1 - Le souci de soi

Salle de musculation

Salle de musculation.

Photo : Véronique Le Lann © La Documentation française

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Allongement de l’espérance de vie, très forte augmentation des revenus et de la durée des vacances, élévation du niveau d’instruction, urbanisation, progrès de la médecine ou poursuite toujours plus avant du processus d’individualisation de la société, tout a convergé au cours des soixante dernières années pour développer chez les Français – à l’instar des autres peuples occidentaux – un « souci de soi » dont l’intensité et la variété des modes d’expression constituent un trait majeur de notre époque.

L’importance qu’a pris pour chacun sa propre hygiène de vie et la priorité accordée à sa propre santé en est l’illustration la plus marquante. Le succès des aliments « bio » et des produits diététiques atteste cette préoccupation. De même que la volonté de rester jeune ou à tout le moins de « garder la forme » explique pour une large part la place prise par le sport dans la vie quotidienne : en 2000, 83 % des Français entre 15 et 75 ans déclaraient s’être adonnés à une activité physique et sportive, contre 28 % en 1967. Les enquêtes mesurent l’allongement du temps de pratique et, autre aspect de l’hédonisme et de l’individualisme ambiants, l’engouement pour les sports de glisse : roller, skate, surf, ski...

À l’égard de la médecine, dont les avancées ont été spectaculaires, les attentes sont immenses. En ce qu’elle touche à la vie, à la mort, à l’identité psychique et corporelle, elle constitue par ailleurs un domaine où la revendication par l’individu de ses désirs ou de ses refus est souvent susceptible de poser de difficiles questions éthiques. Citons ici les risques eugéniques liés au développement de la génétique, la question de l’euthanasie, ou encore toutes les recompositions du corps humain que permet et permettra de plus en plus la chirurgie.

La sphère des loisirs, liée par excellence aujourd’hui à l’épanouissement personnel, est dynamisée par le tourisme de masse, la démocratisation des séjours touristiques ayant successivement « conquis » la plage, la montagne et, avec les charters, les destinations exotiques. La distinction s’estompe même parfois entre villégiature et prescriptions médicales, comme en témoigne par exemple le succès des cures de thalassothérapie. Une certaine affirmation du moi s’exprime aussi à travers des codes vestimentaires ou corporels (tatouages, piercing…) et l’apparition des « métrosexuels » montre que l’utilisation de cosmétiques ou le port de tenues volontiers originales ne concernent plus seulement le sexe féminin. L’importance du look se mesure encore à travers la fréquentation des clubs de fitness et des cabines d’UV, celle de lieux « branchés » étant également constitutive de cette sociabilité décontractée.

L’attention portée à soi-même participe d’une civilisation plus douce, plus respectueuse des personnes, plus démocratique, où la quête du bonheur n’est décidément plus une idée neuve.

2 - Le bonheur… si je veux !

Plage aménagée sur le lac de Vouglans (Jura)

Plage aménagée sur le lac de Vouglans (Jura)

Photo : Thibaut Cuisset/Métis © La Documentation française

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Depuis près de trente ans, des enquêtes mesurent le moral des Français. Elles montrent qu’au fil des années le sentiment d’être heureux se situe à un niveau plutôt élevé même si beaucoup de Français se déclarent insatisfaits de ne pouvoir toujours accomplir ce qu’ils souhaiteraient. L’âge, les caractéristiques sociodémographiques (le statut matrimonial notamment), l’insertion dans le monde du travail constituent bien évidemment des facteurs déterminants.

Toutes les enquêtes soulignent que le bonheur est perçu d’une manière de plus en plus personnelle. La capacité d’agir librement sur le cours de sa vie apparaît en effet comme l’une des principales sources d’épanouissement. Les Français revendiquent la libre disposition d’eux-mêmes !

En France, comme dans toutes les sociétés occidentales, on a assisté depuis une trentaine d’années à un processus massif d’émancipation des individus par rapport aux cadres qui structuraient leur vie, que ce soit la famille, le clan, la religion, le milieu social, le village...

Ainsi, la vie de famille, à laquelle les Français restent toujours très attachés, ne correspond plus du tout à la forme qu’elle avait naguère. L’institution traditionnelle et rigide a laissé la place à une affaire de sentiments et de relations affectives.

Le travail a également pris un sens différent. Alors qu’il était essentiellement assimilé au seul moyen de vivre (voire de survivre), il est de plus en plus perçu comme un élément d’épanouissement personnel qu’il convient d’harmoniser au mieux avec le temps libre. L’individualisme croissant des Français ne peut être assimilé à un repli sur soi ou à de l’égoïsme. Il correspond avant tout à l’affirmation de la primauté de la personne sur le groupe. Les Français veulent désormais pouvoir maîtriser et choisir leur travail, leurs amis et relations, leurs loisirs. De la même façon, ils entendent aussi choisir leurs normes éthiques et non plus se les laisser imposer par la société, la religion ou l’Etat.

L’individualisation croissante de la société française ne correspond pas non plus à un rejet du lien social ; jamais les Français ne se sont autant engagés dans la vie associative. En outre, tous les Français, y compris les plus jeunes, restent fortement demandeurs de règles collectives et d’ordre social.

S’ils se déclarent en général satisfaits de la vie qu’ils mènent, notamment leur vie privée, les Français se montrent en revanche beaucoup plus critiques à l’égard de la société dans laquelle ils vivent, qu’ils perçoivent comme une réalité dure et contraignante. Et alors qu’ils font preuve d’optimisme pour eux-mêmes, ils sont pessimistes sur l’évolution de la société.

3 - « Je crois ce que je veux »

Pèlerins devant la basilique de Lourdes (Hautes Pyrénées)

Pèlerins devant la basilique de Lourdes (Hautes Pyrénées).

Photo : Dominique Bravermann © La Documentation française

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La France est un pays laïc. Chacun y est libre de ses choix, libre de croire… ou de ne pas croire. On constate d’ailleurs, de sondage en sondage, une augmentation régulière du nombre de ceux qui se déclarent « sans religion » (27 % en 2003, 31 % en 2006*). Mais, dans le même temps, le paysage religieux s’est beaucoup diversifié, à côté des clochers d’églises apparaissent des minarets, et les manières de croire, de pratiquer sa religion se sont profondément renouvelées.

Diversification du paysage religieux

En dépit d’un recul progressif mais constant, les catholiques restent encore largement majoritaires : avant les années 1960, 85 % des Français se déclaraient catholiques, ils étaient encore 80 % au milieu des années 1970, plus que 62 % en 2003, 51 % en 2006, un Français sur deux. À côté d’eux, d’autres Français se réclament de religions anciennement implantées, comme le judaïsme (1 %), le protestantisme (3 %) ou, plus récemment, l’islam (4 %), et, dans une moindre mesure, l’orthodoxie et les chrétientés orientales. Sans oublier les religions et spiritualités venues d’Extrême-Orient telles que le bouddhisme qui font de nombreux émules (environ 500 000 adeptes). Des mouvements religieux apparus dans les années 1970 (Témoins de Jéhovah, Église de scientologie, etc.) concurrencent aussi les croyances traditionnelles. Certains aboutissent parfois à des dérives sectaires : le 30 mai 2001, l’Assemblée nationale a adopté une loi tendant à renforcer la prévention et la répression de ces mouvements sectaires.

La religion « à la carte »

Mais si revendiquer son appartenance à une religion est une chose, respecter à la lettre ses préceptes en est une autre. A la religion héritée et transmise jusqu'alors de génération en génération se substitue une religion personnalisée. Le respect des valeurs normatives s'estompt au profit de la liberté individuelle de penser et d'agir. De plus en plus de croyants se « construisent » leur religion, empruntant même parfois à d'autres traditions (8 % de catholiques croient à la réincarnation après la mort !). On a ainsi pu parler de religion « à la carte », de « bricolage ». Les croyants sont de moins en moins attachés aux rythmes anciens et réguliers de la pratique : assister à la messe dominicale pour les catholiques (17 % seulement de pratiquants réguliers) ou à la prière du vendredi pour les musulmans, par exemple. Ils privilégient les moments forts, une recherche spirituelle vécue au sein de familles électives. Cela explique le succès des grands rassemblements comme les JMJ (Journée mondiale de la jeunesse), des pèlerinages, en plein renouveau, mais aussi des groupes de prière, des retraites au monastère, et l'essor des communautés charismatiques chez les catholiques, des églises évangéliques pentecôtistes chez les protestants. Quant à l'institution, s'ils restent très attachés à leur Église et à leur pape (respectivement 76 % et 71 % d'opinion favorable en 2006), les catholiques prennent bien des libertés avec leurs enseignements, notamment dès que l'on touche à la morale sexuelle (90 % des femmes pratiquent la contraception). L'heure est bien à l'individualisation des croyances.

Sondage 2003 CSA/Le Monde/La Vie, sondage 2006 CSA/Le Monde des religions

4 - Les comportements à risque

Quelles sont les principales évolutions depuis plusieurs décennies ?

Si la définition courante des comportements à risque, très large, va bien au-delà des facteurs de risque liés à des pathologies et inclut les conduites mettant en péril la vie d'autrui ou de nature à troubler l'ordre public (ex. conduite sous l'emprise de stupéfiants ou sans kit « mains libres » de téléphone mobile), on se bornera ici à quelques exemples. L'alcool, qui est consommé, même épisodiquement, par une très forte majorité de Français, recule de manière à peu près ininterrompue depuis plus de trente ans : en 2004, on en buvait en moyenne 13 litres par personne et par an, contre... 20,4 litres en 1970. De plus, en 2005, seuls 15 % de Français déclarent consommer de l'alcool tous les jours et 37 % seulement occasionnellement, parmi lesquels près de la moitié des femmes contre le quart chez les hommes. La boisson reine reste de loin le vin, devant les alcools forts et la bière.

S’agissant du tabac, on observe une décrue analogue puisque la consommation est passée de 6,6 grammes par personne et par jour en 1970 à 3,3 grammes en 2004. Même si les fortes hausses des prix décidées ces dernières années en sont pour une bonne part également responsables. La consommation quotidienne touche 30 % des hommes et 23 % des femmes : le recul du tabagisme masculin remonte aux années 1970, alors que s’agissant des femmes, après une phase de « rattrapage » entre la fin des années 1970 et la fin des années 1980, cette décrue s’est amorcée seulement en 1991 et l’entrée en vigueur de la loi Évin. Les cigarettes (essentiellement des blondes) représentent les trois-quarts de la consommation totale.

Enfin, le nombre de personnes tuées dans un accident de la route a été divisé par plus de deux en vingt ans, alors même que la circulation augmentait de quelque 80 %. Incontestablement, le durcissement de la législation sur la vitesse et sur la conduite en état d’ivresse a accéléré cette tendance.

Et les jeunes ?

Ces bons résultats ne doivent cependant pas occulter certaines réalités : ainsi, près d'une personne âgée de 18 à 25 ans sur deux fume et nombreux sont les adeptes de substances telles que le cannabis ou l'ecstasy.

En outre, les comportements à risque des jeunes ne se limitent pas à cela : on pourrait citer aussi la fréquence des rapports sexuels non protégés. Les campagnes d’information et de prévention trouvent là leurs limites.

5 - Les transformations de la famille

Décoration du sapin de Noël en famille

Décoration du sapin de Noël en famille.

Photo : Guillaume Herbaut © La Documentation française

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Libre choix du compagnon ou du conjoint, augmentation des divorces, plus de familles monoparentales (20 %) et de familles recomposées (10 %), davantage de naissances désirées et hors mariages (près de 50 %), entrée en masse des jeunes filles à l’université et développement du travail des femmes : autant d’évolutions qui, à partir des années 1970, témoignent d’une remise en cause du modèle inégalitaire, hiérarchique et autoritaire de la famille bourgeoise.

De la révolution contraceptive à la révolution génétique

L'avènement de la contraception chimique à la fin des années 1950 et sa légalisation en 1967, la loi de 1975 sur l'interruption volontaire de grossesse ont transformé fondamentalement la condition féminine. Sexualité et procréation sont désormais dissociées. Libérées des grossesses à répétition, les femmes peuvent satisfaire leur désir d'enfant quand elles le souhaitent et sans passer par le mariage.

Les progrès de la génétique ont, quant à eux, des conséquences importantes sur la paternité. Grâce aux tests ADN, le lien de filiation est établi d’une manière incontestable. Mais dans le même temps, les situations où parenté biologique et parenté « éducative » ne coïncident plus se sont multipliées : séparation de couples et familles recomposées, procréation médicalement assistée, adoption, familles homoparentales. Ces évolutions introduisent une profonde incertitude sur la fonction paternelle dans une société où le mariage n’est plus forcément la norme.

Les évolutions du droit de la famille

Des avancées législatives ont également eu un rôle décisif dans l'évolution des rapports de couple.

La loi de 1970 instaure l’autorité parentale partagée. Elle se substitue à la « puissance paternelle et maritale » qui organisait les rapports mari/femme depuis le Code civil napoléonien.

Le divorce par requête conjointe en 1975, puis par consentement mutuel en 2004, facilitent la séparation sans pour autant la banaliser. Après avoir dépassé la barre des 100 000 en 1984, le nombre des divorces se stabilise aujourd’hui autour de 120 000. Si le nombre des mariages ne cesse de diminuer, de 415 000 en moyenne annuelle dans les années 1960 à moins de 300 000 aujourd’hui, on constate à l’inverse une augmentation régulière des couples pacsés (57 000 pacs signés en 2006) avec actuellement une prédominance des couples hétérosexuels.

À la recherche de nouveaux modèles éducatifs

Depuis le début des années 1970, l'« enfant roi », cet enfant dont on proclame les droits (Convention des Nations unies de 1989), occupe le centre de la constellation familiale. Et de plus en plus longtemps : l'adolescence se prolonge et le départ du domicile familial intervient plus tardivement. Évolutions de la place et du statut de l'enfant qui posent en des termes nouveaux la question de l'autorité et de l'éducation dans une conception de la famille assimilée, trop vite peut-être, à une « petite démocratie ».

Autrefois stigmatisées, les différentes formes de la vie familiale sont aujourd'hui acceptées au nom du droit de chacun à choisir librement les voies de son épanouissement. Et, si le lien mari femme est souvent plus fragile, d'autres liens se renforcent comme les liens de filiation - rôle accru des grands-parents, relations père mère/fils fille - qui témoignent de la vigueur de l'institution familiale.

Mis à jour le 07/05/2007

 

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