Carte de Kaliningrad.

La région de Kaliningrad, qui rassemble un peu moins d’un million d’habitants, couvre, sur 15 100 km², l’ancienne partie septentrionale de la Prusse orientale, sous souveraineté allemande jusqu’en 1945. La région a été rattachée à l’Union soviétique suite aux accords de Yalta (février 1945) et de Potsdam (juillet-août 1945), à l’issue desquels elle a été intégrée à la République socialiste fédérative de Russie. Depuis la fin de l’URSS, Kaliningrad est partie intégrante de la Fédération de Russie, dont elle est géographiquement coupée par la Lituanie et la Biélorussie. Qui plus est, du fait de l’élargissement européen du 1er mai 2004, la région est cernée de pays membres de l’ Union européenne (Pologne et Lituanie) et bordée par une Baltique désormais mer intérieure de l’UE.

A l'issue de la seconde guerre mondiale : Kaliningrad, un territoire soviétique

Si, lors de la conférence de Potsdam, la Prusse orientale fut partagée entre la Pologne qui reçut les deux tiers du territoire, et l’Union soviétique qui occupait le reste du territoire, le Traité de paix qui devait sceller cet accord entre les alliés et les puissances de l’axe ne fut jamais signé. L’Allemagne réunifiée déclara en 1990 qu’elle abandonnait toute prétention sur la Prusse orientale.

L’URSS de l’après-guerre profita de ce nouveau territoire, qui lui offrait notamment en la ville de Königsberg (rapidement renommée Kaliningrad), un port libre de glaces sur la Baltique. Les populations allemandes qui n’avaient pas fui devant l’avancée de l’Armée rouge en 1945 furent expulsées en totalité vers l’Allemagne à l’automne 1948. L’Etat soviétique se lança alors dans une politique visant à attirer les populations de Russie, Biélorussie, Ukraine et Lituanie en particulier, et fit de la région un avant-poste du communisme dans la partie la plus occidentale de l’URSS.

Kaliningrad acquit rapidement une fonction stratégique, abritant en particulier la Flotte de la mer Baltique et demeurant interdite aux étrangers.

1991 : Kaliningrad, Terra incognita pour l’Europe

Lagunes du Parc national à Kaliningrad

Lagunes du Parc national à Kaliningrad, 1997.

© Communauté européenne

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En 1991, lors de l’éclatement de l’URSS, la région, peuplée à près de 80 % de Russes, fut perçue comme une menace stratégique par l’Occident.

Tout au long des années 1990, les autorités russes se sont peu préoccupées du devenir de l’enclave. Les effectifs de la Flotte de la Baltique (100 000 hommes en 1991), ont été rapidement et fortement réduits (10 000 en 2005) et son commandement déplacé à Saint-Pétersbourg. En partie laissée à elle-même, l’enclave, malgré la proclamation en 1993 d’une zone économique libre, a alors acquis la réputation d’une région appauvrie, objet de tous les trafics (drogues, réseaux de prostitution, armes, contrebande transfrontalière, etc.), cumulant faible niveau de vie, situation sanitaire déplorable (on y observe depuis quelques années une recrudescence de la tuberculose et l’un des plus forts taux de pandémie de sida d’Europe) et problèmes environnementaux (présence de déchets militaires chimiques, biologiques et nucléaires, hérités de la période soviétique).

Abandonnant ses craintes d’ordre stratégique, l’ Union européenne a alors développé des craintes d’ordre sécuritaire, surtout depuis que les frontières de Kaliningrad sont devenues celles extérieures de l’UE, en mai 2004.

Atout ou handicap pour les relations Russie -UE ?

Ce n’est qu’à partir de 2000, alors que se profilait l’adhésion à l’ Union européenne de la Pologne, de la Lituanie et des deux autres Etats baltes, que l’enclave est devenue un objet de préoccupation pour Bruxelles, suscitant un regain d’intérêt de la part de Moscou.

-Une première communication sur Kaliningrad a été faite le 17 janvier 2001, considérant la situation économique, sociale et environnementale de la région dans le cadre de l’élargissement prévu. D’emblée, la Russie a souhaité associer Varsovie et Vilnius au dialogue bilatéral qui s’amorçait. Les questions évoquées depuis ont surtout trait au transit (de marchandises, dont le matériel militaire et les hydrocarbures, et d’hommes). Le dialogue s’est largement focalisé sur la question des visas, leur introduction du fait de l’élargissement de l’espace Schengen étant vue par Moscou comme l’érection d’un nouveau mur sur le continent européen.

  • En novembre 2002, le gouvernement russe a signé avec la Commission européenne un accord portant création de "documents de transit simplifiés", sortes de visas à prix modique.
  • Le 1er juillet 2003, Moscou annonçait en outre la baisse du tarif des liaisons aériennes reliant l’enclave au reste du territoire russe, alignés sur le tarif ferroviaire.
  • Le 27 avril 2004, un accord UE-Russie était trouvé, exemptant de droits de douane et de transit les marchandises traversant le territoire lituanien.

Les protagonistes ont également pris conscience des dangers que représente une enclave au développement asymétrique de celui de son environnement proche : à la veille de l’élargissement, le PNB de Kaliningrad ne représentait que le quart de celui de la Lituanie, 1/8e de celui de la Pologne et 1/40e de celui de l’Union européenne à quinze. Le niveau de vie croît depuis, mais il reste préoccupant.

L’UE a fourni une aide importante à la région, (40 millions d’euros entre 1991 et 2005 dans le cadre du programme TACIS), concentrant ses efforts sur les infrastructures douanières. On s’attend à ce que l’élargissement apporte des changements positifs dans l’enclave, mais les investissements, dont étrangers, y restent encore trop faibles.

Kaliningrad est prise entre des intérêts opposés :

Bruxelles, qui souhaite y désamorcer tout risque de déstabilisation à ses frontières, y joue tantôt la carte intégrative (mieux vivra l’enclave, moins elle présentera de risques à ses frontières), tantôt la carte sécuritaire (il s’agit de protéger les frontières extérieures de l’ Union européenne).

Moscou a également développé une attitude contradictoire à l’encontre de l’enclave. Les autorités russes ont en effet persuadé Bruxelles, en mai 2004, d’en faire le "laboratoire des futures relations Russie-UE", estimant que toute relation rapprochée établie entre l’UE et l’enclave pourrait ensuite être appliquée à l’ensemble de la relation russo-européenne. Le Président russe a, en l’occurrence, surtout en vue un potentiel accord d’abolition des visas. Mais, simultanément, Vladimir Poutine craint les projets trop émancipateurs pour l’enclave, où des velléités séparatistes pourraient se faire jour (Kaliningrad n’est en Russie que depuis 60 ans et, dans une Europe post-guerre froide, se situe à 600 km de Berlin, contre 1 200 km de Moscou). Le pouvoir russe joue donc une partie délicate avec Kaliningrad, tour à tour vitrine virtuelle de la future relation de la Russie à l’UE, avant-poste européen du pays, mais aussi région dont une trop forte intégration à l’UE pourrait renforcer la volonté d’émancipation de l’ensemble fédératif russe.

Mis à jour le 27/06/2008

 

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