Comparée à la première cohabitation, la deuxième a été qualifiée de consensuelle, voire d'hyperconsensuelle. Mais Edouard Balladur, dans Deux ans à Matignon (Plon, 1995), tempère quelque peu l'impression d'une "cohabitation de velours". Elle n'eut pas en tout cas le caractère de "campagne électorale prolongée" de la période 1986-1988, du moins entre les deux principaux camps.

La première cohabitation a servi d'enseignement et les deux acteurs principaux de la période 1993-1995 l'ont vécue au premier rang ; la deuxième cohabitation n'a donc plus le caractère inédit de la première.

Un Président politiquement affaibli...

Cérémonie du 14 juillet 1993. François Mitterrand et Edouard Balladur

Cérémonie du 14 juillet 1993. François Mitterrand et Edouard Balladur.

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Le contexte politique et les rapports de force ont sensiblement évolué.

Aux élections législatives des 21 et 28 mars 1993, le Parti socialiste connaît une défaite sans précédent en ne recueillant que 17,6 % des suffrages exprimés au premier tour. Il perd la moitié de son électorat par rapport au dernier scrutin législatif (5-12 juin 1988) et, après le deuxième tour, 4/5e de ses députés ; plusieurs de ses responsables, et non des moindres, sont battus (Michel Rocard, Lionel Jospin) et le groupe parlementaire socialiste et apparentés est réduit à 56 membres.

Contrairement à 1986, le Président de la République ne dispose plus de relais puissant dans la nouvelle assemblée et dans les circonscriptions. D'autant que les liens entre lui et le Parti socialiste se sont distendus ; il n'a plus les moyens d'imposer ses vues à un parti qu'il a forgé, mais qui prépare déjà l'après-mitterrandisme et qui de plus s'est engagé, depuis la fin des années 80, dans une logique de luttes intestines. En outre, les problèmes de santé du Président ont été rendus publics à la fin de l'été de 1992 et, contrairement à 1986, il ne peut plus être perçu comme candidat éventuel à la prochaine élection présidentielle du printemps 1995.

... mais qui ira au terme de son mandat

Mais, comme en 1986, François Mitterrand rappelle que, réélu pour sept ans en 1988, il accomplira la totalité de son second mandat :

"Ce que je peux vous dire c'est que je n'ai pas l'intention de démissionner si se produisait un changement de majorité comme beaucoup le prévoient au mois de mars, c'est-à-dire s'il y a une majorité de droite. Quelle que soit son ampleur, cela n'a aucune importance, je veux dire, sur ce plan-là (...). Je dois exécuter le mandat pour lequel j'ai été élu (...). Une élection législative ce n'est pas une élection présidentielle" (France 3, 18 février 1993).

6 mai 1994. Le président de la République François Mitterrand est accueilli au départ de la Gare du Nord par Edouard Balladur

6 mai 1994. Le président de la République François Mitterrand est accueilli au départ de la Gare du Nord par Edouard Balladur, chef du gouvernement lors d'un déplacement pour les cérémonies d'inauguration du Tunnel sous la Manche.

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A l'inverse, l'opposition enregistre un succès historique. Les candidats RPR-UDF et divers droite totalisent plus de 45% des voix au premier tour. La nouvelle majorité peut compter sur le nombre impressionnant de 484 élus (sur un total de 577).

Le 29 mars, François Mitterrand nomme Premier ministre Edouard Balladur, ancien ministre de l'Economie pendant la première cohabitation.

Ce dernier s'était depuis plusieurs mois prononcé en faveur d'une nouvelle cohabitation (tout en souhaitant tirer pour son camp les enseignements de la première). De fait, pendant la campagne électorale, le thème de la cohabitation a été soulevé. L'hypothèse, toujours rejetée par Raymond Barre ("L'expérience 1986-1988 instructive à souhait n'a rien appris. On va donc recommencer", Le Figaro, 10 mars 1993), est alors envisagée avec la plus grande méfiance par une partie importante de l'opposition ; ainsi Valéry Giscard d'Estaing souhaite en février 1993 qu'en cas de victoire de l'opposition soit organisée une élection présidentielle anticipée (ce qui suppose une démission de François Mitterrand), afin que la France ne vive pas "dans une période électorale continue" entre 1993 et 1995.

Moins tumultueuse que la première, la deuxième cohabitation connaît néanmoins quelques moments de friction entre le Président et le Premier ministre : le refus de François Mitterrand d'inscrire à l'ordre du jour de la session parlementaire extraordinaire de juillet 1993 la révision de la loi Falloux, en vigueur depuis 1850, sur le financement des investissements dans les établissements scolaires privés ; le problème de la reprise, comme le souhaite le Premier ministre, des essais nucléaires français dans le Pacifique que refuse le Président ; la question de la nécessité d'une révision constitutionnelle pour l'application des accords de Schengen.

En outre, comme sous la première cohabitation, François Mitterrand ne se prive pas de se démarquer de l'action du Premier ministre quand il estime que les acquis sociaux sont menacés.

Une cohabitation qui en cache une autre

L'originalité de cette deuxième cohabitation réside dans le fait que des critiques à l'encontre de la politique économique et sociale du gouvernement émanent aussi de sa majorité parlementaire et plus précisément du parti dont est issu le Premier ministre.

Des voix s'élèvent au RPR qui préconisent une "autre politique" et critiquent la méthode de gouvernement d'Edouard Balladur : une politique de réformes fondée sur le plus large consensus possible. Ainsi, progressivement, à la cohabitation entre les deux responsables de l'exécutif se substitue une "deuxième cohabitation" entre le Premier ministre et une partie de sa majorité parlementaire.

A partir de l'été 1994, quand il apparaît que Jacques Chirac et Edouard Balladur s'opposeront à l'élection présidentielle du printemps 1995, cette cohabitation de deuxième type n'en deviendra que plus conflictuelle.

Mis à jour le 01/11/2002

 

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