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La Turquie et l'Europe : une histoire en commun

Gare centrale d'Istanbul
Soleil sur le Bosphore, devant la gare centrale d’Istanbul. EPA photo/Kerim Okten. © Communauté européenne.

Musulmane et située à la croisée des continents européen et asiatique, au cœur de l’ancien monde, la Turquie a-t-elle sa place dans l’Europe ?
La question n’est pas nouvelle, même si elle suscite aujourd’hui, en raison de la candidature d’Ankara à l’intégration européenne, un important débat public.
L’histoire des relations entre l’Empire ottoman puis la Turquie moderne et l’Europe mérite d’être rappelée en quelques dates pour mieux comprendre les problématiques actuelles
.

1055

Les Turcs seldjoukides originaires de l’Asie centrale s’emparent de Bagdad. Les souverains de cette dynastie, représentant temporel du calife, imposent ensuite la domination de l’islam sunnite sur la quasi-totalité de la péninsule anatolienne.

1095-1270

Croisades menées par les Européens pour venir en aide à Byzance et reprendre les Lieux saints aux musulmans.

1260-1451

Essor en Anatolie de la dynastie ottomane qui franchit le détroit des Dardanelles et conquiert des territoires byzantins (l’actuelle Serbie en 1389, la Bulgarie en 1396) jusqu’à la frontière de l’actuelle Hongrie.

1453

29 mai

Prise de Constantinople par les Turcs et fin de l’Empire romain d’Orient.

1512-1566

Apogée de l’Empire ottoman sous Sélim Ier puis sous Soliman le Magnifique. Conquêtes en Europe (actuelles Albanie, Bosnie, Hongrie, Transylvanie), en Asie (Arabie, Syrie, Palestine) et en Afrique (Égypte).

1571

Bataille de Lépante qui marque le début du déclin ottoman.

1683

Un deuxième échec des troupes turques devant Vienne stoppe définitivement l’avancée de l’Empire ottoman.

1699

Au traité de Karlowitz, les Turcs perdent la Hongrie et la Transylvanie au profit de l’Autriche et d’autres territoires au profit de la Pologne, de Venise et de la Russie.

1713-1774

Succession de revers face aux Autrichiens et aux Russes, et de traités défavorables pour les Ottomans.

1821-1830

Indépendance de la Grèce, autonomie de la Serbie, perte de l’Algérie.

1839-1876

Premières mesures d’occidentalisation de l’Empire ottoman : avec les Tanzimat, c’est-à-dire l’adoption d’un ensemble législatif destiné à réformer les institutions et à moderniser les mœurs.

1841

Émancipation de l’Égypte.

1854-1856

Dans la guerre de Crimée, la Turquie fait partie, avec la France et la Grande-Bretagne, de la coalition qui combat la Russie.

1878

3 mars

Le traité de San Stefano, qui met fin à la guerre des Balkans, établit l’influence russe sur les Balkans au détriment de l’Empire ottoman. Sous l’influence des puissances occidentales, le traité de San Stefano est remplacé, dès l’été 1878, par le traité de Berlin.

1908

Perte définitive de la Bulgarie.

1909

Suite à la révolution jeune turque, le sultan Abdul-Hamid II est déposé et remplacé par Mehmet V.

1912-1913

Au terme des guerres balkaniques, l’Empire ottoman perd toutes ses possessions balkaniques à l’exception de la Thrace orientale.

1914

La Turquie entre dans la guerre aux côtés des puissances centrales.

1915-1916

Au lendemain des premières défaites militaires, les autorités ottomanes s’en prennent aux Arméniens qu’elles accusent de trahison. Les deux tiers de la population arménienne du pays sont tués.

1918

30 octobre

L’armistice de Moudros consacre la défaite turque et entraîne l’occupation des pourtours de l’Anatolie par les Alliés.

1920

Avril

Mustafa Kemal réunit à Ankara la Grande Assemblée nationale, établissant un gouvernement de fait rival de celui d’Istanbul.

10 août

Signature du traité de Sèvres qui consacre la fin de l’Empire ottoman et sa désintégration territoriale. Jamais ratifié, il sera remplacé par le traité de Lausanne.

1920-1922

Mustafa Kemal mène la guerre d’indépendance.

1922

1er novembre

Abolition du sultanat.

1923

24 juillet

Le traité de Lausanne annule le traité de Sèvres et reconnaît la souveraineté turque sur un territoire qui correspond, pour la plus grande partie, à celui de la Turquie actuelle.

29 octobre

Proclamation de la République turque, dont Mustafa Kemal est aussitôt élu président.

1924

3 mars

Abolition du califat.

30 avril

Adoption de la Constitution qui institue un régime parlementaire à chambre unique, élue au suffrage direct.

1934

Les femmes obtiennent le droit de vote.

1938

10 novembre : décès de Mustafa Kemal.

1945

La Turquie se range symboliquement du côté des alliés, alors qu’elle était neutre durant la guerre.

1945-1946

Instauration du multipartisme.

1949

28 mars

La Turquie est le premier État musulman à reconnaître Israël.

9 août

La Turquie est l’un des membres fondateurs du Conseil de l’Europe.

1950

Le Parti démocrate, fondé en 1946, remporte une large victoire lors des premières élections libres et transparentes de l’histoire du pays. Adnan Menderes devient Premier ministre.

1952

Février

Adhésion de la Turquie à l’OTAN en même temps que la Grèce.

1954

18 mai

La Turquie ratifie la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

1957

25 mars

Conclusion du traité de Rome instituant les Communautés européennes.

1959

31 juillet

La Turquie présente une demande d’association au Marché commun.

1960

27 mai

Coup d’État militaire contre le pouvoir civil. Le général Gürsel devient le chef de l’État. Trois dirigeants du Parti démocrate, dont A. Menderes, sont pendus.

1961

La Turquie siège au conseil de l’OCDE.

1963

12 septembre

La CEE et la Turquie signent un accord d’association. Les parties reconnaissent dans le préambule que « l’appui accordé par la Communauté économique européenne aux efforts du peuple turc pour améliorer son niveau de vie facilitera ultérieurement l’adhésion de la Turquie à la Communauté ».

1965

Les élections sont remportées par le Parti de la justice, dont plusieurs membres sont issus du Parti démocrate. Un nouveau gouvernement civil est formé, dirigé par Süleyman Demirel.

1969

La Turquie est l’un des membres fondateurs de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI).

1971

12 mars

Devant l’agitation sociale, l’armée intervient à nouveau dans la vie politique, en imposant un gouvernement de salut public dirigé par Nihat Erim.

1974

Juillet-août

La Turquie occupe le nord de Chypre.

1980

12 septembre

Coup d’État militaire. Les relations avec la CEE sont gelées.

1982

Le régime militaire promulgue une nouvelle Constitution.

1983

Victoire aux élections du Parti de la mère patrie (ANAP) de Turgut Özal.

1987

14 avril

La Turquie présente officiellement sa candidature à l’adhésion à la Communauté européenne.

1989

20 décembre

Refus de la candidature turque par la Commission européenne.

1990-1991

Pendant la guerre du Golfe, la Turquie se range aux côtés de la coalition internationale qui repousse l’Irak du Koweït.

1992

La Turquie accède au statut de membre associé de l’Union de l’Europe occidentale (UEO).

1993

Juin

Le Conseil européen de Copenhague définit les critères d’adhésion à l’Union européenne.

1995

26 mars

La Turquie devient membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

24 décembre

Victoire aux élections législatives du Parti de la prospérité (Refah ou RP), islamiste.

1996

1er janvier

Entrée en vigueur entre l’Union européenne et la Turquie de l’union douanière prévue par l’accord d’association de 1963.

23 février-26 août

Signature d’un accord de coopération militaire et d’échanges de haute technologie avec Israël.

8 juillet

Necmettin Erbakan devient Premier ministre.

1997

11 juin

Démission du gouvernement Erbakan sous la pression des militaires.

12-13 décembre

Au Conseil européen de Luxembourg, les négociations d’adhésion sont ouvertes avec tous les pays candidats, excepté la Turquie, mais confirment son éligibilité à l’adhésion.

1998

16 janvier

La Cour constitutionnelle dissout le RP pour non-respect du principe de laïcité.

4 mars

La Commission européenne adopte une stratégie de pré-adhésion vis-à-vis de la Turquie qui prévoit le rapprochement des législations et la reprise de l’acquis communautaire.

1999

15 février

Abdullah Öcalan, chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un parti indépendantiste kurde, est capturé au Kenya.

10-11 décembre

Le Conseil européen d’Helsinki reconnaît que la Turquie est un pays « qui a vocation à rejoindre l’Union sur la base des mêmes critères que ceux qui s’appliquent aux autres candidats ». Il « se réjouit […] de l’intention de la Turquie de poursuivre ses réformes en vue de satisfaire aux critères de Copenhague ».

2000

9 février

Le PKK annonce officiellement, comme le lui demande Abdullah Öcalan, l’abandon de la lutte armée. Un dialogue s’esquisse afin de trouver une « solution pacifique » au problème kurde.

26 février

Le Conseil de l’Union européenne adopte un partenariat pour l’adhésion qui identifie, dans un cadre unique, les domaines d’action prioritaires relatifs aux progrès que la Turquie doit accomplir sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne et mobilise toutes les formes d’assistance de l’Union.

2001-2003

La Turquie met en œuvre une série de réformes pour répondre au partenariat pour l’adhésion qui lui est proposé. Trente-quatre articles de la Constitution sont révisés et plusieurs « paquets législatifs » adoptés, concernant le Code pénal, les statuts des associations et des partis politiques, le statut des fonctionnaires, l’abolition de la peine de mort, la liberté de culte. L’intervention directe des militaires dans la vie politique est réglementée à travers la réforme du Conseil de sécurité nationale (MGK).

2001

14-15 décembre

Le Conseil européen de Laeken reconnaît que « la Turquie a accompli des progrès dans la voie du respect des critères politiques fixés pour l’adhésion » et que « la perspective de l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie s’est […] rapprochée ».

2002

21-22 juin

Le Conseil européen de Séville souligne que « la mise en œuvre des réformes politiques et économiques requises améliorera les perspectives d’adhésion de la Turquie, selon les mêmes principes et critères que ceux appliqués aux autres pays candidats ».

3 novembre

Le Parti de la justice et du développement (AKP) se réclamant des valeurs islamiques remporte les élections législatives. Son leader, Recep Tayyip Erdogan, devient Premier ministre en mars suivant.

12-13 décembre

Le Conseil européen de Copenhague fixe à décembre 2004 la date de l’examen final de la candidature de la Turquie.

2003

19 mars

La Grande assemblée nationale turque refuse l’autorisation du stationnement et du transit, vers l’Irak, des soldats américains.

19-20 juin

Le Conseil européen de Thessalonique souligne que « de nouveaux efforts importants doivent encore être déployés » par la Turquie pour remplir les critères politiques de Copenhague et accorde à ce pays un statut d’observateur à la conférence intergouvernementale sur l’avenir de l’Union.

2004

17-18 juin : le Conseil européen « salue la contribution positive du gouvernement turc aux efforts du secrétaire général des Nations Unies, en vue de parvenir à un règlement global de la question chypriote ».

6 octobre

La Commission présente sa recommandation concernant la Turquie. Elle « considère que la Turquie satisfait suffisamment aux critères politiques [de Copenhague] et recommande l’ouverture de négociations d’adhésion ».

17 décembre

Le Conseil européen de Bruxelles décide de donner son aval pour l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005.

Source : Questions internationales, La Turquie et l’Europe, n° 12, mars-avril 2005.

Pour en savoir plus, on pourra lire l’article de Paul Dumont, «Europe-Turquie, une histoire partagée», in Questions internationales, n° 12, mars-avril 2005.

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