Viktor Iouchtchenko, Président de la République d’Ukraine et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Bruxelles, 23 févri...

Rencontre entre Viktor Iouchtchenko, Président de la République d’Ukraine et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Bruxelles, 23 février 2005.

© Communauté européenne

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Conscients des enjeux politiques, sécuritaires et économiques de l’élargissement du 1er mai 2004, la Commission et le Conseil s’emploient depuis 2003 à initier une nouvelle dynamique dans les relations de voisinage de l’Union. L’objectif est d’inclure tous les pays européens dans un système d’engagements multilatéraux afin de prévenir les éventuelles conséquences négatives de ce processus sur la stabilité du continent européen et sur l’évolution même de l’Union européenne. C’est ainsi que la réflexion sur la nécessité d’une nouvelle politique de voisinage a été plus inspirée par les dangers induits par cette nouvelle proximité (migration illégale, criminalité organisée, destruction transfrontalière de l’environnement, conflits ethniques …) que par les opportunités qu’elle pourrait offrir (renforcement de la bonne gouvernance, réformes structurelles comme prémisse à une hausse des échanges et des investissements, cohésion sociale comme base d’une stabilisation politique).

Nouveaux Etats membres et Politique européenne de voisinage (PEV)

Depuis 2002, les propositions des gouvernements suédois, britannique ou danois notamment pour développer un réseau plus ou moins dense d’intégration envisageaient la politique de voisinage comme un défi européen, la proximité géographique créant des devoirs pour l’Union européenne. La Commission européenne a présenté pour sa part deux documents de fond, le premier en mars 2003 : L’ Europe élargie - voisinage : un nouveau cadre pour les relations avec nos voisins orientaux et méditerranéens, et le second en mai 2004 : Politique européenne de voisinage : document d’orientation, qui, complétés par les prises de position du Conseil, constituent la base de la "Politique européenne de voisinage». Ces textes, et notamment le premier, ont été élaborés avec les nouveaux Etats membres, dont les intérêts et la vision ne coïncidaient pas forcément avec ceux de l’Europe des Quinze. La diplomatie polonaise, poursuit en effet traditionnellement l’objectif de soustraire les pays situés entre la Baltique et la mer Noire de l’influence russe, ce qui justifierait, selon elle, une dynamique d’élargissement jusqu’à Kharkiv, ville située dans la partie orientale de l’Ukraine.

Loyola de Palacio, Marek Pol et Vitaliy Haidouk, novembre 2003.

Projet Odessa-Brody-Plock pour le transport d'hydrocarbures : Loyola de Palacio, commissaire européenne à l'énergie, Marek Pol, ministre de l'infrastructure polonais et Vitaliy Haidouk, ministre ukrainien chargé de l'énergie, novembre 2003.

© Communauté européenne

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L’approche stratégique adoptée par l’Union européenne se fonde en revanche sur un pragmatisme au nom duquel l’évolution des relations avec Bruxelles dépend des progrès réalisés par les pays concernés. Alors que, dans le passé, la politique européenne a été marquée par une approche indifférenciée, la nouvelle démarche tient pleinement compte de la situation propre à chaque pays. Ce faisant, sa mise en œuvre se définit conjointement avec chacun des pays. Il s’agit là des deux principes-clé qui sont au cœur de la nouvelle politique de voisinage, à savoir «copropriété» (politique définie conjointement avec chacun des pays concernés) et «différenciation».

 

« Quel rôle pour les nouveaux Etats membres ?
 
 Les nouveaux Etats membres, notamment les Etats baltes, la Pologne, la Roumanie, sont en position de jouer un rôle d’interface entre l’Union et son voisinage. Sans attendre son adhésion, la Pologne a formulé plusieurs propositions visant à «dévaloriser» les frontières externes de l’Union européenne (…). La Pologne entend se faire l’avocat de ses voisins. Elle s’emploie à diffuser les normes d’une démocratie et d’une économie de marché en tentant de dépasser les lourds contentieux historiques et en multipliant les initiatives diplomatiques. La Roumanie valorise sa fonction de porte de la mer Noire.
 
 Sans préjuger du rôle que joueront les nouveaux Etats membres, on peut discerner dès à présent leurs principaux atouts et difficultés. Parmi les atouts figurent assurément le poids de leurs économies qui est appelé à croître et à se distinguer de plus en plus de celui des économies russe et ukrainienne. De même, la représentation de ces Etats au Conseil leur confèrera une influence sans rapport avec leur poids démographique (…). Les limites de leur marge de manœuvre apparaissent néanmoins aussi clairement. Des alliances devront être noués avec d’autres Etats membres partageant les mêmes intérêts. Il leur faudra convaincre les «grands» Etats membres et la Russie que le dialogue entre eux nécessite des intercesseurs susceptibles d’apporter une expertise et des solutions. (…) Ils devront enfin plaider en faveur d’une politique étrangère européenne forte, qu’appelle le voisinage d’une zone instable, sans s’aliéner la confiance des Etats membres fondateurs en épousant les vues américaines d’une Europe politique faible …»
 
 La politique de voisinage esquissée depuis 2003 n’annonce pas un rôle premier pour le principal des nouveaux Etats membres, la Pologne. (…) La liste des pays concernés dessine une géographie dans laquelle l’Ukraine côtoie les pays du Maghreb et qui rehausse la Russie par rapport aux autres pays. En somme, l’objectif visant à arracher les pays situés ente la Baltique et la mer Noire à l’influence russe, que poursuit traditionnellement la diplomatie polonaise et qui justifierait une dynamique d’élargissement jusqu’à Kharkiv, n’est pas repris à l’échelle européenne. Ce n’est pas une approche stratégique qui prévaut de la part de l’UE mais un pragmatisme au nom duquel les liens avec le «club» dépendent des progrès concrets réalisés par les impétrants. Dans ce contexte, les réformes démocratiques, économiques, juridiques qui, selon certains responsables ukrainiens, seraient encouragés par un signal de la part de l’UE, demeurent à ce jour insuffisantes pour aller au-delà de l’Accord de partenariat en vigueur.»
 
 Extrait de Les marges orientales de l’Union européenne à 25, Gilles Lepesant In Le Courrier des pays de l’Est, n°1042, mars-avril 2004, p. 13-14.

Quelle couverture géographique pour la PEV ?

Tous les pays frontaliers de l’Est et du Sud

A l’origine, la nouvelle politique de voisinage devait se limiter aux nouveaux voisins orientaux, Ukraine, Biélorussie, Moldavie, mais certains Etats membres, l’Italie notamment, ont insisté pour élargir le cercle à la rive sud de la Méditerranée. Destinée désormais à tous les Etats disposant d’une frontière terrestre ou maritime avec l’Union européenne élargie, la PEV s’adresse aussi bien à l’Ukraine, la Biélorussie et la Moldavie qu’aux pays du sud de la Méditerranée :

Les textes font néanmoins mention des deux dimensions, orientale et méditerranéenne, de la politique de voisinage, et les priorités mises en avant pour chacune d’elles ne sont pas identiques : pour le volet oriental, l’accent est mis sur l’approche politique, non pour les voisins du Sud.

La Russie, une place à part

La Russie qui faisait initialement partie des pays concernés, toujours soucieuse d’être traitée comme «un cas à part», est liée à l’Union européenne dans le cadre d’un partenariat stratégique particulier mis en place en mai 2003.

  • Consulter le dossier d’actualité : La Russie et l'Union européenne

La Biélorussie

Suspendue de plusieurs programmes européens en raison de son régime autoritaire, la Biélorussie n’est pas, à l’heure actuelle, partie prenante de la PEV. Mais elle bénéficie d’une assistance financière confinée au soutien de la démocratisation.

L’Ukraine et la Moldavie

Rue du vieux Kiev, Ukraine

Rue du vieux Kiev, Ukraine.

© I. Kamenka

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L’Ukraine et la Moldavie sont donc les éléments clés de la politique de voisinage.

Force est de constater que l’UE n’accorde pas à ces pays une importance comparable à celle de la Russie, et qu’elle ne leur reconnaît pas non plus un statut de candidat potentiel à l’adhésion.

La politique de voisinage est ainsi basée sur le constat que la capacité de l’Union européenne à intégrer de nouveaux membres est limitée ; ce qui l’oblige à définir une politique par rapport aux pays voisins qui n’ont pas vocation à adhérer à moyen terme et qui repose sur l’offre suivante : «moins que l’adhésion, mais plus qu’un partenariat». Les dirigeants européens ont en effet cherché à contourner l’obstacle de l’adhésion en distinguant Union européenne et Europe. S’ils reconnaissent l’identité européenne des voisins orientaux, ils insistent sur le fait que cette identité ne conduit pas inéluctablement à intégrer les institutions de l’Union européenne.

La quête d’une grande Europe intégrée ne peut cependant pas faire fi de la question de la «finalité» de l’Europe. La place de l’Europe dans le monde et sa cohésion impliquent un débat sur les limites de l’Union européenne que les Etats membres ne pourront pas esquiver. En effet, la problématique européenne a, en l’espace de quelques années, changé totalement de dimension. A la «petite Europe» élargie aux voisins orientaux directs s’oppose l’idée d’une «grande Europe» qui s’annonce comme un défi majeur.

Les résultats de la politique de voisinage à l’égard de l’Ukraine, de la Biélorussie et de la Moldavie conditionneront pour ces pays la persistance ou non de leur «choix européen» et le renforcement ou non de leur indépendance politique, économique et sociale par rapport à la Russie. Après avoir exprimé de fortes réticences à son égard, les dirigeants ukrainiens et moldaves la considèrent désormais comme une politique à court terme qui leur permettra de renforcer leurs stratégies d’intégration à long terme.

Mis à jour le 13/07/2006

 

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