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Questions à Jean-François Letourneur

Municipales et cantonales 2008 : le point sur les difficultés de la gestion locale


© Photo : Philippe Guignard © La Documentation française.

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J-F Letourneur.

Jean-François Letourneur est Directeur général adjoint de la Communauté d’agglomération de Mantes en Yvelines (83 000 habitants).

Entretien réalisé en février 2008.

Alors qu’ils apparaissent comme les élus locaux les mieux connus et les plus appréciés des citoyens, de nombreux maires ne se représentent pas aux élections municipales, notamment dans les petites communes. Leur tâche est-elle devenue à ce point difficile ?

La fonction de maire a été profondément modifiée par le mouvement de décentralisation : le maire n’est plus enfermé dans un rôle de représentation. Il est devenu tout à la fois gestionnaire, bâtisseur, développeur, négociateur, agent d’écoute voire travailleur social. Ses prérogatives se sont considérablement élargies ; l’exigence en disponibilité est lourde. Il faut aussi relever que la responsabilité juridique du maire peut se trouver engagée sur des sujets qu’il ne maîtrise pas nécessairement. Enfin, à tout ceci s’ajoute le fait que le maire, élu de proximité, est très régulièrement saisi, par sa population, de demandes qui échappent à son champ de compétence. On mesure ainsi le poids qui pèse sur ses épaules. Alors, même si au dire des élus locaux, le mandat de maire est toujours perçu comme passionnant, on peut comprendre la crise des vocations.

La situation est-elle réellement très différente dans les petites et les grandes collectivités ?

Elle est clairement différente. Dans les petites communes, peu dotées en moyens techniques et humains, le maire est en permanence en première ligne et trouve peu de soutien. Les services déconcentrés de l’État, sur lesquels s’appuyaient souvent les élus locaux, sont moins présents désormais ; cela ne fait que renforcer l’isolement du maire. C’est dans ce contexte qu’il faut lire les progrès de l’intercommunalité ; les groupements de communes permettent l’échange d’expérience entre élus locaux et constituent des centres de ressources sur le plan technique.

L’enchevêtrement des compétences entre les collectivités territoriales, l’État, voire d’autres acteurs publics encore, est fréquemment dénoncé. Comment cela se traduit-il en pratique pour la gestion locale ?

L’enchevêtrement est une réalité. Le mouvement de décentralisation a répondu à une aspiration profonde de nos concitoyens qui voulaient des centres de décisions plus proches d’eux ; mais en devenant plus accessible, le système de décision s’est aussi beaucoup complexifié. Dans ce contexte, l’élu local doit faire face à deux difficultés :

  • la gestion des projets relève du parcours du combattant (obtention des autorisations et des financements auprès de multiples autorités, avec des délais de plusieurs mois, voire plusieurs années) ;
  • l’explication, auprès de la population, qui souvent, ignore à quel point les choses sont compliquées.

Dans ce contexte, comment a évolué la relation entre les élus locaux et les administrations des collectivités territoriales ?

Dans un environnement marqué par la complexité des sujets et les risques encourus, les relations entre élus et fonctionnaires territoriaux sont dominées par l’exigence et la confiance. L’exigence dont font preuve les élus qui recherchent la compétence, voire l’expertise et la loyauté ; la confiance qui doit exister entre un élu et ses agents territoriaux car l’élu ne peut être partout et doit déléguer. L’évolution de la carte des métiers au sein de la fonction publique territoriale et les mobilités qui suivent les cycles électoraux en sont deux conséquences.

Alors qu’une partie des conseils généraux est renouvelée lors des élections cantonales de mars 2008, le rapport Attali vient de proposer la disparition du département. Quel peut être l’avenir de cette collectivité territoriale ?

On voit bien que le niveau départemental est mis en tension par les progrès de l’intercommunalité d’une part et l’affirmation progressive, et inéluctable dans le cadre européen, de la région, d’autre part. Va-t-on pour autant vers sa suppression à court terme ? On peut en douter si l’on observe qu’on y renonce chaque fois qu’on l’évoque. Parmi les raisons qui l’expliquent, au-delà de tout conservatisme, il faut souligner que le département reste un territoire où s’exercent les solidarités et que cette dimension est essentielle ; l’agglomération de Mantes en Yvelines, par exemple, secteur en difficultés dans un département très riche, ne peut se passer de cette solidarité territoriale. La politique sociale dans notre pays repose aussi, pour une part déterminante, sur les départements. Enfin, parler « du département » comme d’une catégorie que l’on peut traiter globalement est probablement une erreur. L’Île-de-France appelle certaines solutions, qui seraient totalement inadaptées aux zones rurales de notre pays. Alors si l’objectif poursuivi est de simplifier le système local, mieux vaudrait reprendre les interrogations du rapport Lambert sur les clauses de compétences générales des collectivités afin de préciser « qui fait quoi ».

Mis à jour le 28/02/2008

 

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