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L'égalité des chances mise à mal

[Le système éducatif français en panne], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Apprendre à lire.
Photo : Philippe Graffion/Photologo © La Documentation française

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En France, les écarts de performance entre les "bons" et les "mauvais" élèves s’accroissent et la mixité sociale et scolaire est en régression. Or, selon certains experts il serait désormais acquis que la mixité sociale favorise l’équité et l’équité la performance d’ensemble.

Des inégalités précoces

Le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, visite une école

Le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, visite une école à Brie-Comte-Robert, mai 2012.

Photo : Fred Dufour © AFP

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Dans un article sur "Réduire les inégalités dès la petite enfance" (Cahiers français, "L'Ecole en crise", La Documentation française, n°368, mai juin 2012) Marie Duru-Bellat affirme que les inégalités s’installent dès le CE2 et sont construites avant l’école primaire.

« Alors qu’en France les élèves, à l’école primaire, suivent un enseignement théoriquement uniforme, leurs apprentissages, dès qu’on peut les évaluer avec précision, s’avèrent inégaux. Les épreuves nationales standardisées montrent que, dès la 3e année du primaire (CE2) de

Lycée professionnel Roberval, BEP cuisine, option pâtisserie.

Lycée professionnel Roberval, BEP cuisine, option pâtisserie.

Photo : Fred Boucher © La Documentation française

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fortes inégalités entre élèves sont déjà en place. Alors qu’en moyenne les écoliers répondent correctement à plus de 70 % des items de français et de calcul, l’écart entre les enfants de cadres et les enfants d’ouvriers est de 9 points en français et de 13 points en mathématiques. Ces écarts importants ne sont pas en passe de s’estomper, au contraire. Le niveau moyen en lecture au sortir du primaire a certes globalement baissé depuis vingt ans – entre 1997 et 2007 et entre 1987 et 1997 pour le calcul. Néanmoins, ce recul qui a, en français, concerné surtout les élèves les plus faibles, se traduit par une augmentation des différences entre élèves, et aussi par un creusement des inégalités sociales. Cette évolution est moins nette en calcul, la baisse ayant touché  l’ensemble des élèves. (…) Ces inégalités précoces d’acquis sont à la racine des inégalités stables et marquées (notamment par rapport aux autres pays) que l’on observe à 15 ans… et ensuite !

(…)  En fait, environ la moitié des inégalités observées en fin d’école primaire étaient déjà présentes à l’entrée. Des inégalités de développement cognitif et langagier existent donc dès la maternelle. Elles concernent la logique verbale en premier lieu, mais aussi l’aisance graphique, la structuration spatiale ou l’organisation  temporelle. Les enfants abordent donc l’apprentissage de la lecture avec des prérequis inégaux, sans que l’école maternelle ne parvienne à les égaliser.

Ces inégalités résultent elles-mêmes des milieux inégalement stimulants dans lesquels ont grandi les enfants. La psychologie montre en effet combien le développement cognitif de l’enfant est affecté par son environnement social. La combinaison d’une disponibilité affective, d’un encouragement à l’autonomie et à l’exploration ainsi que de fortes attentes à son encontre par la suite, influencent le développement de l’enfant et son adaptation précoce à l’école. Tous ces traits sont inégalement présents selon les milieux sociaux. De plus, ces inégalités très précoces ne sont pas sans rapport avec les contraintes matérielles inégales qui pèsent sur les familles, notamment eu égard à l’espace. Des travaux de l’INSEE confirment par exemple que le surpeuplement du logement a un effet spécifique sur les difficultés scolaires. On commence aussi à explorer l’impact du voisinage, où aussi bien les parents que les enfants apprennent les comportements jugés "normaux" en matière d’éducation et de scolarité ».

L’influence de l’école et du maître

Elève d’une école maternelle rédigeant un tweet

Elève d’une école maternelle rédigeant un tweet, 2012.

Photo : Pierre Andrieu © AFP

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Au niveau primaire, Marie Duru-Bellat poursuit son analyse en notant que « l’essentiel reste sans doute l’école et le maître. Dans les progressions qui se jouent entre la rentrée et la fin d’une année scolaire, l’école et plus encore la classe fréquentées pèsent autant, voire parfois plus que l’origine sociale. Ces effets du contexte scolaire sont plus marqués chez les élèves faibles ou de milieu défavorisé. Ils accentuent les inégalités sociales, car les élèves de milieu favorisé fréquentent le plus souvent des classes ou des écoles qui accueillent un public favorisé socialement, contextes plus propices à de bonnes progressions, pour plusieurs types de raisons. D’une part, parce qu’y sont concentrés les professeurs les plus expérimentés, ce qui est associé en moyenne à une meilleure efficacité scolaire. D’autre part, parce que selon la composition sociale du public, les enseignants modulent en quantité et en qualité leur enseignement, pour s’adapter au niveau supposé des élèves. Avec un public favorisé, la culture et les normes de conduite des élèves étant plus proches des attentes de l’institution, les enseignants peuvent avoir un niveau d’exigence plus élevé et mieux couvrir les programmes.

À l’inverse, avec un public populaire, les enseignants ont plus tendance à sous-estimer le niveau de compétences des enfants. Les programmes sont moins souvent traités en totalité. Les tâches de maintien de l’ordre empiètent sur le temps d’enseignement. Les élèves vont être inégalement stimulés par ces attentes différentes. De plus, des normes de groupe se développent, concernant par exemple le niveau d’indiscipline considéré comme normal, souvent plus élevé dans les classes au public populaire. Enfin, les interactions entre élèves sont elles-mêmes inégalement fructueuses. Ainsi, les élèves les moins favorisés peuvent tirer profit du contact de camarades dotés de ressources culturelles plus importantes ».

Le rôle de la famille dans la réussite scolaire

Dans une étude sur les caractéristiques des personnes sortant sans diplôme du système éducatif, Rachid Bouhia et Thibaut de Saint-Pol soulignent le rôle essentiel de la famille dans la réussite scolaire ("Sortir sans diplôme du système éducatif : une nouvelle approche des déterminants socio-économiques" In Les Etudes "Les élèves ; connaissance, compétences et parcours", La Documentation française, 2011). Les rôles sont en effet différenciés entre le père et la mère. [NDLR : cet article avait été publié à l'origine dans la revue Education et formations, n° 79, décembre 2010].

« Les individus sortant sans diplôme du système scolaire se distinguent des autres par les caractéristiques à la fois de leur père et de leur mère. Toutefois, si les deux semblent influencer en amont les "capacités" des élèves, qui vont leur permettre d’aller plus ou moins loin dans le système scolaire, certaines caractéristiques maternelles agissent également "instantanément" sur l’obtention ou non du diplôme (…) Les caractéristiques paternelles relèvent de la théorie du "capital humain" : elles agissent en amont sur le développement cognitif et intellectuel de l’enfant via la transmission de dotations économiques et culturelles, conduisant très tôt à des disparités qui se renforceront au cours du parcours scolaire. » Concernant la mère, son « diplôme a un effet plus important que la catégorie socioprofessionnelle, ce qui traduit la transmission du capital culturel. (…) Contrairement au père, les caractéristiques de la mère n’influencent pas seulement en amont le devenir scolaire de l’élève mais de façon "instantanée ». Elles s’inscrivent donc plutôt dans l’esprit de théorie "bon parents". La mère paraît jouer un rôle majeur dans la motivation scolaire de l’enfant. Le fait qu’elle soit soumise à des conditions socio-professionnelles et familiales difficiles peut fragiliser l’élève pendant la préparation de son diplôme et le démotiver dans la poursuite de ses études. »

Mis à jour le 01/08/2012

 

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