Third World Network : une position sur Doha
Le texte final est biaisé - Par V.D.F. et C. L.
Interview de Martin Khor, directeur de Third World Network.
[Third World Networ est, un réseau malais présent sur les cinq continents et l'un des plus écoutés par les pays du Sud]
"La conférence vous satisfait-elle ?
Le texte final est biaisé, pire que les premières esquisses. Nous le condamnons sans ambiguïté. Il contribue à donner davantage de pouvoir à l'OMC alors que nous cherchions au contraire à limiter son pouvoir de nuisance. Il restreint le droit pour chaque pays à promouvoir son propre modèle de développement. Il va multiplier les tensions sociales et économiques. C'est une occasion ratée : l'OMC aurait pu jouer la carte de la régulation de la mondialisation. Or, elle prend le risque de la déréguler encore plus.
Les pays en développement ont pourtant pesé dans les négociations...
On les a écoutés pendant quatre jours. Puis le couvercle de la marmite s'est refermé. Les Etats-Unis et l'Europe ont une conception à géométrie variable de la démocratie. Sous couvert de discussions, ils utilisent l'arme économique pour persuader les pays les plus réticents de rentrer dans le rang. Ils manipulent, pressurent, sans aucune transparence. Ils multiplient les pressions en utilisant le secrétariat de l'OMC sur lequel ils ont la mainmise.
Pourtant, au nom du consensus nécessaire pour lancer un nouveau round, les pays auraient pu dire non et faire capoter un accord ?
En principe, oui. Mais c'est une illusion. Quel pays prendrait, seul, un tel risque ? On ne peut pas blâmer l'Inde, qui a tout fait pour faire bouger les choses. Mais on peut blâmer l'Europe qui a lié l'agriculture à toutes les autres discussions. Elle parlait de réguler la mondialisation, mais, via les subventions à l'exportation de son agriculture, elle montre sa vraie nature : elle déverse à prix soutenus dans le tiers-monde. Elle est, au fond, plus hypocrite que les Etats-Unis. Nous ne sommes pas contre la mondialisation, mais nous la voulons équitable, juste et équilibrée. Ce n'est pas le cas. A l'arrivée, ce nouveau round place les pays du Sud dans une situation explosive."
Source : Libération, 15 novembre 2000
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