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Une économie basée sur la rente des hydrocarbures

[Russie : une puissance en déclin ou en devenir ?], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Drapeau national et coupole de la cathédrale du Kremlin.
Photo : Natalia Kolesnikova. © AFP

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La croissance de l’économie russe repose sur la consommation des ménages, subventionnée par les ventes d’hydrocarbures qui représentent près de 70 % des exportations. Or, les nouveaux sites d’extraction sont tributaires des technologies et des investissements étrangers. Alors que la demande en hydrocarbures russes stagne en Europe, Moscou va devoir trouver de nouveaux débouchés pour son gaz, soumis dans un proche avenir à la concurrence du gaz de schiste américain.

Une croissance qui s’appuie sur la consommation

Magasin Ikéa à Moscou, boulevard Lénine

Magasin Ikéa à Moscou, boulevard Lénine.

© Wikimedia Commons

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Yves Zlotowski souligne dans son article "L’économie russe : préparer l’avenir ?" (in "La Russie, au défi du XXIe siècle ",Questions internationales n° 57, septembre-octobre 2012, La Documentation française) qu’en 2012, après la récession de 2009 provoquée principalement par la chute des prix du pétrole, « la Russie réalise sa troisième année consécutive de croissance, à un rythme qui oscille entre 3 et 4 %. A court terme, seule une baisse prononcée des prix du pétrole paraîtrait susceptible de faire dévier l’économie russe de cette trajectoire. [Cette croissance s’appuie sur] la consommation des ménages qui demeure le principal moteur de l’activité économique et représente 53 % du PIB. Les revenus réels de la population augmentent régulièrement et le crédit à la consommation se développe à un rythme très soutenu (+ 40 % par an). Enfin, le marché du travail s’est plutôt rétabli : le taux de chômage devrait atteindre 6,5 % en 2012 contre 8,2 % en 2009. »

….nourrie par la manne des hydrocarbures

Plateforme de forage à Sakhaline

Plateforme de forage à Sakhaline.

© Gazprom

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Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Russie était en 2010 le 1er producteur et exportateur mondial de gaz naturel, le 3e producteur et 2e exportateur mondial de pétrole, et le 3e producteur et 1er exportateur de produits pétroliers. Le caractère rentier de l’économie russe s’est réaffirmé dans les années 2000 et a permis à la fois une croissance élevée et le rétablissement spectaculaire de la situation financière du pays. Comme le rappelle Yves Zlotowski, «les prix du pétrole demeurent un facteur essentiel de la croissance russe. Des cours élevés permettent en effet de diffuser des surcroîts de revenus dans l’économie – notamment via les salaires qui entretiennent la demande finale. Néanmoins depuis 2006, la croissance de la production en volume de pétrole s’est tassée. Elle n’a augmenté que de 1 % en 2011 et les exportations de pétrole stagnent en volume depuis 2007. (…) De plus, la production de la région traditionnellement pétrolifère de Russie, la Sibérie occidentale, a dépassé son pic de production et il devient nécessaire de développer l’extraction dans des zones plus reculées – au nord du cercle Arctique et en Sibérie orientale. Cette politique a un coût. L’AIE estime à 700 milliards de dollars le besoin en investissements dans le secteur pétrolier russe d’ici à 2035. »

Face à cet enjeu, les autorités russes ont réagi par la signature d’accords de partenariats majeurs pour développer de nouveaux gisements et par une modification de la fiscalité sur les hydrocarbures qui freinait les investissements tant étrangers qu’intérieurs. Cependant, Yves Zlotowski  doute que cela suffise à enrayer le déclin prévisible de la production pétrolière. « Les options sont limitées dans la mesure où la technologie et les financements sont devenus indispensables à la viabilité du secteur. Le secteur gazier fait également face à de nouveaux défis. Confrontée à des concurrences nouvelles, la part du gaz russe dans la production mondiale tend à décroître depuis 1995. Si Gazprom est protégé, à court terme, par la durée de ses contrats, la baisse des revenus gaziers est inéluctable. »

 De surcroît, comme le fait remarquer Céline Bayou dans son article « L’arme énergétique : un usage de "bonne guerre" » (Questions internationales n° 57, septembre- octobre 2012, la Documentation française), si la demande en hydrocarbures, notamment en gaz, « croît en Asie et au Moyen Orient, elle a baissé en Europe en 2011 et devrait, selon l’AIE, rester atone jusqu’en 2017. L’offre, pour sa part, devrait se maintenir grâce à l’exploitation de nouveaux champs gaziers russes, mais aussi à celle du gaz de schiste américain et au fait que l’Australie pourrait devenir un nouveau Qatar ». Les Etats-Unis se passent dorénavant de gaz naturel liquéfié et envisagent même de devenir exportateurs. «  La Russie n’est pas prête à ce changement. Elle continue à promouvoir la signature de contrats de long terme, dont elle a besoin pour réaliser les investissements colossaux nécessaires à l’exploitation de nouveaux gisements et à la modernisation de son réseau de gazoducs.»

Un secteur industriel important pour l’emploi mais peu compétitif

sous-marin

Chantier naval russe.

© fotografersha.livejournal.com

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La modernisation du gigantesque complexe militaro-industriel soviétique (CMI) est loin d’être achevée et son poids reste considérable sur le plan politique, économique et social. Cyrille Cloaguen dans son article "Le complexe militaro-industriel russe. Entre survie, reconversion et mondialisation " (Courrier des Pays de l’Est, n° 1032, février 2003, La Documentation française) expliquait que « si la production des entreprises du CMI représentait à la fin des années 1980, 60 % du PIB de l’URSS, seules 6 % d’entre elles travaillait à temps complet pour les armées. C’est donc, à partir de 1991, 94 % des capacités du CMI qu’il devient nécessaire de réorienter vers une production civile. (…) En mars 1992, les entreprises de défense employaient entre 12 et 16 millions de personnes, soit près du quart de la population active. Avec l’éclatement de l’URSS, la Russie a hérité d’environ 70 % des industries du CMI soviétique mais seules 25 % d’entre elles avaient encore l’année suivante une véritable activité économique. »

En 2012, l’industrie occupe encore 30 % de la population active mais hormis le secteur nucléaire (Rosatom) et celui de la défense, qui exportent massivement, le secteur manufacturier connaît des maux récurrents. La faible qualité des produits les rend peu compétitifs. Hérité de la stratégie soviétique d’autosuffisance, ce secteur reste surtout important pour le maintien de bassins d’emploi. D’autre part, la mauvaise qualité du climat des affaires bride la croissance potentielle. (…) Le petit entreprenariat est sous-développé en Russie, car trop risqué, compte tenu de l’insécurité juridique qui entoure la question des droits de propriété. Ce secteur ne représente que 20 % de l’emploi et du PIB alors que dans les pays de l’OCDE, la moyenne se situe à 45 %. 

Nécessité d’une nouvelle gouvernance économique

Sur 212 pays évalués par la Banque mondiale, la Russie occupe le 187e rang pour la corruption, le 137e pour la qualité de sa réglementation et le 163e pour le respect de la loi. En vingt ans, le pays est passé du capitalisme sauvage des années Eltsine à un capitalisme d’Etat, modèle économique qui a fait ses preuves entre 1998 et 2008 mais qui n’est plus adapté. Pour croître, l’économie a besoin d’investissements. Or en l’absence d’un climat juridique favorable – indépendance des tribunaux, respect de la loi, et mesures pour combattre la corruption – la hausse du taux d’investissement est impossible en Russie en dépit des mesures prises en ce sens en 2012, comme la réduction du nombre d’entreprises inaccessibles aux non-résidents, passé de 208 à 41. Selon Yves Zlotowski, « la question du climat des affaires revêt désormais une dimension politique. Les lacunes de la gouvernance économique constituent un facteur de blocage pour l’ascension des classes moyennes et provoquent un mécontentement croissant. (…) La corruption et les dysfonctionnements du système judiciaire ont d’ailleurs été au centre des revendications des manifestants durant l’hiver 2011-2012. »

Quelles implications attendre de l’entrée dans l’OMC ?

L’adhésion du pays à l’OMC le 22 août 2012, devrait contribuer à assainir le marché et rassurer les investisseurs potentiels, ce qui devrait en priorité bénéficier au secteur des services. Comme le souligne la revue Problèmes Economiques (n° 3041, La Documentation française, 11 avril 2012), « les entreprises russes vont être contraintes, pour devenir transparentes et compétitives, de s’aligner sur les standards internationaux, et de respecter les règles mondiales. Les droits de douane pour les marchandises vont passer de 10 % à 7,8 % en moyenne (pour les biens agricoles de 13,2 % à 10,8 %). (…) L’agriculture et l’automobile vont bénéficier de périodes de transition concernant le soutien public. Cependant la concurrence mondiale risque d’être fatale pour les vieilles industries postsoviétiques. La hausse des importations que va provoquer la baisse des droits de douane affaiblira les producteurs russes. De même que de nombreuses subventions et tarifs préférentiels sont appelés à disparaître, ce qui va fragiliser les entreprises à faible productivité, notamment bon nombre de petites et moyennes entreprises. (…) En revanche, les secteurs de la chimie, de la sidérurgie et de la métallurgie devraient profiter de la disparition des quotas à l’exportation pour accroître leurs parts de marché à l’étranger. Les administrations vont devoir se plier aux nouvelles réglementations qu’impose l’entrée dans l’OMC et changer complètement leurs pratiques. Principale administration visée par ces réformes : les douanes dont la bureaucratie d’un autre temps est également synonyme de passe-droit et de corruption. »

Mis à jour le 20/12/2012

 

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