur le développement propre et le climat mis en place en 2005 avec l'Australie, le Canada, la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud. Il s'agit à la fois d'un forum d'information mutuelle sur les technologies faibles en carbone et d'un moyen politique de convertir des pays peu disposés à une action ambitieuse contre le changement climatique à des modèles d'action moins contraignants. L'Union européenne est critique vis-à-vis de ce modèle américain de la "réponse technologique" et dénonce le refus des Etats-Unis de remettre en cause leurs habitudes de production et de consommation. » (Baptiste Legay, Divergences internationales sur les stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre, Questions internationales n° 38, juillet-août 2009, La Documentation française)

Certaines mesures ont été prises :

- Clear Skies and Global Climate Change, le plan alternatif présenté par G. W. Bush le 14 février 2002, développe une approche graduelle, à moyen ou long terme, vis-à-vis du problème climatique.
- En mars 2005, un nouveau règlement antipollution de l'Agence fédérale pour la protection de l'environnement (EPA), intitulé Clean Air Interstate Rule (CAIR), applicable dans 28 Etats et à Washington, limite les rejets d'anhydride sulfureux et d'azote émis par les centrales électriques.
- Le 8 août 2005, une loi sur la politique de l'énergie reprend les mesures proposées lors de l’entrée en fonction du président Bush, visant à diversifier les sources d’énergie par une relance du nucléaire, du "charbon propre", et le développement de l’éthanol.
- En mai 2007, G. W. Bush lance le MEM (Major Economics Meeting on Energy Security and Climat Change) qui rassemble15 pays : l'Afrique du Sud, l'Allemagne, l'Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la Corée du Sud, la France, l'Inde, l'Indonésie, l'Italie, le Japon, le Mexique, la Russie, le Royaume-Uni, l'Union européenne et les Nations unies.

De nombreuses initiatives locales

- Une initiative régionale pour les gaz à effet de serre est ainsi signée, en décembre 2005, par sept Etats du nord-est des Etats-Unis. Cette stratégie vise à stabiliser les émissions en 2009 puis à les réduire à partir de 2016 par le plafonnement et l’échange de droits à polluer.
- Parallèlement au sommet de l'ONU sur le changement climatique de Montréal en décembre 2005, un collectif de près de 200 villes américaines signe un engagement pour réduire de 30% les émissions de dioxyde de carbone d'ici à 2020.
- La Californie adopte en septembre 2006 une loi sur le réchauffement climatique, qui prévoit conformément aux objectifs de Kyoto, de ramener les émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990 avant 2020.
- En février 2007, l’Arizona, la Californie, le Nouveau-Mexique, l’Oregon et l’Etat de Washington adoptent une Initiative régionale d’action des Etats de l’Ouest américain sur la question du climat, visant à intensifier la lutte contre les rejets de gaz dans tous les secteurs.

A partir de 2009, le tournant de l'administration Obama

En décembre 2005, lors de la 11ème Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Montréal, les Etats-Unis ont finalement accepté de s’associer aux négociations sur l'après-Kyoto pour un nouvel accord international à l'échéance 2012.

« Sur le plan politique, G.W. Bush a été de plus en plus isolé durant ses deux dernières années de mandat face aux initiatives multiples des Etats américains, du Congrès et aux positions des candidats à sa succession. Aux prises avec ces pressions politiques intérieures, il a fait marche arrière et a lancé diverses initiatives (comme le MEM) montrant que les Etats-Unis étaient intéressés par l'idée d'un accord post-2012.
L'arrivée de Barack Obama devrait changer la donne. Tout au long de sa campagne, il a mis l'accent sur l'environnement. Dans son discours d'investiture, il a affirmé que les Etats-Unis ne peuvent plus consommer les ressources planétaires sans se soucier des conséquences. Il a annoncé une participation très active de son administration aux négociations sur le changement climatique et confirmé son intention d'instaurer un système fédéral de quotas et d'échanges de droits d'émission et d'établir des objectifs annuels quantifiés qui seront élevés, en vue de réduire les rejets américains de gaz à effet de serre de 80% d'ici à 2050. »

Source : Aurélie Vieillefosse, Le changement climatique, Etudes de La Documentation française, n° 5290-5291, 2009 / 184 p.

Mis à jour le 11/12/2011

 

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