1 - Le succès de l’humanitaire
Indissociable des deux avancées technologiques des années 1970 que sont la généralisation des voyages en avion et la télévision, le développement d’un mouvement humanitaire traduit aussi une nouvelle forme d’engagement à la suite d’une double désillusion, à l’égard du communisme et des potentialités révolutionnaires du tiers monde.
Le choc du Biafra
En 1967, la sécession de la région du Biafra au Nigeria se heurte à une relative indifférence occidentale. Ni guerre de libération nationale ni conflit inscrit dans la guerre froide, elle ne correspond pas à la grille idéologique admise jusqu’alors. Mais le spectacle de la famine qui s’ensuit et de son million de victimes retransmis par les actualités télévisées bouleverse l’opinion. Sur le terrain, court-circuitant le CICR (Comité international de la Croix-Rouge), plusieurs Églises organisent un pont aérien qui constitue la première opération humanitaire d’une ampleur logistique inédite depuis la Seconde Guerre mondiale et le premier exemple d’« ingérence » humanitaire. Le Comité de lutte contre le génocide au Biafra, fondé en 1969 par Bernard Kouchner, deviendra MSF (Médecins sans frontières) en 1971.
L’action humanitaire occupe désormais peu à peu un espace laissé vacant par le politique. Elle se fonde d’abord sur la médecine d’urgence qui devient en France une discipline à part entière, y compris sur le territoire national avec la création du SAMU en 1972.
Avec l’exode du Vietnam des boat people à partir de 1975, puis les conflits et famines de la fin de la décennie (Cambodge, Ouganda, Éthiopie, Afghanistan), le nombre de réfugiés dans le monde quadruple à partir de 1977 pour atteindre 11 millions en 1983 (20 millions en 2005).
Des ONG (Organisations non gouvernementales) dites « urgentistes » se créent et lancent des appels à la générosité en médiatisant leur action (par exemple, l’opération Un bateau pour le Vietnam en 1979) et en proposant une nouvelle forme de militantisme.
Un secteur d’activité en expansion
Ce sont pour la plupart des associations loi de 1901 à but non lucratif, issues d’une mobilisation citoyenne à titre privé. Si l’humanitaire « urgentiste » se distinguait naguère des ONG de développement et de droits de l’homme, l’investissement par toutes les ONG du nouveau champ des « DESC » (droits économiques, sociaux et culturels) et l’émergence de la notion de développement durable a brouillé les frontières entre elles. L’ensemble du secteur fonctionne avec une moyenne d’un quart ou un tiers de salariés selon les associations. Le reste des activités est assuré par des bénévoles dont le travail correspond à plusieurs dizaines de milliers d’emplois à temps plein. Les budgets des trois principales ONG humanitaires françaises vont de 50 à 60 millions d’euros pour Handicap international et Médecins du monde à 100 millions d’euros pour MSF. L’important soutien de l’opinion publique se traduit par des dons (1,5 million de donateurs) qui financent pour les deux tiers l’ensemble du secteur des ONG, le reste des ressources venant de fonds publics nationaux ou internationaux.
Un investissement croissant de l'humanitaire par des secteurs non spécifiques
L’État, dont l’action se centrait sur l’aide au développement depuis la création en 1959 du Fonds d’aide et de coopération destiné aux anciennes colonies, reconnaît à la fin des années 1980 l’importance de la gestion civile de situations d’urgence en créant des secrétariats d’État spécifiques. Depuis 2002, la Délégation à l’action humanitaire (DAH) joue ce rôle au sein du ministère des Affaires étrangères. Elle gère, en partenariat avec les ONG, 2000 « volontaires pour la solidarité internationale » (VSI) expatriés. Des « attachés humanitaires » sont installés dans un grand nombre d’ambassades françaises. Les entreprises s’investissent de façon croissante bien que leur financement ne corresponde pour l’instant qu’à 2 % des budgets d’ONG. Elles font aussi des dons en matériel et agissent en partenariat avec les ONG ou sous forme de fondations spécifiques.
2 - Environnement : une prise de conscience des périls
Le Club de Rome
Les craintes en matière d’épuisement des ressources et, plus largement, de la dégradation de la nature produites par les activités humaines, ne sont pas nouvelles. En 1968 déjà, le rapport d’un groupe international de scientifiques, le Club de Rome, alerte l’opinion sur les méfaits d’une industrialisation et d’une urbanisation incontrôlées et prône la « croissance zéro » pour éviter une crise environnementale majeure.
La Conférence de Rio
Mais c'est avec la Conférence de Rio en 1992, qui promeut la notion de développement durable, que les chefs d'Etat prennent conscience menaces qui pèsent la planète, et particulièrement des conséquences du réchauffement climatique.
Cette conférence, baptisée « Sommet de la Terre », définit quatre préoccupations majeures :
- la lutte contre la désertification et la déforestation ;
- la préservation de la biodiversité ;
- la gestion des eaux continentales ;
- et les effets du réchauffement climatique.
Le Club de Rome
Nettoyage des plages de la Côte sauvage (Loire Atlantique) en janvier 2000 après le naufrage du pétrolier Erika
Le texte souligne également que chaque pays devra mettre en oeuvre des politiques de développement durable défini comme « le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (Rapport Brundtland, 1987).
Le Protocole de Kyoto
En 1997, le Protocole de Kyoto marque un tournant décisif en proposant des objectifs chiffrés et contraignants en matière d'émissions de gaz à effet de serre, et notamment des émissions de CO2 des pays industriels. Ratifiés par au moins 55 pays représentant 55 % des émissions de CO2 des pays industriels, il est entré en application le 16 février 2005.
Le Plan Climat
Pour sa part, la France a adopté le Plan Climat qui fait porter l'effort sur les grands secteurs émetteurs de gaz à effet de serre (transports, bâtiment, industrie). L'objectif est de retrouver en 2010 le niveau d'émission de 1990, ce qui suppose d'économiser 72 millions de tonnes équivalents CO2 par rapport à la tendance constatée en 2002. Le Plan s'appuie notamment sur le développement des biocarburants qui devra représenter 5,75 % de la consommation de carburants d'ici 2010.