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Les défis de la puissance

[Quelle place pour la France dans le monde ?], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Patrouille de France, 2011.
Photo : Jeffrey Pardoen Wikimedia Commons

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En ce début de XXIème siècle, la France semble encore faire partie du club restreint des grands acteurs politiques mondiaux. Pourtant, le pays fait face à de nombreux défis qu’il lui faudra relever s’il veut maintenir son rang.

Un inéluctable changement de perspective

Présentation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale par le ministre français de la défense Jean-Yves Le Drian, avril 2013, Paris

Présentation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale par le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, avril 2013, Paris.

Photo : Bertrand Guay © AFP

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Dans un texte intitulé "Poids de l’Histoire, peur du changement : la France demeure" (qui introduit le numéro spécial "La France dans le monde", Questions internationales, n°61-62, mai-août 2013, La Documentation française), Serge Sur observe que « si la France a longtemps été un colosse en Europe et dans le monde, elle a vu ses dimensions politique, économique, culturelle restreintes, parfois de façon brutale, parfois par des glissements insidieux ».

« Que peut faire une puissance du niveau de la France dans ce contexte, compte tenu des atouts et des ressources dont elle dispose ? », s’interroge Frédéric Charillon dans un article intitulé "La politique étrangère : changement de siècle".  Pour y répondre que «sans bénéficier du potentiel des plus grands – comme les États-Unis ou la Chine –, une puissance européenne majeure comme la France, non dominante mais de portée globale, conserve des atouts à condition de trouver des réponses adéquates aux nouveaux dilemmes de la puissance ».

Il affirme en effet qu’ « après un Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale paru en 2013, la France a semblé prendre acte de ses propres contraintes budgétaires, et surtout d’un monde où l’action unilatérale n’est plus permise. Cette obligation de concertation dans l’action extérieure s’appliquait aux alliés, mais également – et c’était là une nouveauté plus grande encore – à d’autres acteurs, non étatiques, devenus partenaires d’une politique étrangère ».

Vers une autre approche de l’Union européenne et du multilatéralisme ?

S’agissant du rapport à l’Union européenne et au multilatéralisme, le changement de paradigme connaît néanmoins quelques à-coups et s’engage avec plus ou moins de fluidité.

Dans un article intitulé  "Avec l’Union européenne, un tournant majeur", Olivier Rozenberg souligne que « le diagnostic de l’évolution récente des rapports entre la France et l’Union européenne indique que les fondamentaux de cette relation, longtemps stables, sont en train d’évoluer. Du côté de la place de la France en Europe, la perte d’influence du pays est avérée, mais somme toute logique. Du côté du rôle de l’Europe en France, l’européanisation silencieuse des politiques publiques fait place, depuis quelque temps, à une politisation des questions européennes dans l’espace public. Cette politisation, aiguillée par la déception de l’opinion, est principalement contestataire selon des modalités différentes à droite, à gauche et aux extrêmes. Elle n’est pas dénuée d’ambiguïté dans la mesure où la conquête du pouvoir et sa gestion imposent des contraintes différentes aux formations politiques.

Perte d’influence d’un côté, politisation critique de l’autre : cette double évolution pourrait dessiner un tournant eurosceptique de la société française et notamment de ses élites politiques. Pour les optimistes, elle pourrait marquer au contraire le début d’une appropriation démocratique de l’enjeu européen et un renoncement lucide au mythe d’une Europe française.

Au-delà, il est frappant de constater qu’après des décennies de minoration du poids de l’Europe en France – ce que nous avons appelé un déni tant il était difficile pour les hommes politiques français d’assumer le partage de compétences étatiques – "Bruxelles" et "Berlin" tendent à être présentés comme les paramètres absolus de la politique du pays. Une telle évolution conduit à se demander si ce nouveau récit n’est pas aussi excessif que le précédent, la contrainte extérieure pesant sur la France tenant davantage à ses déficits et fragilités économiques qu’au contrôle des institutions et partenaires européens ».

Laurent Fabius et John Kerry, dans les jardins de l’hôtel du ministre des Affaires étrangères, septembre 2013, Paris

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, et John Kerry, secrétaire d’État américain, dans les jardins de l’hôtel du ministre des Affaires étrangères, septembre 2013, Paris.

U.S. Department of State © Wikimedia Commons

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De son côté, Delphine Placidi-Frot analyse l’ambiguïté du «rapport de la France au multilatéralisme (qui) se révèle complexe et fluctuant. (…) Il oscille entre (…) l’utilisation des institutions internationales au service de l’intérêt national –au demeurant fort délicat à identifier- d’un côté, l’identification à un projet politique collectif en construction permanente de l’autre. » Elle note néanmoins que «le multilatéralisme peut … être également envisagé comme l’un des critères nouveaux contribuant à définir l’identité nationale française, aux côtés des valeurs traditionnelles –liberté, démocratie, droits de l’homme-, de son rang international et plus récemment du respect du droit international » ("Un rapport singulier avec le multilatéralisme", Questions internationales, n°61-62, mai-août 2013, La Documentation française).

La nécessaire adaptation de l’outil diplomatique

Comme le rappelle Marie-Christine Kessler dans un article sur "L’outil diplomatique français, le temps des concurrences",  « la France pratique une diplomatie dont l’objectif est une présence généralisée et une visibilité de premier plan dans le monde. Telle a été la ligne d’action de l’État depuis le XIXe siècle et le concert des nations. Le statut de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies, obtenu en 1945, et les nécessités de l’empire colonial ont ancré dans cette ligne la IVe République. Sous la Ve République, le général de Gaulle et ses successeurs ont également suivi le principe, jamais démenti, d’affirmation nationale. À l’heure de la mondialisation et alors que les affaires européennes interfèrent de plus en plus dans la politique étrangère de la France, le Quai d’Orsay est plus que jamais contraint de s’adapter ».

Or,  « la viabilité et la qualité de l’outil diplomatique français sont de nos jours confrontées à deux risques : son effritement d’abord, notamment au profit des agences, le manque de crédits, ensuite ». En effet, l’État « a tendance depuis quelques années à déléguer une partie de ses prérogatives à des agences chargées de mettre en œuvre des actions publiques avec leurs propres budgets et personnels ». Pour Marie-Christine Kessler, cette délégation comporte cependant un risque : « Les pouvoirs de direction et de contrôle exercés par les autorités étatiques traditionnelles sur des organismes qui ont leur propre budget et des personnels de droit privé, (pourraient apparaître) comme un leurre ».

En outre, le cadre budgétaire est de plus en plus contraint : « Depuis vingt-cinq ans, le budget du ministère des Affaires étrangères a été amputé de plus de 20 % de ses crédits, alors que ses missions connaissaient dans le même temps, du fait de la mondialisation et de la construction européenne, un accroissement et une diversification importants ».

Mis à jour le 04/10/2013

 

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