D'un côté, l'Inde, principale héritière de l'ancien Raj britannique, qui met en avant son caractère laïque, le fonctionnement démocratique ininterrompu de ses institutions et l'existence d'une importante communauté musulmane sur son sol (120 millions de personnes). De l'autre côté, le Pakistan, qui a échoué à rassembler les musulmans du sous-continent et a connu plusieurs dictatures militaires.
La question du Cachemire constitue la principale pomme de discorde entre les deux États et a jusqu'à présent structuré leurs diplomaties respectives. Aux trois quarts peuplé de musulmans, ce territoire est tout à la fois revendiqué par l'Inde et par le Pakistan. Coupé en deux par une "Ligne de contrôle" depuis 1949, le Cachemire constitue donc un enjeu territorial renvoyant à la nature de l'identité nationale des deux États. Il a conduit ceux-ci à s'affronter à trois reprises (1947-1948, 1965 et 1999) et entretient une tension larvée. Jusqu'à ces derniers mois, le Pakistan semblait lutter avec une efficacité relative contre les mouvements qui, depuis son territoire, se livrent à des incursions en Inde et y commettent des actions terroristes. Celle-ci, pour sa part, n'a jamais organisé le référendum d'autodétermination prévu voici plus d'un demi-siècle par les Nations unies au Jammu-et-Cachemire.
L'Inde et le Pakistan se sont en outre affrontés lorsque, en 1971, la partie orientale de ce pays (l'ancien Pakistan oriental, distant de quelque 2 000 km du Pakistan occidental) s'est rebellée contre l'autorité d'Islamabad et, aidée par l'armée indienne, a fait sécession en se proclamant indépendante sous le nom de Bangladesh.
La possession, avérée depuis 1998, de l'arme nucléaire par chacun des deux rivaux est susceptible, en cas de nouvelle tension, d'aboutir à une crise majeure. D'autant que, de part et d'autre, les radicalismes nationaux-religieux s'affirment, clivage aggravé par la montée en puissance d'un terrorisme islamiste qui se joue des frontières, surtout depuis qu'il a été chassé fin 2001 de l'Afghanistan voisin.
En 2002, les deux États paraissaient être sur le point de connaître un nouvel affrontement majeur. L'intervention de la communauté internationale, les États-Unis au premier chef, a permis de surmonter cette crise. Le 25 novembre 2003, sur une proposition du Pakistan, les deux États ont proclamé un cessez-le-feu de part et d'autre de la Ligne de contrôle. En janvier 2004, Delhi et Islamabad ont entamé un "dialogue global" incluant le problème du Cachemire. Peut-être le premier pas sur le long chemin de la résolution pacifique des différends opposant les deux États.