Une famille de républicains de 1848

Monnaie de Paris. Frédéric Charles Victor de Vernon

Effigie de Waldeck-Rousseau (Frédéric Charles Victor de Vernon) frappée par la monnaie de Paris .

Agrandir l'image

Pierre, Marie, René, Ernest Waldeck-Rousseau naît à Nantes, le 2 décembre 1846, de René Valdec Rousseau et Marguerite Ernestine Guimard.

Son père, René Valdec Rousseau (1809-1882), qui prit le nom de Waldeck-Rousseau, était avocat à Nantes, militant républicain, mutualiste et associatif. En 1848, alors que son fils Pierre n'a que deux ans, il est élu député à l'Assemblée constituante. Conseiller municipal puis maire de Nantes d'août 1870 à 1874, membre de la Société des droits de l'homme et de l'une des premières associations ouvrières, il est également président de la Caisse de secours mutuel de Nantes (précurseur, il propose que les femmes d'ouvriers puissent y adhérer). Nul doute que la foi de son père en une République fraternelle n'influença son fils Pierre.

L'avocat des associations et le militant de la République

Pierre Waldeck-Rousseau suit sa scolarité à Nantes, étudie le droit à Poitiers, présente sa thèse à Paris. Il embrasse la carrière d'avocat et, le 24 avril 1869, prête serment au barreau de Saint-Nazaire alors que le Second Empire vit ses derniers jours.

En 1871, alors simple stagiaire avocat au barreau de Saint-Nazaire, il est nommé membre de la commission municipale de Saint-Nazaire, chargée de remplacer l'ancienne administration compromise avec l'Empire. Militant républicain, il est élu secrétaire du Club démocratique, participe au journal républicain L'avenir et plaide en faveur des associations pourchassées.

Il s'inscrit au barreau des avocats de Rennes en 1873, ville dont il devient député, élu sur la liste de l'Union républicaine. Il siège à l'Assemblée nationale sur les bancs de la gauche, de 1879 à 1882.

Le jeune ministre de Léon Gambetta et de Jules Ferry

En 1881, âgé d'à peine 35 ans, il est nommé ministre de l'Intérieur du gouvernement Gambetta (14 novembre 1881 - 26 janvier 1882), portefeuille dont il sera à nouveau titulaire dans le second cabinet Jules Ferry (23 février 1883 - 6 avril 1885).

Avocat des associations et de la République, le parlementaire et ministre Waldeck-Rousseau multiplie les initiatives en faveur de la liberté d'association, alors encore sous le régime répressif de l'article 291 du code pénal.

Le 11 février 1882, il dépose une proposition de loi relative à la liberté d'association. En octobre 1883, il dépose un projet dans le même sens, avec l'autorité que lui confère son investiture ministérielle. La même année, il intervient de manière décisive à la Chambre dans la discussion sur le projet de loi relatif aux associations de prévoyance mutuelle et les sociétés de secours mutuels et crée la commission extraparlementaire relative aux coopératives ouvrières de production, dans le dessein d'aboutir à une loi sur les associations coopératives.

Pierre Waldeck-Rousseau s'engage aussi dans la bataille politique pour faire voter la loi relative à la liberté des syndicats professionnels, ce qui sera fait le 21 mars 1884. En sa qualité de ministre de l'Intérieur, il explique aux préfets le soutien que les syndicats sont en droit d'attendre de la République. Associations, syndicats, coopératives, mutuelles, tels sont les grands chantiers que Waldeck-Rousseau veut faire aboutir.

La traversée du désert

A la chute du cabinet Jules Ferry (30 mars 1885), Waldeck-Rousseau, désespérant des combinaisons politiques, retourne dans sa région natale, se marie, agrandit la maison familiale de Vilhouin, puis s'inscrit au barreau de Paris où il devient un avocat renommé. Il défendra notamment Zola dans son procès contre l'entrepreneur Henri Bourgeois.

En 1888, son projet de loi relatif aux " associations ouvrières de production " essuie un échec à la Chambre. Refusant de se représenter aux élections législatives, il n'a plus aucun mandat politique de 1889 à 1894. Elu sénateur de la Loire, il restera dix ans à distance des luttes politiques.

Le 1er avril 1898, la loi relative aux sociétés de secours mutuels, dite charte de la mutualité, pour laquelle il a tant œuvré, est enfin promulguée.

Le père de la loi de 1901 à la tête du Bloc républicain

Au plus fort de l'affaire Dreyfus, alors que la République paraît à nouveau menacée et qu'il lui faut des hommes nouveaux, n'ayant trempé ni dans le boulangisme ni dans le scandale de Panama, Waldeck-Rousseau est appelé à la présidence du Conseil, pour un des ministères les plus marquants de la Troisième République.

Le 26 juin 1899, il est investi président du Conseil, fonction qu'il cumule avec celle de ministre de l'Intérieur et des Cultes, à la tête du gouvernement de " Défense républicaine ".

Fort de la nouvelle donne politique et de l'unité des républicains (il fait entrer au gouvernement le premier ministre socialiste de la République, Alexandre Millerand), Waldeck-Rousseau en profite pour faire aboutir la grande loi de liberté dont il rêvait. Le 14 novembre 1899, il dépose à la Chambre le projet de loi relatif au contrat d'association qui, contrairement aux 33 projets et rapports qui l'ont précédé, sera celui qui réunira sur lui une majorité et abrogera ainsi l'article 291 honni du code pénal qui régissait, depuis le Premier Empire, le sort des associations.

Les débats parlementaires durent du 14 janvier au 24 juin 1901 et sont passionnés. Certains députés craignent les associations ouvrières ou internationales. D'autres redoutent plus encore les congrégations religieuses soupçonnées d'anti-républicanisme ; leurs adversaires, au contraire, se méfient de toute loi qui viserait à contrôler les associations religieuses. Waldeck-Rousseau, qui ne veut pas de la restauration des corporations de l'Ancien Régime, entend asseoir la liberté d'association sur la liberté individuelle telle que proclamée en 1789.

La loi relative au contrat d'association est adoptée par le Sénat le 22 juin 1901, votée par la Chambre des députés le 28 juin, promulguée le 1er juillet, sous la signature d'Emile Loubet, président de la République et Waldeck-Rousseau, président du Conseil, ministre de l'Intérieur et des Cultes et publiée le 2 juillet 1901 au Journal Officiel.

Le 3 juin 1902, Waldeck-Rousseau, malade, démissionne. C'est Emile Combes qui le remplace à la présidence du Conseil, et appliquera, en 1903, les dispositions de la loi relatives aux congrégations avec une rigueur et un sectarisme que Waldeck-Rousseau dénoncera, dans un dernier discours au Sénat, le 27 juin 1903. Il meurt le 10 août 1904 à Corbeil.

Biographie rédigée par Jean-Claude Bardout,
auteur de L'histoire étonnante de la loi 1901, Ed. Juris-Service, 2000

Mis à jour le 05/12/2000

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires