La mer d’Aral vue par Aigoul Beknazarova, enfant participant à des activités organisées par l’Unicef

La mer d’Aral vue par Aigoul Beknazarova, enfant participant à des activités organisées par l’Unicef.

© M. Pouchin/CUEJ

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Mer intérieure partagée entre le Kazakhstan au Nord et l'Ouzbékistan au Sud, la mer d'Aral qui couvrait en 1960, 68 000 km2 soit l’équivalent de deux fois la Belgique, a perdu aujourd’hui plus de la moitié de sa surface (30 000 km2).
Alimentée par deux fleuves, le Syr Daria et l’Amou Daria elle s’est scindée en deux parties inégales en 1989 formant la Petite mer au Nord et la Grande mer au Sud. Le volume d'eau a baissé de plus de 75 % et le taux de salinité a triplé depuis 1950 atteignant aujourd’hui 30 g/l. L’assèchement de la mer d’Aral a pour origine la surexploitation du coton. Sa culture sur des surfaces irriguées était traditionnelle dans la vallée de la Ferghana, mais en 1959 les planificateurs soviétiques ont mis en place un plan de conquête des terres vierges, faisant passer en vingt ans la superficie irriguée de 4,5 millions d’hectares à plus de 7 millions. Les canaux prélèvent 60 % du débit des deux fleuves, et l’apport d’eau à la mer d’Aral de 55 millions de m3 par an en 1960 s’est réduit à 7 millions.

Pour en savoir plus :
"Aral Sea" P. Micklin, 21 p., 30 septembre 2004, notamment les schémas p. 6.

En 1990, cette surconsommation s’est soldée par la rupture de l’équilibre hydrique dans le bassin de la mer d’Aral. Des affluents mineurs ont cessé de contribuer au débit des deux fleuves et la faible efficacité de l’irrigation imputable à la perméabilité des canaux, faute de revêtement et de drainage, a conduit à l’engorgement et à la salinisation de 40 % des sols.
Les experts soviétiques étaient conscients de la nécessité de compenser les pertes d’eau causées par ce pompage excessif et la conquête des terres vierges devait s’accompagner d’un projet de détournement des fleuves sibériens vers l’Asie centrale dans un vaste plan global destiné à mieux répartir les ressources en eau à l’échelle de l’URSS tout entière. Mais l’abandon de ce projet a été décidé par le bureau politique du Comité central du Parti communiste de l’Union Soviétique le 16 aout 1986, suite à l’étude menée par une commission d’experts sur ses conséquences économiques et écologiques, à la demande du Président M. Gorbatchev.

Selon les instituts hydrologiques d’Asie centrale qui ont toujours défendu ce projet pharaonique, il existerait une corrélation étroite entre les bassins caspien et aralien. Des sources souterraines coulant vers la mer d’Aral sont déviées vers la Caspienne. Ce projet prévoyait, entre autres, la construction de canaux pour détourner cette eau vers la mer d’Aral ce qui aurait permis de la réalimenter tout en stabilisant le niveau de la Caspienne, qui monte régulièrement de 10 à 13 cm par an depuis 1978.

Une économie sinistrée

Elle avait un rôle marginal à l’échelle de l’URSS, néanmoins en 1964, elle fournissait 10 % du caviar soviétique. La mer comptait alors une vingtaine d’espèces de poissons et la pêche industrielle et ses activités dérivées (conserveries) faisaient vivre une part importante de la population. Ces activités ont pratiquement cessé en 1982, car la salinité des eaux a conduit à l’extinction de la plupart des espèces. De plusieurs centaines de milliers de tonnes dans les années cinquante, les prises dans la partie sud de la mer avoisinent ces dernières années 4 000 tonnes. La communauté des pêcheurs qui comptait environ 60 000 personnes s’est dispersée et les villages ont été abandonnés. Mouniak, au Karakalpakstan, jadis port de pêche de 40 000 habitants se retrouve aujourd’hui au milieu des terres et a perdu les trois quarts de sa population.

  •  L’agriculture

La diminution de la mer d’Aral a eu une incidence sur le climat, devenu plus continental. La période de végétation ne dure plus en moyenne que 170 jours par an. La salinité des sols et la poussière ont contribué à réduire la faune sauvage, mais également l’élevage car les aires de pâturages ont diminué de 80 % et la production de fourrage de moitié. Le déficit en eau et la salinisation des sols, résultat d’un drainage insuffisant et de techniques d’irrigation par inondation qui provoquent l’évaporation de l’eau en surplus et la précipitation du sel en surface (technique des marais salants) ont conduit à une très forte diminution des surfaces ensemencées et des rendements. Ainsi au Karakalpakstan, celui du maïs fourrager est quatre fois moins important qu’il y a vingt ans et près de huit fois moins dans la région de Mouniak. Aujourd’hui, les kolkhozes sont à l’abandon , 80 % de la population active est au chômage et vit des maigres subsides du gouvernement.

De lourdes conséquences sur la santé

Un système de santé dépourvu de moyens

Un système de santé dépourvu de moyens.

© IRIN

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Selon un rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’emploi excessif de pesticides et d’engrais a pollué les eaux de surface et souterraines. Le lit de la mer d’Aral, est désormais en grande partie à découvert, vaste étendue de sable où les tempêtes font rage plus de 90 jours par an, emportant de 15 à 75 millions de tonnes de sable chargé de pesticides sur 250 km à la ronde. Cinq millions de personnes sont touchés par cette pollution, et tout particulièrement la république autonome du Karakalpakstan, en Ouzbékistan. L’eau potable y contient quatre fois plus de sel que la limite recommandée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé). D’où la multiplication des maladies rénales, des diarrhées et autres affections graves comme le cancer de l’œsophage. La tuberculose y a atteint des proportions endémiques. Dans certaines villes on dénombre 400 cas pour 100 000 habitants. 90 % des femmes souffrent d’anémie et la mortalité infantile y est quatre fois supérieure à la moyenne des pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants) et sept fois supérieure à celle des Etats-Unis.
La situation est d’autant plus dramatique que cette pollution touche une population déjà très éprouvée par les effets économiques de la disparition de la mer d’Aral et par le délabrement des services de santé après 1991. Ainsi, les traitements prescrits aux malades de la tuberculose ont été interrompus, faute de médicaments, comme le rapporte Médecins sans frontières, dans un article du 19 mars 2003, The Aral Sea disappears while tuberculosis climbs.

Empêcher la disparition de la mer d’Aral ?

L'entrée de l'ancien port de Mouniak sur la mer d'Aral

L'entrée de l'ancien port de Mouniak sur la mer d'Aral.

© I. Kamenka

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L'Ouzbékistan et le Kazakhstan militent pour ranimer le projet consistant à transférer l’eau de la mer Caspienne dans la mer d'Aral par un canal, bien que le coût de sa construction soit jugé prohibitif par les spécialistes et que sa réalisation compliquerait encore la donne géopolitique de la mer Caspienne. En réalité aujourd’hui, tout espoir de faire revenir la mer d’Aral à son niveau de 1960 semble abandonné, car irréaliste.
La proposition adoptée et en cours de réalisation consiste à faire revivre la Petite mer. Les Kazakhstanais ont commencé par construire seuls un barrage de sable de 14 km de long sur 30 mètres de large séparant complètement les deux mers en 1996. Le niveau de la Petite mer est remonté en quelques mois ramenant verdure et faune dans la zone. L’arrivée d’eau douce a réduit la salinité et les quelques unes des 24 espèces de poissons disparues de l’Aral, comme par exemple la carpe, sont réapparues.
Pour pérenniser le projet, la Banque mondiale a accordé au gouvernement kazakh deux prêts, l’un en 2003 et l’autre en 2007, respectivement de 68 et 126 millions de dollars, pour la construction de deux barrages. Les autorités espèrent ainsi pouvoir remettre en eau le port d’Aralsk. Mais si la situation s’améliore du coté kazakh, du côté ouzbek la mer continue de se tarir.

Mis à jour le 01/09/2007

 

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