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La défense antimissile

> le programme de défense antimissile américain
> l'argumentaire des Etats-Unis
> la position de la Russie
> la position de la Chine
> la position de la France

 

Le programme de défense antimissile américain

Le programme de défense antimissile (MD) des Etats-Unis vise à protéger l'ensemble du territoire américain contre un petit nombre de missiles balistiques, qu'il sagisse d'une attaque lancée par un Etat "préoccupant" ou d'un tir déclenché par erreur ou par accident par une puissance nucléaire reconnue. L'essentiel des initiatives américaines en matière de défense antimissile portent sur un système basé au sol. Un projet de système naval antimissile de zone appellé Navy Area Defense System (NADS), qui devait entrer en service après 2003, est abandonné en décembre 2001, le Pentagone l'estimant techniquement peu efficace et trop cher. Les projets actuels prévoient le déploiement d'un système capable de protéger les Etats-Unis contre cinq ogives d'ici 2005 et contre quinze têtes d'ici 2015
Le système américain de MD est conçu comme un système de défense antimissile non nucléaire basé au sol utilisant des intercepteurs de type "hit-to-kill" placés en silo, des systèmes d'alerte avancée placés au sol ou en orbite et un système de gestion de la bataille.
Pour l'administration américaine, le déploiement d'un système antimissiles doit par ailleurs répondre à plusieurs critères :
- évolutivité : capacité à prendre en compte l'évolution de la prolifération balistique. De fait, l'architecture du système ne sera jamais totalement figée et sera amenée à évoluer au fur et à mesure du développement des recherches. Ainsi, des prototypes pourraient venir s'ajouter à l'architecture globale en fonction des besoins.
- multicouches : pour obtenir la meilleure efficacité possible, le système recherché comprendra plusieurs niveaux d'interception afin de tenter de détruire le missile adverse durant toutes les phases de son vol ;
- multisenseurs : la multiplicité des senseurs est nécessaire afin d'améliorer l'efficacité globale du système. Le système disposerait de senseurs sur terre, aéroportés et dans l'espace afin d'assurer la détection et la discrimination des missiles assaillants.
Ce programme est controversé car il contrevient aux dispositions du traité ABM de 1972 qui impose aux deux parties une stricte limitation de leurs systèmes de défense antimissile et notamment le déploiement d'un système de défense antimissile national. La Russie se refuse à renégocier le Traité car elle craint que ce soit un facteur de relance de la course aux armements et de blocage des discussions multilatérales sur le désarmement et la non-prolifération. Mais le 13 décembre 2001, George Bush annonce officiellement le retrait des Etats-Unis du Traité ABM, qui devient caduc le 13 juin 2002, une clause du Traité ayant prévu un préavis de dénonciation de six mois. Les Etats-Unis sont désormais libres d'effectuer des essais en vue de déployer un bouclier antimissile sur le territoire américain après 2004-2005.

Suite à la demande officielle américaine d'installer dix intercepteurs de missiles en Pologne et un système de radars en République tchèque, et après l'acceptation de la République tchèque le 24 janvier 2007, un vif débat s'instaure sur le plan international. La Russie proteste considérant ces installations comme une menace à sa sécurité nationale. L'Allemagne propose pour sa part d'intégrer le programme antimissile dans le cadre de l'OTAN. Le 24 avril, c'est la Pologne qui donne son accord de principe en échange de nouvelles garanties de sécurité.

Le 8 juillet 2008, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, et son homologue tchèque, Karel Schwarz, signent officiellement l'accord sur l'installation d'un radar sur le sol tchèque en liaison avec le déploiement, en cours de négociations, de dix missiles intercepteurs en Pologne. Pour être valide, l'accord doit encore être ratifié par les deux chambres du parlement tchèque.

 

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L'argumentaire des Etats-Unis

Le président Bush, dans son discours du 1er mai 2001 à l'Université de défense nationale - à Washington, affirmait :

"Il nous faut un nouveau cadre qui nous permette d'édifier des défenses antimissiles visant à contrer les diverses menaces du monde actuel. Pour ce faire, il nous faut dépasser les contraintes du traité ABM qui date maintenant de 30 ans. Ce traité ne reconnait pas la situation présente ni ne nous indique de direction pour l'avenir. Il consacre le passé. Un traité qui nous empêche de faire face aux menaces actuelles, qui nous interdit d'explorer des technologies prometteuses pour nous défendre nous-mêmes, ainsi que nos amis et nos alliés, ne sert pas nos intérêts ni ceux de la paix mondiale"

Source: Maison-Blanche - Traduction Ministère des affaires étrangères, DAI (Documents d'actualité internationale) n°13 1er juillet 2001

Le lieutenant général Kadish, directeur de la Ballistic Missile Defense Organization (BMDO), dans un discours prononcé le 2 mars 2001 à la Chambre de commerce de la région métropolitaine de Fairbanks en Alaska avait déclaré :

"La menace que représentent aujourd'hui les missiles pour notre nation est bien différente que celle à laquelle nous nous heurtions il y a vingt ou trente ans. La Russie a encore la capacité de lancer une attaque massive contre les États-Unis, mais les risques que cela se produise ont beaucoup diminué. La Chine dispose aussi d'un inventaire limité, mais cependant croissant, de missiles balistiques intercontinentaux. Ce qui est surtout inquiétant, c'est la prolifération mondiale de missiles balistiques de diverses portées et de programmes visant le développement d'armes de destruction massive.
Lorsque le traité sur les missiles antibalistiques (ABM) a été signé en 1972, seulement neuf pays possédaient des missiles balistiques. À l'heure actuelle, près de trente ans plus tard, plus de trente pays ont une telle capacité. Malheureusement, plusieurs d'entre eux peuvent constituer une menace pour les États-Unis et leurs alliés, ainsi que pour leurs soldats affectés à l'étranger."

Pour John R. Bolton, sous-secrétaire d'Etat pour le contrôle des armements et la sécurité internationale, d'après une interview exclusive au Washington File, le 14 août 2001, la défense anti-missile est un moyen de lutter contre la prolifération.

Source : Bureau des programmes d'information internationale du Département d'Etat américain

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La position de la Russie

En marge du sommet entre G.W. Bush et V. Poutine à la mi-novembre 2001, dans une interview donnée à la National Public Radio, station de radio américaine de New York, le 14 novembre 2001, V. Poutine défendait la nécessité de la présevation des traités signés et en vigueur, dont le traité ABM, optant plutôt pour le renforcement des accords existants visant à la non-prolifération et à la réduction des armes nucléaires.

"Our position, Russia's position, comes down the fact that the best, the most optimal way, is to preserve the agreements that have been signed and put into effect before, and to develop the international agreements and accords in the security area - also to put an end to the nuclear proliferation and to the proliferation of missile technologies, and to engage in arms cuts. We believe that the 1972 Treaty that we have now is flexible enough for us to use it for different kinds of efforts towards a greater level of security, both for the United States and Russia"

Source : Ministère des affaires étrangères russe

 

La position de la Chine

Pas de remise en cause non plus du traité ABM et opposition au développement des defenses antimissiles qui sont un frein à la lutte contre la prolifération :

"The development of missile defense systems in violation of Anti-Ballistic Missile Treaty (ABM Treaty) runs counter to the trend of times of peace and development. It will be detrimental to the international arms control and disarmament efforts and will bring widespread and profound negative impact on the global and regional strategic balance in the 21st century.
The development, deployment and transfer of missile defense systems with strategic defensive potential can neither enhance security nor stop missile proliferation. On the contrary, it will only undermine security and stimulate missile proliferation. The ABM Treaty has played a pivotal role in maintaining global strategic balance and stability as well as keeping the momentum of nuclear disarmament process. It should be strictly observed instead of being weakened or violated.
The joint development and deployment of TMD systems by certain countries in the Asian-Pacific region represents a significant step towards the expansion of their military bloc. It is beyond their legitimate defense needs and will seriously jeopardize regional peace and stability.
The provision of any weapon systems, including TMD systems, to Taiwan Province of China by any country constitutes a grave encroachment upon China's sovereignty and territorial integrity, and represents serious interference in China's internal affairs. It will definitely meet with strong opposition from the Chinese people."

Source : Ministère des affaires étrangères de la République populaire de Chine
Cette position est reprise dans un Discours de l'ambassadeur SHA ZUKANG du 14 mars 2001 -

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La position de la France

Le président Chirac dans un discours devant les ambassadeurs au Palais de l'Elysée le 29 août 1999, affirmait son attachement au traité ABM :
"La France attache la plus grande importance au maintien de la stabilité stratégique, dont le Traité ABM constitue un élément essentiel. Elle a le souci d'éviter toute remise en cause du Traité qui serait de nature à conduire à une rupture des équilibres stratégiques et à une relance de la course aux armements. Il faut soigneusement éviter toute mise en cause du Traité ABM, mise en cause qui pourrait conduire à une rupture des équilibres stratégiques et à une relance de la course aux armements nucléaires, aggravée par la prolifération balistique"

Avec une évolution dans son discours prononcé à l'occasion de la clôture de la 53ème session de l'IHEDN à Paris, le 8 juin 2001 -

"... La France constate que le traité ABM a scellé l'équilibre stratégique des trente dernières années. Les Etats-Unis souhaitent aujourd'hui définir un nouveau cadre pour cet équilibre. Il appartient avant tout à la Russie de se prononcer sur cette proposition. La France n'ignore pas pour sa part que le monde a changé et que les conditions mêmes de cet équilibre doivent être redéfinies. Mais elle souhaite que le traité ABM, bien qu'il soit inspiré d'un monde bipolaire qu'elle a toujours dénoncé, ne soit pas écarté au profit d'un système non contraignant. Un système qui, sous couvert de multipolarité, ouvrirait la voie à de nouvelles compétitions non maîtrisées. J'appelle à peser avec soin ce que signifierait une telle évolution. Là encore, la France est prête à contribuer au débat dans un esprit d'ouverture, mais sans renoncer à ses convictions."

Et dans l'Avis présenté au nom de la Commission de la défense nationale et des forces armées, sur le projet de loi de finances pour 2002, le 11 octobre 2001, René GALY-DEJEAN - analyse l'inéluctabilité de l'avancée de la défense antimissile américaine

"Ainsi, le 11 octobre dernier, le Président Bush a réaffirmé sans ambiguïté sa détermination à aller de l'avant sur la défense antimissile et a, à nouveau, appelé son homologue russe à en finir avec le traité ABM. Aux yeux des Etats-Unis en effet, les attentats du 11 septembre ont confirmé leurs analyses sur l'obsolescence des schémas stratégiques traditionnels et, par conséquent, des traités qui régissaient l'ordre ancien. " L'argument selon lequel le traité ABM est démodé, dépassé et reflète une période différente est plus puissant qu'il ne l'était le 10 septembre ", a déclaré le Président Bush le 10 octobre dernier.
Cette analyse a trouvé une traduction budgétaire immédiate puisque, le 25 septembre dernier, la Chambre des Représentants votait le projet de budget pour la défense en ne redéployant qu'à la marge les crédits destinés à la défense antimissile : seuls 400 millions de dollars, sur les presque 7 milliards destinés à la défense antimissile, ont été redéployés en faveur de la lutte contre le terrorisme. Quant au Sénat démocrate, plus réservé sur la défense antimissile, il a laissé au Président la possibilité d'utiliser 1,3 milliard de dollars destinés au projet de MD en faveur de la lutte antiterroriste. Ce qui ressort par conséquent, c'est que, tout au plus, les Etats-Unis étaleront-ils leurs moyens budgétaires en faveur de la MD, plus encore dans un contexte économique morose, mais ils ne mettront pas en jeu l'avenir même du programme."

Source : Assemblée nationale
Pour la France un attachement réitéré à la stabilité stratégique mais une évolution vers une défense antimissiles "de théâtre" ?
Avis présenté au nom de la Commission de la défense nationale et des forces armées, sur le projet de loi de finances pour 2002, par René GALY-DEJEAN, député, 11 octobre 2001 -

"Traditionnellement, la France a toujours fait de la dissuasion nucléaire l'ultima ratio de sa politique de sécurité. Toujours vraie s'agissant de la sécurité du territoire national, cette doctrine évolue aujourd'hui pour ce qui concerne la protection des forces envoyées sur des théâtres étrangers. Ainsi, le 8 juin dernier, le Président de la République a fait part de son souhait " que soit étudiée la possibilité de doter nos forces, dans des délais compatibles avec l'émergence des nouvelles menaces balistiques, d'une capacité de défense contre des missiles de théâtre ". Par conséquent, à la différence de la politique globale suivie par les Etats-Unis en la matière, notre priorité va à la protection de nos forces et de nos moyens en opération, qui seront les premiers amenés à évoluer sous la menace éventuelle d'armes de destruction massive."

Source : Assemblée nationale

A consulter :

Rapport d'information du Sénat sur la défense antimissile (NMD) aux Etats-Unis, par Xavier de Villepin, sénateur

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