Les conséquences du terrorisme international
Principal acteur du terrorisme islamiste international depuis l'attentat du 11 septembre 2001, Al-Qaida a durant plusieurs années été soutenue par l'Afghanistan des talibans, un régime mis en place avec l'aide du Pakistan qui avait ainsi contré la traditionnelle influence de l'Inde. Le renversement du régime du mollah Omar par les États-Unis fin 2001 a donc conduit à redistribuer les cartes.
"Évoquant alors la position de l'Inde, Christophe Jaffrelot a relevé que ce pays avait d'abord cherché à tirer parti de la crise ouverte par les attentats du 11 septembre, en mettant en avant la conjonction d'intérêts, entre Delhi et Washington, face au terrorisme contre lequel les autorités indiennes se trouvaient, pour leur part, confrontées au Cachemire. L'Inde qui avait ainsi proposé ses services aux États-Unis, a alors connu une véritable déconvenue lorsque ces derniers ont privilégié l'alliance pakistanaise. Toutefois, cette déception ne devrait pas remettre en cause durablement le rapprochement engagé entre les deux pays depuis deux ans en raison de l'influence de la diaspora indienne aux États-Unis, mais aussi de la conviction américaine que l'Inde représente le véritable pôle de stabilité de la région. En effet, à moyen terme, l'Inde peut apparaître comme l'une des victimes du terrorisme alors que le Pakistan pourrait figurer comme un foyer des réseaux islamistes […]. L'Inde offre une grande stabilité politique, même si l'on observe récemment des tensions accrues entre les communautés religieuses […]. Ch. Jaffrelot a conclu que l'Inde et le Pakistan pourraient se trouver dans une situation difficile, à l'issue de la crise en Afghanistan, si les réseaux islamistes se repliaient au Cachemire. Dans cette hypothèse, s'est interrogé Ch. Jaffrelot, les deux États auront-ils conscience de leur intérêt commun ? La réponse, a-t-il estimé, dépendra, pour une large part, de la volonté du Pakistan de conduire résolument une politique de répression contre ces mouvements radicaux."
Source : Situation au Pakistan, audition de Christophe Jaffrelot, directeur du Centre d'études et de recherches internationales, Sénat, mercredi 28 novembre 2001.
Le terrorisme au Cachemire
"A la suite de l'attentat contre le Parlement indien à New Delhi [décembre 2001], l'Inde a pris un ensemble de mesures de rétorsion contre le Pakistan, jugé responsable des infiltrations de militants cachemiris à partir de la zone contrôlée par Islamabad. Elle a rappelé une grande partie de ses diplomates présents à Islamabad, rompu les liaisons aériennes, ferroviaires et routières et a surtout mobilisé près de 700 000 hommes sur la frontière avec le Pakistan. Par ailleurs, l'Inde exige que le Pakistan aille au-delà des seuls discours et prenne des mesures concrètes contre les groupes terroristes, notamment en faisant cesser les infiltrations et en acceptant d'extrader 20 personnes soupçonnées d'activités terroristes. Le Pakistan a, de son côté, répliqué par des mesures analogues : rappel des diplomates, rupture des communications, mobilisation de l'armée pakistanaise. Un nouvel attentat au Cachemire indien au mois de mai 2002 a aggravé la tension et conduit à une menace réelle de guerre entre les deux pays, qui s'est traduit sur le terrain par la multiplication des incidents frontaliers, des accrochages et des duels d'artillerie. Le Pakistan a également mené, dans ce contexte pourtant déjà extrêmement tendu, des essais balistiques pour montrer sa détermination."
Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.