Quelques chiffres marquants ont été mis en avant par le rapport Pébereau sur la dette publique (2006) : elle s'élève à 1 100 milliards d'euros en 2005, soit plus de 17 000 euros par Français, et représente les 2/3 de la production nationale (66 % du PIB). Il faut préciser qu'à cette dette financière s'ajoutent d'autres engagements de l'État comme le paiement des retraites de ses fonctionnaires, évaluées à au moins 400 milliards d'euros.

La dette financière a été multipliée par cinq en euros constants depuis 1980

La dette financière des administrations publiques a atteint, fin 2004, 1 067 milliards d'euros. L'État supporte 79 % de cette dette, les administrations publiques locales 10,5 %, les administrations de Sécurité sociale (y compris la Caisse d'amortissement de la dette sociale CADES) 8 % et les Organismes divers d'administration centrale (ODAC) 2,5 %.

Le montant de la dette financière est difficile à interpréter. Pour prendre la mesure du problème, deux approches sont possibles. La première consiste à regarder l'évolution du montant de la dette ; la seconde, à comparer la dette à d'autres grandeurs, par exemple la production de notre pays.

Pour mesurer correctement l'évolution de la dette, il faut éliminer l'effet de l'inflation. 1 euro de dette d'aujourd'hui n'est en effet pas équivalent à 6,60 francs de dette en 1980. Lorsque l'on corrige l'effet de l'inflation, il apparaît que la dette publique financière a été multipliée par cinq depuis 1980, soit une augmentation de 6 % par an, ce qui est considérable. Sur la même période, notre production nationale corrigée de l'inflation n'a en effet augmenté que de 2 % par an.

Graphique extrait du rapport Pébereau : dette publique financière en milliards d'euros

Graphique extrait du rapport Pébereau : dette publique financière en milliards d'euros.

© La Documentation française, 2006

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Cette multiplication par cinq de la dette montre l'ampleur du problème. Mais ces grandeurs parlent peu au grand public. Pour apprécier la gravité de la situation, il faut comparer la dette avec des grandeurs plus concrètes.

Traditionnellement, on rapporte la dette à la production nationale annuelle de richesses, définie par le Produit intérieur brut (PIB). Le Pacte européen de stabilité et de croissance a conforté cette approche, en considérant que la dette publique financière ne devait pas représenter plus de 60 % du PIB. Dit autrement, chaque pays de la zone euro s'est engagé à limiter la dette financière de ses administrations publiques à moins de 60 % de sa production annuelle.

Cette approche a un mérite substantiel, celui de la simplicité : elle rapporte la dette à l'une des grandeurs économiques dont dépend la capacité des administrations publiques à la rembourser.

En effet, une augmentation de la part de la dette dans le PIB signifie qu'il faudra prélever de plus en plus de ressources sur la production nationale pour la rembourser et qu'en conséquence, la charge de son remboursement sur les citoyens s'alourdit. Le poids de la dette de la France a, à cet égard, triplé depuis 1980, passant de 21 % à 64,7 % du PIB. Paradoxalement, c'est dans les années qui ont suivi immédiatement la négociation de Maastricht, en 1991, qu'elle a le plus rapidement augmenté : entre 1991 et 1997, la part de la dette dans la production nationale est passée de 36,2 à 58,5 %, soit une augmentation de près de 60 %.

Graphique extrait du rapport Pébereau : dette publique financière en % du PIB

Graphique extrait du rapport Pébereau : dette publique financière en % du PIB

© La Documentation française, 2006

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D'autres données sont encore plus parlantes. Du fait de la dette publique financière, chaque ménage français supporte sans le savoir une dette d'environ 41 000 euros. C'est le double de la dette qu'il a, en moyenne, à titre privé, pour l'ensemble de ses crédits (crédit à la consommation, crédit immobilier...).

Les administrations publiques doivent désormais consacrer une part significative de leurs ressources au paiement des intérêts de leur dette financière

Lorsqu'il veut emprunter, un ménage s'adresse à sa banque. Les administrations publiques sont dans une situation différente : en général, l'État ne s'endette pas directement auprès des banques mais auprès des marchés financiers.

Néanmoins, les conséquences sont les mêmes : chaque année, les administrations publiques doivent payer les intérêts correspondant aux sommes empruntées. Dès lors, plus la dette augmente, plus le montant des intérêts à payer chaque année s'accroît, et moins les administrations publiques peuvent utiliser à leur gré les ressources à leur disposition pour des dépenses utiles.

C'est exactement la situation de la France aujourd'hui.

En 1980, un tiers seulement du produit de l'impôt sur le revenu était nécessaire pour payer les intérêts de la dette des administrations publiques et non des dépenses utiles, alors que les taux d'intérêt étaient élevés. En 2004, c'est l'intégralité du produit de cet impôt qu'il a fallu consacrer au paiement des intérêts de la dette, alors que les taux d'intérêt sont bas. Ce qui signifie concrètement que lorsqu'un Français paie l'impôt sur le revenu, il paie en fait uniquement les intérêts de la dette passée des administrations publiques. Et cette dette reste entièrement à rembourser.

Si l'on regarde seulement la dette de l'État, il apparaît que la France consacre aujourd'hui presque autant à payer les intérêts de sa dette financière passée qu'à assurer la défense nationale ou à éduquer ses enfants. Et encore, bénéficions-nous aujourd'hui de taux d'intérêt particulièrement bas. »

Source : Rompre avec la facilité de la dette publique, La Documentation française, 2006

Graphique : charge de la dette

Graphique extrait du rapport Pébereau: charge de la dette

© La Documentation française, 2006

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Mis à jour le 17/09/2007

 

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