Au 1er janvier 2003, le nombre des réfugiés dans le monde atteint 10,6 millions, soit environ 0,17 % de la population mondiale évaluée à 6,3 milliards d'habitants.
Celui des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays est estimé à 25,8 millions, soit 0,4 % de la population de la planète. Le Haut Commissariat pour les réfugiés ne prend en charge que le cinquième de ces populations, soit environ 5 millions de personnes.
Quant aux migrants, c'est-à-dire aux personnes qui se déplacent simplement d'un lieu à un autre, qu'elles agissent de leur plein gré ou non, leur nombre s'élève à 175 millions, soit 2,8 % de la population mondiale.
En 2002, le nombre total de réfugiés a nettement décru du fait du rapatriement de près de deux millions d'Afghans réfugiés au Pakistan et en Iran. Mais le nombre de personnes prises en charge après leur retour dans leur pays est passé de ce fait de 462 000 en 2001 à 2,4 millions en 2002.

Nombre de personnes sous la protection du HCR (1er janvier 2003) pour les 5 continents

Nombre de personnes sous la protection du HCR (1er janvier 2003) pour les 5 continents : 20 656 781.  Nombre de réfugiés palestiniens sous la protection de l'UNRWA : 4 100 000

Sources : UNHCR et UNRWA

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La majorité des réfugiés et des personnes déplacées se trouvent en Asie (y compris le Moyen-Orient) et en Afrique, continents qui totalisent à eux deux 9,2 millions de réfugiés et 18,1 millions de personnes déplacées. Ce sont donc les pays pauvres qui accueillent la majeure partie de ces populations fragiles et démunies : si les pays en développement ont généré 86 % des réfugiés au cours des dix dernières années, ils ont accueilli également 72 % d'entre eux. Enfin, en 2002, 40 % des personnes recevant l'aide du HCR vivaient dans des camps.

Populations prises en charge par le HCR, par catégorie. (1er janvier 2003), pour les 5 continents. Total : 20 556 700

Source : UNHCR

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Face à la multiplicité des populations concernées, le choix a été fait dans ce dossier de traiter le cas des populations réfugiées les plus nombreuses. On pourra constater que chaque grande crise engendre des évolutions dans la perception du problème par la communauté internationale, ainsi que dans son traitement par les organismes internationaux tels que le Haut Commissariat pour les réfugiés.

Les réfugiés depuis 1945
En mai 1945 on estime que l'Europe compte plus de 40 millions de personnes déplacées ou réfugiées. Auxquelles il faut ajouter les travailleurs étrangers enrôlés de force en Allemagne, estimés à 11,3 millions. Les mois qui suivent la fin de la guerre seront marqués par l'expulsion de 13 millions d'Allemands de Pologne, de Tchécoslovaquie et d'Union soviétique, mais aussi par l'exil de plus d'un million de Russes, d'Ukrainiens, de Biélorusses, de Polonais et de Baltes qui fuient la domination communiste. Le problème des réfugiés dépasse par ailleurs le simple cadre européen : des millions de Chinois victimes de l'oppression japonaise, sont déplacés.
A partir de la fin des années 1950, la décolonisation en Afrique provoque une série de conflits qui se traduisent par d'importants déplacements de population (guerre d'Algérie, Rwanda, Mozambique...).
Les années 1970 seront marquées par les crises asiatiques (guerre civile au Pakistan et fuite des Bengalis en 1971, exode des boat-people vietnamiens après la prise de pouvoir par les communistes en 1975).
Durant les années 1980, l'intensification de la guerre froide amène les grandes puissances à s'affronter par pays interposé dans des guerres civiles, en Afghanistan, dans la corne de l'Afrique ou en Amérique centrale.
Enfin les années 1990 verront la réapparition des réfugiés sur le continent européen, avec notamment les conflits consécutifs à l'éclatement de la Fédération yougoslave.

 

Les réfugiés dans les conflits africains

Carte des principales populations déplacées

Carte des principales populations déplacées

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Au 1er janvier 2003, le continent africain compte quelque 15 millions de réfugiés, déplacés internes et autres personnes déracinées. Le HCR porte assistance à près de 4,6 millions d'entre eux, et dispose pour cela d'un budget régulier de près de 400 millions de dollars.
En 2002, plus d'un million de personnes ont fui leur foyer, tandis que quelque 600 000 réfugiés et personnes déplacées ont regagné leur lieu d'origine avec l'assistance du HCR. D'autre part, en Angola, un million et demi de personnes déplacées ont regagné leur foyer par leurs propres moyens.

Principaux pays d'origine des réfugiés (1er janvier 2003)

Principaux pays d'origine des réfugiés (1er janvier 2003)

Burundi

570 000

Soudan

490 000

Angola

421 000

République dém. du Congo

395 000

Somalie

375 000

Principaux pays d'accueil (1er janvier 2003)

Principaux pays d'accueil (1er janvier 2003)

Tanzanie

690 000

République dém. du Congo

333 000

Soudan

328 000

Zambie

247 000

Kenya

234 000

Ouganda

217 000

Depuis la fin de l'ère coloniale, l'Afrique a été le théatre de conflits parmi les plus longs et les plus meurtriers au monde.

Le Soudan a été déchiré, très vite après son indépendance en 1956, par une guerre civile opposant le Nord, à majorité musulmane et le Sud animiste et chrétien. Environ deux millions de personnes ont été tuées et 500 000 autres ont cherché refuge dans les pays voisins.

L'Angola a également été ravagé par les guerres depuis janvier 1961, date du soulèvement de Luanda qui marque le début de la lutte armée pour l'indépendance. A la faveur de la Révolution des oeillets, le pays obtient son indépendance du Portugal en novembre 1975. Mais celle-ci est suivie de 27 années de guerre civile entre le Mouvement pour la libération de l'Angola (MPLA) au pouvoir et les rebelles de l'UNITA, soutenus par l'Afrique du Sud. Au moins un million de personnes sont tuées, quatre millions déplacées et un demi-million deviennent des réfugiés. Néanmoins, à la suite de l'accord de paix signé le 4 avril 2002 les civils commencent à revenir chez eux.

Toute l'Afrique de l'Ouest a été déstabilisée lorsqu'une nouvelle guerre civile a éclaté au Libéria en 1989, après la rébellion de l'opposant Charles Taylor. Près de 70 % des habitants de ce pays, soit quelque 2,4 millions de personnes ont été déplacées et 150 000 tuées. La Côte d'Ivoire voisine, qui était l'un des pays les plus stables du continent, a elle aussi été frappée par la guerre civile fin 2002, à la suite d'un putsch avorté fomenté par les rebelles du Nord du pays. Jusqu'à 800 000 personnes ont été déplacées et 400 000 contraintes de fuir leur pays.

En 1991, suite à un coup d'état, 900 000 Somaliens quittent leur pays, fuyant la guerre civile et la famine. Au 1er janvier 2003, le HCR recense encore 375 000 réfugiés somaliens, établis pour la majorité d'entre eux en Ethiopie, au Kenya, et dans une plus faible proportion au Yemen, à Djibouti, au Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Au Burundi, l'un des pays les plus petits et les plus pauvres du monde, un conflit a éclaté en 1993 opposant les ethnies hutu (majoritaire) et tutsi (minoritaire mais dominant la vie politique). Il a fait plus de 200 000 morts. En outre, près d'un million de personnes, soit environ 14 % de la population ont été déracinées.

La République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) a été déstabilisée en 1994 par la proximité du conflit rwandais - génocide des Tutsi et Hutu modérés par les Hutu extrémistes (800 000 à un million de victimes), représailles par les Tutsi arrivés au pouvoir - et ses conséquences : afflux massif de réfugiés dans la province du Kivu (plus d'1,2 million de Rwandais hutu et tutsi), exacerbation des tensions et massacres interethniques attisés par le Rwanda et l'Ouganda, déplacement de population fuyant les combats.
La situation humanitaire s'est aggravée après la rébellion interne à la RDC en 1996-1997 et le nouveau conflit déclenché en 1998 qui a dégénéré en véritable guerre régionale, opposant l'armée congolaise et ses alliés (Angola, Zimbabwe, Namibie) aux factions rebelles rivales soutenues par le Rwanda et l'Ouganda.

Réfugiés de Bunia, Rép. dém. du Congo, 2003

Réfugiés de Bunia, Rép. dém. du Congo, 2003.

© ONU/DPI

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Trois à cinq millions de personnes auraient perdu la vie en raison de maladies, de la malnutrition et surtout de la poursuite des massacres interethniques perpétrés au gré des renversements d'alliances entre belligérants de 1998 à 2003. Deux millions de personnes ont fui pour des régions voisines et 300 000 se sont réfugiées dans les pays voisins.

Dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne, les guerres et les mouvements de population ont été attisés par la dégradation des conditions économiques et sociales. Le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue dans cette région pourrait passer de 315 à 404 millions au cours des 15 prochaines années. La famine menace quelque 40 millions de personnes en Afrique de l'Ouest, en Erythrée, en Ethiopie et au Sahel, d'après les estimations du Programme alimentaire mondial.

D'après : Refugiés (UNHCR), volume 2, numéro 131, 2003, p. 15

Les réfugiés palestiniens

Après la proclamation de l'Etat d'Israël en 1948, 750 000 Palestiniens prennent le chemin de l'exode. Celui-ci est dès lors désigné par les Palestiniens sous le nom de "Naqba", la "Catastrophe".
Lorsqu'il apparaît qu'Israël s'opposera au retour des réfugiés sur son territoire, les Nations unies décident de créer une institution pour leur porter assistance.
L'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) est institué en 1949. La Convention de 1951 sur le statut des réfugiés ne s'applique pas dans ce cas, car elle donne une définition individuelle du statut de réfugiés, alors que les Palestiniens bénéficient d'un droit collectif au rapatriement.

Sont reconnues comme réfugiés palestiniens les personnes dont le lieu de résidence habituel était la Palestine deux ans au moins avant le conflit de 1948, à la suite duquel elles ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance et ont gagné, en 1948, les territoires dans lesquels opère l'UNRWA un an plus tard. Leurs descendants peuvent se prévaloir des services de l'UNRWA.

L'UNRWA est chargé de fournir une aide de première nécessité et d'assurer le fonctionnement des services sociaux, de la santé et de l'éducation. Son mandat ne comprend pas les missions fondamentales du HCR, à savoir la recherche de solutions durables et la protection internationale des réfugiés.

Centre de santé dans un camp de réfugiés palestiniens en Jordanie, 2003

Centre de santé dans un camp de réfugiés palestiniens en Jordanie, 2003.

© ONU/DPI

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 La zone d'intervention de l'UNRWA couvre le Liban, la Jordanie, la Syrie, la Cisjordanie et la bande de Gaza ; en dehors de ces territoires, les Palestiniens dépendent du Haut Commissariat pour les réfugiés.
L'UNRWA estime aujourd'hui à 4,1 millions le nombre de Palestiniens immatriculés par l'agence. A l'intérieur même des territoires palestiniens, il existe de nombreux camps de réfugiés (27 au total) dans lesquels s'entassent les descendants de ceux qui ont fui en 1948. Il faut y ajouter les centaines de personnes déplacées depuis les années cinquante en Israël et au Liban. Depuis le rapatriement de deux millions de réfugiés afghans en 2002, il s'agit de la plus importante population de réfugiés au monde.

Réfugiés palestiniens sous la protection de l'UNRWA
(au 30 juin 2003)

Réfugiés palestiniens sous la protection de l'UNRWA
(au 30 juin 2003)

Réfugiés palestiniens sous la protection de l'UNRWA

Pays

Nombre de réfugiés enregistrés

Nombre de réfugiés hébergés dans des camps

Nombre de camps

Jordanie

1 718 767

304 430

10

Liban

391 679

225 125

12

Syrie

409 662

119 766

10

Cisjordanie

654 971

176 154

19

Bande de Gaza

907 221

478 854

8

Total

 4 082 300

1 301 689

59

Le droit au retour des réfugiés constitue l'une des principales pierres d'achoppement des négociations entre Israël et les Palestiniens. Pour Israël, en accepter le principe serait suicidaire, étant donné que les Palestiniens sont plus nombreux que les Israëliens. Pour l'Autorité palestinienne, il est hors de question d'y renoncer. La seule concession qu'elle a accepté consiste à reporter les discussions sur ce point lors des futures négociations sur le statut permanent de l'Etat palestinien.

Pour en savoir plus :

Site de l'UNRWA : http://www.un.org/unrwa/index.html

Rapport de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe : La situation des réfugiés palestiniens, 15 mai 2003

Rapport annuel du Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, Nations unies

Les réfugiés afghans

Les deux décennies de guerre, puis de guerre civile, consécutives à l'intervention soviétique en Afghanistan en 1979, ont poussé plus de six millions d'Afghans à quitter leur pays, pour se réfugier principalement au Pakistan et en Iran. Ils constituent alors la plus importante population de réfugiés au monde.

En Iran et au Pakistan

Réfugiés dans un camp en Afghanistan, 2002

Réfugiés dans un camp en Afghanistan, 2002.

© ONU/DPI

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Le sort des réfugiés afghans est très différent selon qu'ils ont fui vers le Pakistan ou vers l'Iran. Au Pakistan, les réfugiés sont essentiellement de souche pachtoun, et ils se réfugient dans des territoires dominés par les Pachtouns. Le HCR y créera plus de 300 villages de réfugiés. En revanche, en Iran, la majorité des réfugiés afghans sont tadjiks, ouzbeks ou hazaras. Ils s'installent dans les villes et les villages du pays où ils se mèlent à la population locale.
Pour des raisons politiques, le niveau de l'aide apportée sera également très différent. Après la révolution islamique de 1979 en Iran, les relations du pays avec les Etats occidentaux sont extrêmement tendues. Dans un premier temps, le gouvernement iranien refuse même de faire appel à l'aide internationale. Lorsqu'il décide en 1980, après le déclenchement de la guerre avec l'Irak, d'avoir recours au HCR, l'aide lui est attribuée au compte-gouttes. Entre 1979 et 1997, le HCR dépense plus d'un milliard de dollars au profit des réfugiés afghans au Pakistan contre seulement 150 millions en Iran. La multiplication des ONG, qui a commencé dans les années 1970 en Asie du Sud-Est, s'amplifie au Pakistan. A la fin des années 1980, plus de cent ONG internationales participent aux opérations de secours. Pour la première fois, des ONG musulmanes collaborent avec le HCR. De surcroît, le gouvernement pakistanais accorde aux réfugiés le droit de se déplacer librement ce qui leur permet de trouver plus facilement un emploi.

L'insécurité dans les camps au Pakistan

Durant les années 1980, des groupes de résistants islamiques armés afghans (ou moudjahidines) utilisent des villages de réfugiés au Pakistan comme bases militaires. Ils sont soutenus par les Etats-Unis, leurs alliés et certains pays islamiques qui distribuent sans compter leur aide financière et matérielle. Ainsi, les Etats-Unis auraient dispensé plus de deux milliards de dollars d'aide entre 1982 et 1991. Beaucoup de donateurs ferment les yeux sur la présence de combattants armés dans les camps de réfugiés, malgré un détournement substantiel de l'aide humanitaire à leur profit. Et les recommandations du HCR pour la sécurité des réfugiés ne sont pas suivies de mesures concrètes pour démilitariser les villages.

D'après : Haut Commissariat pour les réfugiés ; Les réfugiés dans le monde 2000- cinquante ans d'action humanitaire / HCR- Paris ; Autrement : 2000

En conséquence, au cours des années 1980, de nombreux réfugiés seront tués ou blessés par les forces gouvernementales soviétiques et afghanes.
Le retrait des forces soviétiques en 1989 marque le début d'un retour des populations réfugiées. Mais la guerre civile entre les Pachtouns (majoritaires) et les autres ethnies, qui se solde par la prise de pouvoir par les Talibans pachtouns en 1996 génère à nouveau d'importants déplacements de populations.
Le retour en 2002 de plus de deux millions d'Afghans, à la suite de l'intervention militaire anglo-américaine contre le pouvoir des Talibans et Al Qaïda à l'automne 2001, représente le plus grand rapatriement de réfugiés des trente dernières années. Néanmoins l'Afghanistan reste encore un pays dévasté et dangereux et certaines ONG, telles Amnesty International, se sont inquiétées du caractère précipité et mal préparé de ce mouvement.

Les réfugiés de l'ex-Yougoslavie

Les conflits en Croatie et en Bosnie-Herzégovine 

La proclamation d'indépendance de la Slovénie et de la Croatie en juin 1991, qui entraîne l'éclatement de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, provoque la plus grave crise de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Les combats commencent en Slovénie, mais ne durent que quelques jours. En revanche, en Croatie, qui abrite une minorité serbe de plus d'un demi-million d'habitants, l'armée yougoslave et les paramilitaires serbes s'emparent rapidement d'un tiers du territoire. C'est là qu'apparaît la politique pernicieuse de "purification ethnique". Au cours de la seule année 1991, quelque 20 000 personnes sont tuées, plus de 200 000 personnes s'enfuient du pays, et 350 000 deviennent des déplacés internes.
En 1992, la guerre s'étend à la Bosnie-Herzégovine, l'une des républiques les plus mélangées du point de vue ethnique de l'ex-Yougoslavie (44 % de Musulmans, 31 % de Serbes et 17 % de Croates). Après la proclamation par la Bosnie-Herzégovine de son indépendance en mars 1992, les forces paramilitaires serbes investissent l'Est de la République et tuent et expulsent les habitants musulmans et croates. Mi-juin les forces serbes contrôlent les deux tiers du territoire. Un million de personnes ont quitté leur foyer, et la capitale, Sarajevo est bombardée quotidiennement.
En 1993, ce sont les forces croates bosniaques qui se heurtent aux forces, en majorité musulmanes, du gouvernement bosniaque.
Quand la guerre prend fin en décembre 1995, avec la signature des Accords de Dayton, plus de la moitié des 4,4 millions de citoyens de Bosnie-Herzégovine sont déplacés : 1,3 million sont des déplacés internes, 500 000 se sont réfugiés dans les pays voisins, 700 000 sont réfugiés en Europe occidentale, dont 345 000 en Allemagne.

L'action humanitaire face à la "purification ethnique"

Ces mouvements massifs de population et leur couverture médiatique intense provoquent la mise sur pied de l'une des plus grandes opérations internationales de secours de tous les temps. Pour la première fois de son histoire, le HCR coordonne - en pleine guerre - une opération de secours à grande échelle au profit, non seulement des réfugiés et des personnes déplacées, mais aussi de milliers d'autres civils affectés par la guerre. Incapable de se mettre d'accord sur les moyens de mettre fin au conflit, la communauté internationale finance massivement ces opérations. L'essentiel du mandat de la Force de protection de l'ONU (FORPRONU) sera d'ailleurs de protéger l'arrivée des secours.
Si le HCR et les autres organisations humanitaires parviennent à secourir les populations sur le plan matériel, ils ont beaucoup plus de mal à les protéger des mesures de purification ethnique. De surcroît, lorsque le HCR décide d'évacuer des civils dont la vie est en danger, il se heurte à de nombreuses critiques, selon lesquelles il se rendrait complice du nettoyage ethnique.
Malgré le retour d'un certain nombre de personnes dans des régions où elles font aujourd'hui partie d'une minorité ethnique, force est de constater que la Croatie et la Bosnie-Herzégovine ont peu progressé dans la reconstruction de leur modèle de société multiethnique. Les perspectives de retour à grande échelle dans des territoires dominés par un autre groupe ethnique sont peu encourageantes. Fin 2002, on compte encore 900 000 personnes réfugiées ou déplacées du fait de ces conflits.

La crise du Kosovo

Lorsque le statut autonome du Kosovo au sein de la Serbie est partiellement révoqué en 1989, les Kosovars albanais, qui constituent 90 % de la population de la région, sont contraints de vivre dans une situation de quasi-apartheid où ils se voient notamment refuser l'accès à l'emploi et aux services publics. Entre 1989 et 1998, 350 000 d'entre eux quittent la province, pour la plupart pour l'Europe occidentale. En 1998, les forces serbes de sécurité intensifient leurs opérations contre des villages soupçonnés d'être complices de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). De nombreuses personnes fuient leur foyer, soit pour les pays voisins, soit à l'intérieur du pays (en septembre, on évalue à 175 000 le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du Kosovo).

Malgré les efforts de la communauté internationale pour obtenir un accord, les négociations de paix de Rambouillet échouent le 19 mars 1999. Le 24 mars, sans l'autorisation préalable du Conseil de sécurité de l'ONU, l'OTAN déclenche des frappes aériennes sur la République fédérale de Yougoslavie, y compris le Kosovo. Cette campagne entraîne une escalade de la violence sur le terrain. Environ 800 000 Kosovars albanais s'enfuient, ou sont expulsés du Kosovo, notamment vers la Macédoine et l'Albanie.
Personne n'avait prévu l'ampleur et la rapidité de ces mouvements. L'ex-République yougoslave de Macédoine, elle-même confrontée à des tensions avec sa minorité albanaise, ferme sa frontière en avril. Elle ne la rouvrira qu'après la mise en place d'un "programme d'évacuation humanitaire". Nouvelle variante du "partage de la charge", les réfugiés doivent être transférés vers des pays tiers. 96 000 d'entre eux bénéficieront de ce programme dans 28 pays hôtes (l'Allemagne accueille le plus fort contingent avec près de 15 000 réfugiés). Le 2 avril, l'OTAN offre son aide au HCR. Sa participation à l'installation des camps de réfugiés constitue un précédent et sera reprochée au HCR.
L'énorme publicité donnée par les médias occidentaux aux opérations de secours, montre que les considérations politiques dictent la façon dont les moyens sont fournis. Force est de constater la disparité entre l'aide financière accordée par les donateurs pour ces opérations et celle accordée pour répondre aux nouvelles crises de réfugiés qui se déclarent en Afrique à la même époque. Le rôle de "chef de file" et de coordinateur du HCR est compliqué par le fait que les gouvernements préfèrent souvent, pour des raisons d'affichage politique, accorder des sommes colossales à leurs ONG nationales ou même directement aux gouvernements albanais et macédonien.
Un accord de paix est signé le 9 juin 1999. Fin 1999, plus de 820 000 Kosovars albanais rentrent chez eux (dont une partie de ceux qui avaient fui avant le 24 mars), mais ils retrouvent un pays sans administration et en grande partie détruit.

Les limites de l'action humanitaire en situation de conflit

A la lumière de ces deux exemples, il apparaît qu'en temps de guerre, l'action humanitaire peut facilement être manipulée par les belligérants. De plus le secours matériel fourni peut alimenter les économies de guerre et contribuer à prolonger les hostilités.
Le HCR et les autres organisations humanitaires insistent sur le fait que les opérations de secours d'urgence ne doivent pas constituer un substitut à une action politique qui s'attaque aux causes premières des conflits.

D'après : Haut Commissariat pour les réfugiés ; Les réfugiés dans le monde 2000- cinquante ans d'action humanitaire / HCR- Paris ; Autrement : 2000

Mis à jour le 01/03/2007

 

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