La "Communauté d'Etats Serbie-et-Monténégro" (Drzavna zajednica Srbija i Crna) a officiellement vu le jour le 4 février 2003. Dans une perspective historique, il s'agit d'une huitième appellation pour des Etats communs réunissant les Slaves du Sud tels que les peuples de la région s'auto-définissaient auparavant. Le nouvel Etat ne fait plus référence à la "Yougoslavie". Cette dernière forme d'union héritière de l'ex-Yougoslavie s'achève avec l'indépendance du Monténégro en 2006 et la naissance de deux nouveaux Etats indépendants, la Serbie et le Monténégro.
- Royauté des Serbes, des Croates et des Slovènes (Kraljevstvo Srba, Hrvata et Slovenaca, 1er décembre 1918)
- Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes (Kraljevina Srba, Hrvata i Slovenaca, 15 juillet 1920)
- Yougoslavie démocratique fédérative (Demokratska Federativna Jugoslavija, 10 août 1945)
- République populaire fédérative de Yougoslavie (Federativna Narodna Republika Jugoslavija, 29 novembre 1945)
- République socialiste fédérative de Yougoslavie (Socijalisticka Federativna Republika Jugoslavija, 7 avril 1963)
- République fédérale de Yougoslavie (Savezna Republika Jugoslavija, 27 avril 1992)
- Communauté d'Etats Serbie-et-Monténégro (Drzavna zajednica Srbija i Crna, le 4 février 2003)
Après la mort de Tito en 1980, la Yougoslavie socialiste s'est enfoncée dans une crise de légitimité : l'illusion d'une voie particulière du socialisme s'est dissipée tout comme le principe d'une entité étatique fondée sur une communauté de destin "yougoslave". Dans toute la Yougoslavie, le réveil des forces politiques s'est alors opéré sous le signe des nations et des nationalismes, favorisant une logique de la confrontation. Ainsi, dans les années quatre-vingt-dix, la région des Balkans a-t-elle subi quatre guerres qui ont déstabilisé l'Europe du Sud-Est dans son ensemble.
En deux ans, cinq nouveaux Etats (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, République fédérale de Yougoslavie) ont vu le jour, chacun cherchant désormais à accomplir son propre destin politique et économique. Force est de constater que le paysage étatique de la région n'a historiquement jamais été autant atomisé qu'à l'heure actuelle.
La République fédérale de Yougoslavie (RFY) était fondée sur un déséquilibre des deux républiques constitutives, la Serbie étant quinze fois plus grande que le Monténégro à la fois en termes de territoire et de population. Ce problème structurel pouvait être ignoré aussi longtemps que Slobodan Milosevic (élu Président de la Serbie en mai 1989, puis de la RFY en juillet 1997) et ses partisans tenaient de facto les rênes dans les deux républiques. Mais les relations entre Belgrade et Podgorica s'envenimèrent progressivement après que Milo Djukanovic, ancien allié de S. Milosevic, et son Parti démocratique des socialistes (DPSCG) aient battu les partisans de S. Milosevic lors des élections présidentielle et parlementaires de 1997-1998 en faisant de l'indépendance monténégrine leur leitmotiv politique. Dès lors, se rapprochant de l'Occident, le Monténégro devint un mini-Etat quasi indépendant avec son propre système monétaire et douanier et des représentants à l'étranger. Puis, à la veille des élections présidentielle et législatives yougoslaves du 24 septembre 2000, S. Milosevic a éliminé le principe d'égalité entre les deux républiques pour imposer une hégémonie serbe.
Pour un aperçu de l'évolution politique et économique de la République fédérale de Yougoslavie entre 1999 et 2002, consulter "Serbie-Monténégro. Echec et mat ?", in : le Courrier des pays de l'Est, n° 1006, juin-juillet 2000, pp. 176-189 ;
"Serbie-Monténégro : Solder le passé et inventer l'avenir", in : le Courrier des pays de l'Est, n° 1016, juin-juillet 2001 pp.178-193 ;
"Serbie-Monténégro . Sortir de l'imbroglio politique et économique", in : le Courrier des pays de l'Est, n° 1026, juin-juillet 2002, pp.190-208.
Le bras de fer entre les deux républiques devint un dilemme politique majeur après sa disparition de la scène politique. A l'automne 2000, M. Djukanovic, alors Président du Monténégro, s'attendant à une victoire de S. Milosevic, a appelé à un boycott des élections. Par conséquent, son alliée naturelle, l'Opposition démocratique de Serbie (DOS), pro-occidentale et réformatrice, sortie gagnante, fut obligée de faire au niveau fédéral une coalition avec l'opposition monténégrine pro-Milosevic. D'une certaine manière, après la chute du régime de S. Milosevic, le Président monténégrin et son gouvernement se trouvaient face à un choix historique : se rapprocher de la Serbie ou opter explicitement pour l'indépendance. Ils ont choisi la seconde option.
La RFY devint alors un Etat fédéral qui ne fonctionnait pas, une Yougoslavie fictive. A l'automne 2001, les deux républiques se trouvaient en désaccord sur tout, et un référendum monténégrin sur la question de l'indépendance semblait la solution probable afin de sortir de cet impasse politique. L'Union européenne intervint alors, déclarant explicitement sa préférence pour un "Monténégro démocratique dans une République fédérale de Yougoslavie démocratique." Pour Bruxelles, la pré-condition à un rapprochement entre l'Union européenne et les deux républiques était l'existence d'un Etat commun capable de fonctionner et d'assumer des obligations dans le cadre du droit international. Sous les auspices de Javier Solana, Haut Représentant de l'Union européenne, un accord de principe a été signé le 14 mars 2002 entre les autorités de la Fédération, de la Serbie et du Monténégro. Après de laborieuses négociations menées par une Commission mixte (composée des représentants des deux parlements des républiques et du parlement fédéral) concernant le texte final de la Charte constitutionnelle, celui-ci a été approuvé en décembre 2002 par les autorités des deux républiques et ratifié par les parlements.
De cette "défédération" dont on cherche encore les parallèles historiques, est né, le 4 février 2003, un nouvel Etat : la Communauté d'Etats Serbie-et-Monténégro (Drzavna zajednica Srbija i Crna). Ce nouvel édifice ne répond pas à toutes les questions ouvertes. Il peut apparaître comme un échec notamment en ce qui concerne l'ambition initiale de Bruxelles, à savoir de maintenir un Etat fédéral et de mettre un terme au débat sur le statut du Monténégro.
Le 21 mai 2006, un référendum organisé au Monténégro et prévu par la Charte constitutionnelle de l'Etat commun a mis fin à cette union, véritable choc pour les autorités serbes et pour une partie de l'opinion publique, la perte du Monténégro étant ressentie comme celle d'une partie de l'identité nationale (concrètement, plus de 13 % de la superficie de l'Etat commun). La naissance de ce nouvel Etat est une victoire personnelle pour Milo Djukanovic, l'homme fort de la république, qui en a fait la pièce maîtresse de sa politique depuis sa rupture, en 1997, avec Slobodan Milosevic.
Par ailleurs, les pourparlers entre Pristina et Belgrade sur le statut final de la province du Kosovo sous administration internationale depuis 1999, menés sous l'égide des Nations unies depuis le début 2006 se soldent par un échec. Le 17 février 2008, le Parlement du Kosovo proclame l'indépendance de la province. Les Etats-Unis, la France, la Turquie et l'Afghanistan sont les premiers pays à reconnaître le nouvel Etat, alors que la Serbie et la Russie sont opposées à cette démarche. La sécession ampute, cette fois-ci, le pays de 12,3 % de sa superficie, ce qui est peu cependant au regard du symbole que cela représente.