Cybercafé, Ouagadougou, Burkina Faso, 2004

Cybercafé, Ouagadougou, Burkina Faso, 2004.

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La fracture numérique est la traduction de l'expression américaine "Digital Divide" qui a surgi à la fin des années 1990, aux États-Unis, sous la plume des rapporteurs de l'Administration nationale des télécommunications et de l'information, dépendant du département américain du Commerce, de l'Economie et des Statistiques. Elle désigne le fossé entre ceux qui utilisent les potentialités des technologies de l'information et de la communication (TIC) pour leurs besoins personnels ou professionnels et ceux qui ne sont pas en état de les exploiter faute de pouvoir accéder aux équipements ou faute de compétences. Le fossé numérique ne se traduit pas seulement par la séparation entre le Sud et le Nord. L'appartenance ou non au "réseau des réseaux" produit d'autres types d'inégalités qui sont aussi sources d'insécurité. Ce sont les césures entre les Etats connectés ou non au sein des mêmes ensembles régionaux, entre régions riches et peuplées et régions pauvres et isolées, entre groupes sociaux et/ou ethniques, entre hommes et femmes, entre les personnes dotées du capital économique et culturel nécessaire et celles qui ne le sont pas, entre les cultures présentes sur la toile et les autres.

Le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI)

Reconnaissant la nécessité de l'organisation d'un débat au niveau mondial, l'Union internationale des télécommunications a décidé lors de sa Conférence de Minneapolis en 1998 de créer un Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI). La première phase a eu lieu à Genève, du 10 au 12 décembre 2003 et a défini un programme visant à réduire la fracture numérique, partant du principe que l’accès de tous à l’internet est indispensable. Les représentants de 175 pays ont adopté dans ce sens la Déclaration de principes de Genève et le Plan d'action de Genève, "sous la forme de mesures concrètes, le but étant d'atteindre progressivement les objectifs de développement arrêtés à l'échelle internationale, notamment dans la Déclaration du Millénaire [de l’ONU], dans le Consensus de Monterrey et dans la Déclaration et le Plan de mise en œuvre de Johannesburg, en favorisant l'utilisation des produits, réseaux, services et applications qui reposent sur les TIC et d'aider les pays à surmonter le problème de la fracture numérique". La seconde phase s'est tenue à Tunis du 16 au 18 novembre 2005. Elle a réuni les délégués de 175 pays, les dirigeants de grandes entreprises multinationales et des représentants de la société civile, qui ont tenté d'apporter des solutions à la mise en oeuvre de ce plan d’action. L’Engagement de Tunis ainsi que l'Agenda de Tunis pour la société de l'information, ont été adoptés lors du sommet, où a été décidée la création du "Fonds pour la solidarité numérique (FSN)", mécanisme financier à caractère facultatif ouvert à toutes les parties intéressées, devant permettre aux pays en développement de s'équiper à moindre coût.
 C'est le Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC) qui assure le suivi du Sommet conformément à l’Engagement de Tunis, aidé par la Commission de la science et de la technologie au service du développement (CSTD).

La fracture numérique au niveau des grandes régions du monde

Graphique : la fracture numérique au niveau des grandes régions du monde.

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D'après Base de données statistiques des TIC, Union internationale des télécommunications, 2006

La fracture numérique revêt différentes formes et concerne à la fois l’accès, l’usage, le contenu et la prise de décision. Depuis quelques années, de nouvelles disparités sont apparues, liées à la capacité d’accès à des connexions haut débit et illimitées.

Inégalités dans l'accès à l'internet à haut débit

La disponibilité du haut débit est un indicateur important du développement dans le domaine des TIC. Dans son  rapport 2006 sur la société de l’information dans le monde [PDF, 1,45 Mo], l’Union internationale des télécommunications (UIT) montrait que l’Afrique et certains pays d’Asie et d’Amérique latine restaient à la traîne en termes de connexion et que le fossé numérique pourrait encore se creuser à l’avenir.

"L’accès à internet comporte ce paradoxe, à l’échelle mondiale, d’être d’autant plus cher qu’il est lent. A l’inverse, l’Europe et l’Amérique du Nord mènent le classement de "l’index d’opportunité digitale" mis au point par l’UIT et qui prend en compte différents paramètres comme la compétitivité du marché des télécommunications, les tarifs de l’accès à internet, ou ceux du marché mobile. Le Danemark et l’Islande arrivent en tête du classement en Europe, la Corée du Sud et le Japon sont les mieux lotis en Asie, tandis que le Chili et le Maroc parviennent à tirer leur épingle du jeu en Amérique latine et en Afrique. Le prix moyen, pour un accès haut débit à internet dans le monde, est de 27,59 dollars mensuels. La France se situe dans la moyenne. Mais ce prix global comporte de fortes disparités. Il peut varier et se situer entre 20 et 70 dollars par mois selon les pays (en moyenne 22,67 dollars par mois en Chine, 31,19 dollars au Japon, 41,26 dollars au Canada, 50,89 dollars au Royaume-Uni, ou encore 73,17 dollars à Singapour)."

En ce qui concerne les Etats-Unis, selon les Perspectives des communications 2007 de l'OCDE, le prix varie, en 2006, selon la vitesse de la bande passante, de 17 dollars par mois pour 1 megabit/s à près de 200 dollars pour 30 gigabits/s, soit une moyenne d'environ 50 dollars.

Le rapport 2007 de l'IUT confirme la fracture numérique entre les différentes régions du monde en termes d’accès à haut débit comme le montre le schéma ci-dessous donnant le coût moyen mensuel d'accès à haut débit par groupes de revenus dans le monde pour 2006 :

Graphique : Coût du haut-débit par groupes de revenus

Source : World Information Society Report 2007 [PDF, 16 Mo], Union internationale des télécommunications

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En ce qui concerne l’Afrique, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 20 septembre 2007 à New York, au siège de l'ONU, des dirigeants de l'IUT et des chefs d’entreprise ont plaidé pour une meilleure connectivité aux TIC qui permettrait à l’Afrique de libérer son potentiel économique :

"Les statistiques de l’UIT indiquent que l’absence d’accès à l’internet constitue un frein à la croissance. Moins de 4% des Africains ont accès à l’internet, la pénétration du large bande est inférieure à 1% et 70% de l'ensemble du trafic internet en Afrique est réacheminé à l’extérieur du continent, d’où un surcoût pour les usagers. D’après la Banque mondiale, les coûts de connexion en Afrique sont les plus élevés au monde, compris entre 250 et 300 dollars US par mois." Selon les termes du Secrétaire général de l'UIT, le Dr Touré, l’Afrique a besoin d’une infrastructure TIC compétitive. La mise en place des fibres optiques dans certains réseaux, simplement là où l’infrastructure n’existe pas, permettrait d'éviter des coûts d’acheminement internet excessifs et de réduire le coût global de deux tiers. La Chine et l’Inde ont augmenté leurs investissements publics et privés dans les TIC en Afrique et d’autres pays pourraient suivre leur exemple. Le Secrétaire général estime qu’un "Plan Marshall" pour la connectivité TIC est nécessaire pour fournir un accès universel d’ici à 2012.

Une Initiative allant dans ce sens a été mise en place par l’UIT intitulée "Connecter le monde". Cette plateforme est destinée à encourager la collaboration et la coordination entre multiparties prenantes, ainsi qu'à présenter des projets de développement des TIC qui permettront d'atteindre les objectifs de connectivité du Sommet mondial sur la société de l'information, c'est-à-dire "connecter les non connectés à l’horizon 2015".

Première étape de cette Initiative, un sommet "Connecter l’Afrique" s’est tenu à Kigali au Rwanda fin octobre 2007. A l’issue de ce sommet, les quelque 500 participants ont décidé d'avancer les objectifs de connectivité TIC à 2012, afin de permettre d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement en 2015 et l'engagement a été pris de connecter les capitales africaines et les villes les plus importantes avec une infrastructure de bande passante large (broadband) et de renforcer la connectivité avec le reste du monde à l'horizon 2012. D'ici 2015, le haut débit et les services de TIC devraient être étendus à tous les villages africains.

La fracture numérique au sein de l'Union européenne

Selon Fabien Granjon, dans Regards sur l'actualité n° 327, au niveau de l'Union européenne, la fracture numérique est présentée comme une nouvelle inégalité recouvrant l'écart grandissant entre les "connectés" et les "exclus" de la société de l'information.

"Aujourd'hui, 37% des Européens déclarent n'avoir aucune connaissance en informatique (Demunter, 2006). Toutefois, près de la moitié des ménages européens dispose d'un accès à l'internet et 23% possèdent une connexion haut-débit (Ottens, 2006). Malgré des taux d'équipements en nette progression, l'amélioration des taux de connexion et d'utilisation dans toutes les catégories sociales, l'on constate néanmoins un écart relatif entre groupes sociaux qui n'a pas franchement évolué depuis le début des années 2000 (en fait, il reste stable). Les écarts liés à l'âge (seulement 10% des personnes au-delà de 65 ans utilisent internet contre 68% des 16-24 ans), au niveau de certification scolaire (seulement 24% des personnes ayant un bas niveau d'éducation utilisent internet, contre 73% des personnes ayant un niveau d'éducation supérieur) ou encore à la profession (seulement 32% des sans-emplois utilisent internet contre 54% des personnes employées) restent donc importants (Demunter, 2005). [...]

Afin de combattre l'exclusion numérique et favoriser l'e-Inclusion, la Commission européenne s'est efforcée de mettre en œuvre des programmes baptisés e-Europe 2002, puis e-Europe 2005, qui ont été orientés vers le soutien à l'accessibilité des technologies de l'information et de la communication (TIC) (l'e-accessibilité) à destination des publics socialement défavorisés : personnes handicapées, personnes âgées, demandeurs d'emplois, migrants, individus illettrés, etc. Le premier plan d'action e-Europe a surtout été axé sur l'extension de la connectivité en Europe. Approuvé par le Conseil européen de Séville en juin 2002, le programme e-Europe 2005 vise quant à lui à "traduire cette connectivité par un accroissement de la productivité économique et une amélioration de la qualité et de l'accessibilité des services au profit de l'ensemble des citoyens européens, en s'appuyant sur une infrastructure large bande sécurisée et disponible au plus grand nombre".

Source : Fabien Granjon, "La réduction de la fracture numérique", Regards sur l’actualité n°327, janvier 2007, La Documentation française

Si certains pays européens occupent les premières places mondiales en matière d’accès au haut débit, l’écart a grandi entre les premiers et les derniers à l’intérieur de la zone. C’est ce qu’indique un rapport présenté en octobre 2007 par la Commission européenne, qui mentionne le manque de concurrence et les lacunes réglementaires comme les principaux obstacles au développement du haut débit.

Selon les chiffres publiés par la Commission, "l’écart entre le pays où la pénétration du haut débit est la plus élevée (le Danemark, avec 37,2%) et celui où elle est la plus faible (la Bulgarie, avec 5,7%) s’est légèrement accru et dépasse désormais 30 points de pourcentage. Les principales causes en sont, soit l’absence de véritables infrastructures alternatives, soit une mise en œuvre trop lente et trop peu cohérente des remèdes existants. L’investissement doit être davantage encouragé afin de parvenir à une croissance plus équilibrée dans l’UE. Par conséquent, l’établissement d’une concurrence effective sur les marchés du haut débit, avec pour objectif le "haut débit pour tous", est une priorité de la réforme de la règlementation européenne en matière de télécommunications".

Source : Rapport de l’Union européenne sur le haut débit, "Broadband access in the EU : situation at 1 July 2007" [PDF, 648 Ko]

Mis à jour le 03/11/2011

 

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