L'engagement de l'OTAN dans les Balkans a marqué une nouvelle étape dans l'histoire de l'Alliance : cette initiative allait au-delà des tâches qui incombaient à l'organisation au temps de la guerre froide, centrées sur la défense du territoire de l'Alliance, pour mettre l'accent sur la gestion de crises se déroulant en dehors des frontières des Etats membres de l'OTAN.

En Bosnie-Herzégovine 1995-2004

Plaque de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine

L'éclatement de la Yougoslavie en quatre entités (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine et Serbie-Monténégro) au début des années 1990 donne lieu à des conflits intercommunautaires prolongés et sanglants. En 1995, à la demande de l'ONU, l'OTAN intervient en Bosnie-Herzégovine, déchirée par une guerre opposant les communautés bosniaque, serbes et croates depuis son indépendance, proclamée en avril 1992, en support de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU) déployée dés le début de la crise yougoslave en 1992.

" L'intervention de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine au cours de l'été 1995 a constitué un tournant pour l'Alliance. Initialement, l'OTAN s'est impliquée dans la guerre en Bosnie pour soutenir les Nations unies dans l'application de sanctions économiques, d'un embargo sur les ventes d'armes et d'une zone d'interdiction aérienne, tout en fournissant des plans de circonstance militaires. Ces mesures ont contribué à modérer le conflit et à épargner des vies, mais se sont révélées inadéquates pour mettre un terme à la guerre. La campagne aérienne de douze jours menée par l'OTAN a par contre ouvert la voie aux Accords de Dayton marquant la fin de la guerre en Bosnie. Aux termes de ces accords, qui sont entrés en vigueur le 20 décembre 1995, l'OTAN a pour la première fois déployé des soldats de la paix, en dirigeant une Force multinationale de mise en œuvre (IFOR), forte de 60 000 hommes.

Le déploiement de l'IFOR, incluant des soldats de pays alliés et de pays n'appartenant pas à l'OTAN, a constitué le premier engagement militaire terrestre majeur de l'Alliance au niveau opérationnel et a considérablement contribué au remodelage de son identité de l'après-guerre froide. Le processus d'adaptation et d'apprentissage s'est révélé évident dans la manière dont a évolué le maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine, d'abord assuré par l'IFOR, puis par la Force de stabilisation (SFOR) de l'OTAN"

L'évolution des opérations de l'OTAN, James Pardew et Christopher Bennett, Revue de l'OTAN, printemps 2006.

De l'IFOR (Implementation Force, Force de mise en œuvre) à la SFOR (Stabilization Force, Force de stabilisation)

Cérémonie au Camp Butmir marquant la fin de l'opération SFOR de l'OTAN et la mise en place de l'opération Eufor-Althea de l'Union européenne 2004

Cérémonie au Camp Butmir marquant la fin de l'opération SFOR de l'OTAN et la mise en place de l'opération Eufor-Althea de l'Union européenne 2004.

© OTAN

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L'IFOR a été créée le 15 décembre 1995, avec un mandat d'un an par la résolution 1031 du Conseil de sécurité de l'ONU. Sa tâche principale consistait à garantir la fin des hostilités et séparer les forces armées de la Fédération de Bosnie-Herzégovine, d'une part, et celles de la Republika Srpska, entité serbe de Bosnie, de l'autre. La situation sur le terrain s'étant améliorée, l'IFOR a commencé à apporter un appui aux organisations associées à la supervision de la mise en œuvre des aspects civils de l'Accord de paix de Dayton, et notamment le Bureau du Haut Représentant, l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et les Nations unies. Les buts de l'IFOR étaient, pour l'essentiel, atteints au moment des élections de septembre 1996 en Bosnie-Herzégovine. La situation demeurant toutefois instable et beaucoup de choses restant à faire sur le plan civil, l'OTAN a décidé de déployer, à partir du 20 décembre 1996, une nouvelle force, la Force de stabilisation (SFOR).

Avec un effectif presque réduit de moitié par rapport à l'IFOR, la SFOR avait pour principale tâche d'instaurer des conditions de sûreté et de sécurité de nature à favoriser la reconstruction civile et politique. Elle rassemblait 35 000 hommes, résultat de la contribution de 15 nations membres de l'OTAN et de 17 Etats non membres, dont la Russie, et agissait comme l'IFOR, sur décision du Conseil de l'Atlantique Nord.

En décembre 2004, constatant la poursuite de l'amélioration de la situation sécuritaire en Bosnie-Herzégovine et dans l'ensemble de la région, l'Alliance a mis un terme à la mission de la SFOR. La force de l'Union européenne, l'EUFOR, agissant dans le cadre de l'opération Althea en a pris la relève dès le 2 décembre 2004. L'OTAN maintient toutefois un quartier général militaire dans le pays pour effectuer un certain nombre de tâches, qui consistent en particulier à aider les autorités du pays à réformer leurs structures de défense.

Au Kosovo 1999

"En 1999, l'OTAN lance des frappes aériennes sur la Yougoslavie (opération "Force alliée") en dehors d'un mandat explicite de l'ONU pour mettre fin à la répression et à la purification ethnique que les dirigeants serbes avaient commencé à infliger aux populations albanophones du Kosovo. [...]

Après une campagne aérienne de 78 jours, l'OTAN a déployé au sol une force de 50 000 hommes afin de fournir un environnement sûr et sécurisé à la Mission des Nations Unies au Kosovo.

La décision d'intervention sans mandat explicite des Nations unies – à l'origine de l'un des débats les plus controversés dans l'histoire de l'Alliance – a été prise après plus d'un an de combats au Kosovo et l'échec des efforts diplomatiques pour résoudre le conflit, à l'origine d'une crise humanitaire menaçant de dégénérer en une sorte de campagne de nettoyage ethnique comparable à celles auxquelles on avait précédemment assisté en Bosnie-Herzégovine et en Croatie. "La victoire militaire n'a constitué que la première étape sur la longue voie de l'édification d'une société multiethnique durable, libérée de la menace d'un retour au conflit. De la sorte, en plus d'aider à préserver un environnement sécurisé, les forces dirigées par l'OTAN en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo ont été activement impliquées dans l'aide au retour dans leurs foyers des réfugiés et des personnes déplacées, dans la recherche et l'arrestation des personnes accusées de crimes de guerre et dans l'aide à la réforme des structures militaires intérieures pour prévenir un retour des violences – autant de tâches exigeant un engagement à long terme."

L'évolution des opérations de l'OTAN, James Pardew et Christopher Bennett, Revue de l'OTAN printemps 2006.

La KFOR (Kosovo Force)

Visite dans le cadre du projet CIMIC de l'OTAN dans un village albanais du Kosovo

Visite dans le cadre du projet CIMIC de l'OTAN dans un village albanais du Kosovo.

© OTAN

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La KFOR a été déployée à la suite de l'adoption le 10 juin 1999 de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies qui a créé la MINUK (Mission intérimaire des Nations unies au Kosovo) pour administrer cette province de Serbie et posé le principe d'une présence internationale de sécurité au Kosovo "avec une participation substantielle de l'OTAN".

La Force a été placée au départ sous la responsabilité du commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), avec des effectifs allant jusqu'à 50 000 hommes environ, mis à disposition par les pays membres de l'OTAN, des pays partenaires et des pays non membres.

Le Kosovo a proclamé son indépendance le 17 février 2008. Les autorités kosovares ont alors demandé à l'OTAN de maintenir la KFOR pour continuer d'assumer les missions contenues dans la résolution 1244.

Toujours déployée au Kosovo, la KFOR travaille en coordination avec la mission de police et de justice de l'Union européenne, EULEX-Kosovo, mise en place le 9 décembre 2008, et qui doit prendre progressivement la relève de la MINUK.

Les ministres de la défense des pays de l'OTAN ont décidé, les 11 et 12 juin 2009, d'ajuster progressivement le dispositif de forces de la KFOR pour le faire passer à une phase dite de présence dissuasive. La Force a été restructurée en février 2010. Les cinq forces opérationnelles multinationales qui étaient en place depuis juin 2006 ont été remplacées par des groupements tactiques multinationaux (MNBG) adaptés à la mission. Les effectifs sur le terrain ont été réduits à quelque 9 900 hommes. Les principaux pays contributeurs à la KFOR [PDF, 164 Ko] sont l'Allemagne et l'Italie avec respectivement 1 500 et 1 400 hommes chacun, les Etats-Unis (1480 hommes). La France y déploie 800 hommes.

En Macédoine 2001-2002

A la suite des accès de violence qui ont éclaté dans ce pays lorsque les extrémistes albanophones ont exigé des autorités gouvernementales qu'elles accordent plus de droits à leur communauté et à la demande du président de l'ex-République yougoslave de Macédoine, Boris Trajkovski, l'OTAN a mené trois opérations dans le pays.

  • L'opération Essential Harvest (Moisson indispensable), force multinationale composée de 3 500 hommes et chargée de collecter et détruire les armes des rebelles albanophones en Macédoine. Sous commandement britannique, elle était composée de quatre bataillons : anglo-néerlandais, grec, italo-turc et franco-germano-espagnol. La France était l'un des principaux contributeurs à cette opération, avec les Britanniques qui ont envoyé près de 700 hommes. Achevée le 26 septembre 2001 l'opération s'est soldée par la collecte de près de 4 000 armes et de plusieurs centaines de milliers d'autres articles, notamment des mines et des explosifs.
  • L'opération Amber Fox (Renard roux), qui avait pour mandat d'aider à protéger les observateurs de l'Union européenne et de l'OSCE chargés de superviser la mise en oeuvre du plan de paix signé le 31 août 2001. Placée sous commandement allemand, avec la participation d'autres pays, l'opération a débuté le 27 septembre 2001. Composée d'environ 1 000 hommes englobant les 300 hommes de l'OTAN déjà basés dans le pays, Elle s'est achevée le 15 décembre 2002.
  • L'opération Allied Harmony, qui a débuté le 16 décembre 2002, avait un double objectif : apporter un soutien aux observateurs internationaux et prendre en compte la coopération avec l'armée macédonienne (aide aux réformes militaires) dans le cadre du Partenariat pour la paix (coordination des actions bilatérales). Elle s'est achevée le 31 mars 2003. Le même jour, l'Union européenne a pris en main la responsabilité de la mission avec l'opération Concordia première mission militaire dirigée par l'UE. Concordia a été remplacée le 15 décembre 2003 par une mission de police appelée Proxima, elle même relayée le 15 décembre 2005 par une mission de police également, l'EUPAT. L'OTAN a gardé un quartier général dans le pays – le quartier général de l'OTAN à Skopje - pour aider les autorités à mettre sur pied la réforme du secteur de la sécurité et à poursuivre l'intégration du pays dans les structures euro-atlantiques.

Mis à jour le 01/12/2010

 

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