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Nouvelles hiérarchies des grandes agglomérations

[Les villes mondiales en compétition ?], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Vue de Londres depuis le sommet du gratte-ciel The Shard (l'éclat de verre) inauguré en juillet 2012 dans le quartier de Southwark.
Photo : Céline Bayou 2013 © Céline Bayou

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Ce qui caractérise avant tout les villes mondiales, c’est leur capital démographique et leur densité. La hiérarchie des grandes agglomérations mondiales, pour sa part, est un compromis entre critères démographiques et économiques.

La domination de l’Asie

Dans un article intitulé "Nouvelle hiérarchie des grandes agglomérations et nouvelles formes de peuplement" publié dans "Les villes mondiales" (dossier de la revue Questions internationales n°60, mars-avril 2013), François Moriconi-Ébard et Cathy Chatel affirment que « les historiens s’accordent sur le fait qu’aucune ville n’avait jamais pu dépasser le seuil de 1 à 1,2 million d’habitants jusqu’au début du XIXe siècle. C’est en Europe que ce seuil fut pour la première fois dépassé. Pionnière de la révolution industrielle, l’Angleterre voit en effet sa capitale franchir les 2 millions d’habitants dès 1842. Paris la suit en 1863, puis New York (1875), Berlin (1892), Chicago (1893), Manchester (1903), Vienne (1906), Tokyo (1908) et Philadelphie (1911).  À la veille de la Première Guerre mondiale, cinq des huit plus grandes villes du monde sont donc européennes et une seule asiatique. (…)

Shanghai, 2005

Shanghai, 2005.

© Wikimedia Commons

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En 2010, la Chine abrite les deux agglomérations de loin les plus peuplées au monde : Shanghai – qui englobe également Nanjing et Hangzhou – et Shenzhen – comprenant Guangzhou (Canton), Macao et la partie nord des New Territories de Hong Kong. Au 14e rang mondial, on trouve également une troisième agglomération chinoise, Pékin (Beijing). (…) Seul autre pays à dépasser le milliard d’habitants, l’Inde compte quatre agglomérations de plus de 10 millions d’habitants. Les États-Unis, le Brésil, le Japon et le Pakistan en possèdent deux. Au seuil minimum de 10 millions d’habitants, tous les grands pays sont représentés, à l’exception notable de l’Allemagne. La domination de l’Asie, où vivent les deux tiers de l’humanité, est écrasante.

Les agglomérations de plus de 10 millions d’habitants

Les agglomérations de plus de 10 millions d’habitants
 

Agglomération

Pays

Nombre d’habitants
(en milliers)

Superficie urbanisée
(en km2)

Densité
(en h/km2)

Année des
dernières
sources

1

Shanghai

Chine

94 500

22,630

4,176

2010

2

Shenzhen

Chine

44 409

5,321

8,346

2010

3

Tokyo

Japon

39 800

4,201

9,474

2010

4

 New York

États-Unis

27 764

20,388

1,362

2010

5

Delhi

Inde

23 300

1,411

16,513

2011

6

Jakarta

Indonésie

22 551

2,199

10,255

2010

7

Séoul

Corée

20 500

1,179

17,388

2010

8

Manille

Philippines

20 078

1,092

18,386

2010

9

Karachi

Pakistan

19 589

807

24,274

2010

10

São Paulo

Brésil

18 890

2,008

9,407

2010

11

Mexico

Mexique

18 050

1,746

10,338

2010

12

Cochin

Inde

17 950

9,033

1,987

2011

13

Calcutta

Inde

17 200

1 852

9 287

2011

14

Pékin

Chine

16 700

2 400

6 958

2010

15

Bombay

Inde

16 500

465

35 484

2011

16

Le Caire

Égypte

15 691

1 328

11 816

2006

17

Dhaka

Bangladesh

15 680

1 077

14 559

2011

18

Los Angeles

États-Unis

15 449

7 099

2 176

2010

19

Osaka

Japon

14 500

2 900

5 000

2010

20

Bangkok

Thaïlande

14 160

3 150

4 495

2010

21

Moscou

Russie

14 009

1 901

7 369

2010

22

Hô Chi Minh-Ville

Vietnam

13 750

3 000

4 583

2009

23

Istanbul

Turquie

13 460

1 126

11 954

2011

24

Téhéran

Iran

12 135

1 917

6 330

2011

25

Rio de Janeiro

Brésil

11 350

1 568

7 239

2010

26

Buenos Aires

Argentine

11 200

2 500

4 480

2010

27

Lagos

Nigeria

10 590

863

12 271

2006

28

Paris

France

10 518

1 867

5 634

2009

29

Londres

Roy.-Uni

10 223

2 190

4 668

2011

30

Lahore

Pakistan

10 000

367

27 248

2008

 

Ensemble

 

610 496

109 585

5 571

2010

 

Reste de la planète

 

6 220 091

135 890 415

46

2010

Date de référence : 1er juillet 2010.
Source : d’après e-Geopolis.

Mais un deuxième indicateur est également étroitement corrélé au sommet de la hiérarchie : c’est le trafic des ports maritimes. Shanghai est devenue depuis 2009 le plus grand port au monde (650 millions de tonnes de fret en 2010) et, en additionnant les trafics des ports de Shenzhen et de Guangzhou, la conurbation de la rivière des Perles atteint 621 millions de tonnes. Suivant le même calcul, la baie de Tokyo arrive au 3e rang en additionnant le trafic des quatre ports de Yokohama, Kawasaki, Tokyo et Chiba. 

Cet indicateur rappelle l’importance fondamentale des échanges de biens matériels dans le processus de formation des agglomérations urbaines. À l’opposé, le déclassement spectaculaire des agglomérations d’Europe est la conséquence de la désindustrialisation rapide du continent au cours des trois dernières décennies. »

Le revers de la médaille ?

Christadora House situé dans le quartier de East Village de l'arrondissement de Manhattan à New York

« Christadora House » situé dans le quartier de « East Village » de l'arrondissement de Manhattan à New York. Symbole de la gentrification de ce quartier à la fin des années 1980.

Photo : David Shankbone 2006 © Wikimedia Commmons

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La croissance des villes mondiales est leur force, mais peut aussi révéler leur fragilité et contribue à la création d’inégalités, à l’échelle infra-métropolitaine. « Et si la ségrégation socio-spatiale était la rançon à acquitter pour demeurer une ville mondiale ? », s’interroge Stéphane Leroy dans un article intitulé "La ségrégation socio-spatiale dans les villes mondiales".

En effet, « les conséquences de la mondialisation sur l’espace interne des métropoles sont considérables. La tertiarisation généralisée et l’hyperspécialisation économique des plus grandes villes ont bouleversé les fragiles équilibres socio-spatiaux. La division sociale de l’espace urbain s’est recomposée au profit des populations plus qualifiées et plus aisées qui peuvent choisir leur localisation résidentielle, se regrouper entre elles et mettre à distance les plus défavorisées. »

Dans un texte intitulé "Des métropoles inégalitaires" publié dans le n°8082 de la revue Documentation photographique (Anne Bretagnolle, Renaud Le Goix et Céline Vacchiani-Marcuzzo, "Métropoles et mondialisation", La Documentation française, juillet-août 2011), les auteurs expliquent qu’« évaluer les inégalités intra-urbaines est possible grâce à un indicateur très utilisé à l’échelle des États, le coefficient de Gini. (…) Si, à l’échelle mondiale, le Brésil arrive en tête des pays les plus inégalitaires pour la population totale, à l’échelle des villes, ce sont trois métropoles sud-africaines – East London, Johannesburg et East Rand – qui présentent les plus forts contrastes socio-économiques (…). Dans leur ensemble, les métropoles africaines présentent les plus fortes inégalités dans le monde …. »

Gratte-ciel The Shard (l'éclat de verre) inauguré en juillet 2012 dans le quartier de Southwark

Gratte-ciel The Shard (l'éclat de verre) inauguré en juillet 2012 dans le quartier de Southwark. Culminant à 309,6 mètres (hauteur de l'antenne), cette tour réalisée par l'architecte Renzo Piano était au moment de son inauguration le plus haut immeuble construit dans l'Union européenne.

Photo : Céline Bayou 2013 © Céline Bayou

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La mondialisation et l’urbanisation croissante qui l’accompagne, si elle « engendre de nombreuses externalités positives, comme un meilleur accès à l’éducation, à la santé, à l’information, etc., (…) provoque aussi (…) de multiples effets négatifs », notamment « une bidonvillisation galopante. » (Problèmes économiques, n° 3093 consacré aux "Villes dans la globalisation" (La Documentation française, août 2014).)

Mis à jour le 29/09/2014

 

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