Y a-t-il deux guerres de Tchétchénie où une seule, cette querelle est moins vaine qu’il n’y paraît au premier abord.

1996, une paix improbable

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Paysage tchétchène.

En effet si les autorités russes et les dirigeants indépendantistes tchétchènes ont signé le 31 août 1996 les accords de Khassaviourt mettant fin aux hostilités, le Kremlin n’a jamais véritablement misé sur l’application de ceux-ci. Les fonds nécessaires à la reconstruction de la république n’ont pas été débloqués et les pourparlers en vue de l’adoption d’un statut définitif n’ont jamais eu lieu. Quant à l’armée russe, elle remâchait son humiliation et rêvait de revanche. Faut-il alors s’étonner de l’anarchie qui a régné pendant les trois ans séparant les deux épisodes guerriers dans une région ruinée, dont les seuls revenus provenaient de trafics en tous genres, et dont les dirigeants n’avaient aucune expérience du pouvoir.

La reprise des hostilités à l’automne 1999 peut donc être envisagée comme la suite directe du premier conflit et non comme une nouvelle guerre, les buts de guerre, si on peut les qualifier ainsi, n’ayant pas été remplis.

1999, la reprise des hostilités

Une succession d’événements survenus au cours de l’été 1999 a été l’élément déclenchant de la deuxième campagne : le 7 août, l’armée russe repousse un groupe d’extrémistes tchétchènes, qui s’étaient emparés de villages au Daghestan, la République voisine. Le 9, le Premier ministre russe, Sergueï Stépachine est limogé et remplacé par Vladimir Poutine. Le 11, le gouvernement tchétchène se désolidarise de l’action de commando au Daghestan. Le 31 août débute en Russie une série d’attentats meurtriers, non revendiqués mais attribués par le pouvoir aux Tchétchènes, qui vont se poursuivre jusqu’au 13 septembre. C’est en plein cœur de cette vague, le 5 septembre, que l’aviation russe bombarde Grozny, pour la première fois depuis la cessation des hostilités.

Fin septembre, ces bombardements vont s’intensifier et viser toute la république et le 1er octobre, Vladimir Poutine déclare que la Russie ne reconnaît plus le pouvoir du Président Maskhadov élu en janvier 1997. Les troupes russes entrent en Tchétchénie. C’est la guerre.

Désormais, on assistera à une succession de communiqués de victoire, de combats sanglants, d’attentats et d’atrocités en tout genre, sur fond d’appels au secours des dirigeants indépendantistes et de protestations périodiques et sans effet de la communauté internationale.

Le 2 février 2000, Vladimir Poutine annonce la fin des opérations en Tchétchénie, tout en envoyant dans la république 3 500 parachutistes en plus des 93 000 hommes déjà présents.

Après 2001, la "tchétchénisation"

Le 22 janvier 2001, la responsabilité de «l’opération anti-terroriste» est retirée à l’armée et confiée aux «forces spéciales» dépendant du ministère de l’Intérieur, composées de professionnels.

Une reprise en main par la Russie

Le 18 avril 2001, un gouvernement tchétchène prorusse s’installe à Grozny. C’est le début de la «tchétchénisation». Dans les derniers mois de 2001, après que Vladimir Poutine eut habilement assuré les Etats-Unis de son soutien dans la lutte anti-terroriste, assimilant la guerre de Tchétchénie à celle-ci, des rencontres ont lieu entres des émissaires russes et indépendantistes tchétchènes. Elles demeureront sans suite et le 10 janvier 2002, l’état-major russe déclare avoir remporté la victoire. Du 23 au 26 octobre, un groupe tchétchène organise une spectaculaire prise d’otages dans un théâtre de Moscou. Les forces spéciales russes donnent l’assaut et on déplore de très nombreuses victimes. Le 27 décembre, un attentat suicide cause au moins 80 morts à Grozny et le 31, le gouvernement russe décide de ne pas renouveler le mandat de la mission de l’OSCE en Tchétchénie.

Le 23 mars 2003, peu de temps après un référendum très controversé sur la nouvelle constitution tchétchène, le Président du parlement russe Guennadi Seleznev annonce une amnistie pour les rebelles n’ayant pas commis de crimes de sang. Cette proposition rencontre apparemment peu de succès et les attentats se succèdent jusqu’à l’élection présidentielle d’octobre à l’issue de laquelle le candidat du Kremlin Akhmat Kadyrov est élu avec 82,5 % des suffrages. Il sera assassiné lors des célébrations de l’anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie le 9 mai 2004.

La guérilla décapitée.

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Chamil Bassaïev (à gauche) et Aslan Maskhadov, 2004 .

Le 21 juin 2004, un détachement de combattants tchétchènes d’environ mille hommes lance une opération d’envergure dans la république d’Ingouchie, voisine de la Tchétchénie, prenant d’assaut le ministère de l’Intérieur et tuant 92 personnes, dont des autorités locales. Encore plus spectaculaire, l’action d’environ 300 combattants à Grozny le 2 août, quelques heures avant la visite du Président Poutine. Le 29 août, lors d’une élection qualifié de farce dans la presse russe, l’ancien ministre de l’Intérieur Alou Alkhanov est élu à la présidence de la République pour succéder au président assassiné. Le 1er septembre, c’est l’abominable prise d’otages de l’école de Beslan, en Ossétie du Nord, revendiquée par le chef de guerre Chamil Bassaïev mais condamnée par le président indépendantiste Aslan Maskhadov. Le 8 mars 2005, celui-ci, que l’on considérait comme le seul interlocuteur possible de la Russie, est tué dans des circonstances jamais éclaircies, par les forces russes. Le 27 novembre, des élections législatives ont lieu en Tchétchénie. Sans surprise, le parti présidentiel russe, Russie Unie, remporte 60,65 des voix. Les actions de la guérilla ne s’en poursuivent pas moins et le 26 février 2006, le ministère de la Défense russe annonce que le 2e conflit aurait fait 3 501 morts, chiffre considéré comme fortement sous-estimé par les associations des droits de l’homme. Le 4 mars, le fils du Président assassiné Akhmat Kadyrov, Ramzan, est nommé Premier ministre de Tchétchénie. Il s’était illustré jusque là à la tête d’une milice semant la terreur dans la république. Le 10 juillet, "l’ennemi n° un" du Kremlin, Chamil Bassaïev, est éliminé en Ingouchie par les forces russes. Une nouvelle offre d’amnistie est suivie par la reddition, fortement médiatisée, de 49 combattants. Et le 7 octobre, la journaliste de Novaïa Gazeta Anna Politkovskaïa, connue pour sa dénonciation de la guerre en Tchétchénie, est assassinée dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou.

Un conflit interminable dans un Caucase déstabilisé

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Un quartier reconstruit de Grozny, 2003.

En dépit d’une reconstruction de façade, la Tchétchénie est toujours en ruines, mise en coupe réglée par le clan Kadyrov, et le conflit, longtemps circonscrit à la République même, a fini par développer des métastases dans les républiques voisines. Selon les paroles mêmes d’Anna Politkovskaïa, c’est à une "tchétchénisation" de la Russie que l’on assiste désormais, avec la multiplication des crimes racistes, la mise au ban de la nation des Tchétchènes, et même plus largement de toutes les personnes originaires du Caucase. Bien loin d’avoir apporté une pierre dans la lutte anti-terroriste, l’interminable conflit de Tchétchénie a engendré une génération de desperados qui n’ont rien connu d’autre que la guerre, des vagues de réfugiés et la diffusion d’un islam radical dans une région de tradition soufie qui se distinguait par sa modération en matière religieuse.

2007, une relative stabilisation

Personne ne peut prétendre que le problème posé par la situation en Tchétchénie soit aujourd’hui résolu. Bien plus, le conflit semble se déplacer vers des républiques voisines, russe, l’Ingouchie et le Daghestan. Cependant, à la suite de l’anéantissement par le pouvoir fédéral russe des principales forces indépendantistes, et de leurs dirigeants, qu’ils soient extrémistes comme Chamil Bassaïev ou modérés et prêts à négocier comme le président élu Aslan Maskhadov et à l’arrivée au pouvoir de Ramzan Kadyrov, le pouvoir fédéral russe a fait d’énormes concessions à celui-ci et au clan qu’il dirige. Des sommes énormes ont été injectées pour la reconstruction et celle-ci est de plus en plus visible. On assiste en outre au retour au pays d’un nombre de plus en plus important de réfugiés, tout au moins de ceux présents dans des régions proches. Toutefois, la guerre a laissé des traces indélébiles dans la république : les infrastructures sont détruites, une génération entière de Tchétchènes n’a pas connu autre chose que le chaos et n’a pas été scolarisée.

Mis à jour le 16/02/2007

 

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