Etats-Unis

La doctrine nucléaire stratégique des Etats-Unis précisée dans la Nuclear Posture review rendue publique le 6 avril 2010, réduit substantiellement les circonstances dans lesquelles l'arme atomique peut être utilisée. Elle fait aussi de la lutte contre la prolifération et le terrorisme nucléaire sa priorité. Elle se situe dans le prolongement de l’engagement de Barack Obama à promouvoir un monde sans armes nucléaires, projet qu'il a exposé dans un discours à Prague en avril 2009. Le président américain exclut l’utilisation de l'arme atomique contre un pays non doté respectueux du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), même en cas d'attaque biologique ou chimique. La contrainte d'emploi de l'arme atomique ne s'appliquerait pas à l'Iran ou à la Corée du Nord, pays qui agissent en violation du TNP. De plus, dans le cas d'une "attaque bactériologique dévastatrice", les Etats-Unis se réservent le droit de revenir sur leurs engagements. L’administration Obama précise que sa stratégie impliquera aussi la mise en place d'une riposte graduée conventionnelle capable d'assurer la protection des intérêts américains et de ses alliés. Elle entend notamment avancer sur un projet de missiles intercontinentaux équipés de charges non nucléaires et poursuivre le développement de la défense antimissiles, lancé par l’administration Bush.

Source : Nuclear Posture Review, Washington, 2010

Russie

En Russie, la nouvelle "Doctrine militaire et la politique nationale en matière de dissuasion nucléaire à l’horizon 2020", approuvée le 6 février 2010 par le président russe Dmitri Medvedev réaffirme le possible recours aux armes nucléaires en cas de danger existentiel pour le pays : "la Russie se réserve le droit d’utiliser des armes nucléaires en cas d’attaque aux armes nucléaires ou autres armes de destruction massive contre elle et/ou ses alliés, ainsi qu’en cas d’agression avec des armes conventionnelles mettant en danger l’existence même de l’État". La doctrine précédente, en 2000, était plus vague, envisageant le recours au nucléaire en cas d'agression "massive". Par ailleurs, la nouvelle doctrine russe de sécurité place l'OTAN en tête de liste des menaces extérieures, avant la prolifération nucléaire (menace n° 6) et le terrorisme (menace n° 10).

Source : La doctrine militaire russe 2010, Site de l'IRSEM (Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire)

France

La doctrine nucléaire de la France a été définie dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, publié en 2008 :

L’arme nucléaire a une fonction strictement défensive. Elle a pour seul objet d’empêcher une agression d’origine étatique contre les intérêts vitaux du pays, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. Ces intérêts vitaux comprennent, en particulier, les éléments constitutifs de son identité et de son existence en tant qu’État-nation, notamment le territoire, la population, ainsi que le libre exercice de sa souveraineté. A côté du risque d’invasion par une autre puissance, jugé peu probable à l’horizon de 15 ans mais toujours présent sur un horizon de plus long terme, le livre blanc identifie d’autres menaces qui pèsent sur la sécurité du pays. "Des arsenaux nucléaires considérables subsistent, d’autres continuent de s’accroître, notamment en Asie. La prolifération des armes nucléaires, biologiques, chimiques ainsi que celle des missiles balistiques et de croisières s’amplifient. Demain, les progrès technologiques peuvent créer de nouvelles menaces. [...] Face à la diversité des situations auxquelles la France pourrait se trouver confrontée, la crédibilité de notre dissuasion reposera sur la possibilité pour le chef de l’État de disposer, de façon indépendante, d’une gamme d’options suffisamment large et d’un ensemble de moyens diversifiés."

Royaume-Uni

La doctrine nucléaire du Royaume-Uni repose sur des principes proches de ceux de la France. Ils considèrent l’un et l’autre les armes nucléaires comme jouant un rôle essentiel dans la dissuasion sur laquelle ils fondent leur sécurité dans un monde perçu comme incertain, leur détention vise à prévenir un conflit qui porterait atteinte aux intérêts vitaux de la Nation, ce qui suppose qu’elles soient utilisables pour être crédibles. Le Royaume-Uni privilégie la notion de recours ultime mais n’exclut pas un usage sous-stratégique ou pré stratégique, y compris en première frappe, contre des Etats nucléaires et non nucléaires qui menaceraient leurs intérêts vitaux. Toutefois, les forces nucléaires britanniques sont dans une situation originale par rapport à celle de la France. D’une part, depuis le démantèlement de la composante aérienne, en 1998, la dissuasion nucléaire britannique repose sur la seule composante maritime : trois SLNE, équipés de missiles Trident, de conception américaine. D’autre part, et surtout, Londres a renoncé à maîtriser l’ensemble de la filière technologique nucléaire, notamment les lanceurs, ce qui crée de facto une dépendance technologique (donc politique) a l’égard des Etats-Unis, et intégré l’usage de ses forces à la réponse qu’apporterait l’OTAN en cas d’agression.

Source : Livre blanc sur la défense [PDF, 988 Ko], Londres, 2006

Chine

La Chine est le seul des Etats dotés à promouvoir le désarmement nucléaire total et à défendre une doctrine du non-usage en premier des armes nucléaires. Dans les Livres blancs de 2006 et de 2009 consacrés a sa politique de sécurité et de défense, la Chine réitère qu’elle s’interdira de faire usage de l’arme atomique à l’encontre des Etats non-dotés et qu'elle n’y aura pas recours en premier dans un conflit avec une puissance nucléaire. L’objectif fondamental de la Chine est de dissuader d'autres pays d'utiliser ou de menacer d'utiliser des armes nucléaires contre elle. La Chine se donne pour objectif de développer une force suffisante pour répondre aux besoins évolutifs de sa sécurité. Elle affirme sa retenue dans le développement de sa force nucléaire et se refuse à engager une course aux armements nucléaires avec une autre puissance. Parallèlement, elle consacre des ressources croissantes à moderniser, étoffer et diversifier son arsenal nucléaire, pour augmenter la résilience et la crédibilité de sa capacité de seconde frappe. Elle se montre critique des programmes américains de défense anti-missiles balistiques, dans lesquels elle voit une menace pour sa dissuasion.

Sources : Livre blanc sur la défense en Chine, Pékin, 2006

Rapport d'information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur le désarmement, la non-prolifération nucléaires et la sécurité de la France, J.P. Chevènement, Sénat, 2010

Inde

Après ses essais nucléaires de 1998 et par là même, la mise au grand jour de son potentiel nucléaire, l'Inde a éprouvé la nécessité de développer une doctrine nucléaire, élaborée par la commission consultative pour la sécurité nationale, institut indépendant mais proche du pouvoir, qui définit les "principes de développement et de déploiement des forces nucléaires indiennes". La doctrine indienne repose sur deux principes : l'engagement de non-emploi en premier et la dissuasion minimale. En application du premier principe, la dissuasion indienne repose sur la menace de "représailles punitives" en cas d’attaque recourant aux armes de destruction massive. En 2003, l’Inde a précisé qu’elle se réservait le droit d’utiliser ses forces nucléaires, y compris en cas d’attaque biologique ou chimique. En application du second principe, l’Inde a développé les capacités nécessaires pour infliger des dommages irréparables à l’Etat agresseur et se dote d’une force nucléaire constituée d'une triade, aérienne, terrestre et maritime. Le second principe est l'engagement de ne pas être le premier à utiliser ses armes nucléaires et de n'y avoir recours que contre un ennemi qui utiliserait contre elle des armes nucléaires ou menacerait de les employer.

Sources : La doctrine nucléaire de l'Inde, National Security Advisory Board (NSAB) (Bureau consultatif pour la sécurité nationale), 1999

Rapport d'information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur le désarmement, la non-prolifération nucléaires et la sécurité de la France, J.P. Chevènement, Sénat, 2010

Pakistan

"La doctrine nucléaire pakistanaise cible l’Inde comme unique objectif d’attaques nucléaires et se réserve la possibilité de l’utiliser en premier, et non à titre de représailles. Il s’agit d’une doctrine originale, qui ne vise pas à affirmer un statut de puissance. […]

Cette position est fondée sur le fait que les forces indiennes conventionnelles sont largement supérieures à celles du Pakistan et que l’étroitesse de son territoire le rend très vulnérable. Elle n’a toutefois jamais été formalisée dans un document, les responsables pakistanais se contentant de déclarations pour entretenir volontairement l’incertitude sur le recours à leurs ADM. Néanmoins, 4 cas d’utilisation ont été traditionnellement envisagés :

• Si l’Inde attaque le Pakistan et occupe une portion importante de son territoire.

• Si l’Inde détruit une partie importante des forces pakistanaises terrestres et aériennes.

• Si l’Inde étrangle l’économie du Pakistan.

• Si l’Inde provoque la déstabilisation du Pakistan ou y crée un mouvement de subversion. "

Source : Rapport d'information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur le désarmement, la non-prolifération nucléaires et la sécurité de la France, J.P. Chevènement, Sénat, 2010

Israël

"La rationalité stratégique de l'acquisition de l'arme nucléaire par Israël s'explique aisément d'un point de vue théorique : d'une part, l'absence de profondeur stratégique d'Israël le rend très vulnérable à une attaque conventionnelle et laisse aux responsables israéliens un temps de réaction extrêmement bref ; d'autre part, la prépondérance démographique des voisins d'Israël place ce pays dans une position d'infériorité stratégique chronique. Dans les faits, Israël n'a jamais reconnu posséder l'arme nucléaire et, a fortiori, n'a jamais affiché de stratégie de dissuasion. C'est en 1961 que la doctrine d'ambiguïté nucléaire israélienne a été formulée par Shimon Pérès, alors adjoint du Premier ministre David Ben Gourion, quand il déclara qu' "Israël ne serait pas le premier pays à introduire l'arme nucléaire au Moyen-Orient". Telle est depuis lors la ligne adoptée par tous les gouvernements israéliens. Elle a été complétée en 1981 par la "Doctrine Begin", définie lors de la frappe par l'aviation israélienne du réacteur de recherche irakien Osirak livré par la France, producteur de plutonium. A cette occasion, le Premier ministre israélien Menahem Begin déclara qu'Israël bloquerait toute tentative de ses adversaires d'acquérir des armes nucléaires."

Source : Lellouche, Pierre et al., Rapport d'information sur la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs [PDF, 1,30 Mo], Assemblée nationale, 2000 / 523 p. (Documents d'information de l'Assemblée nationale, n° 2788) - (1323 ko)

Mis à jour le 07/03/2012

 

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