Historique d'Aubervilliers

Les bâtiments de La Documentation française, 124 rue Henri-Barbusse. Architectes : Dusapin et Leclercq.
© J.-M. Monthiers |
A partir, du Xle siècle, l'espace où s'est installée La Documentation française, le lieu-dit "La Motte", connaîtra plusieurs propriétaires. D'abord possession monastique - le Prieuré Saint-Martin des Champs -, le domaine appartiendra ensuite à la Seigneurie laïque du Vivier - initialement la rue Henri Barbusse s'appelait la rue du Vivier -, puis il sera acquis, en 1531, par la famille de Montholon. Celle-ci, qui donna des hommes de robe éminents, dont deux ministres de la justice royale, restera propriétaire jusqu'en 1779.
La culture maraîchère
La vocation maraîchère du site, célèbre durant des siècles, durera jusqu'au XIXe siècle, immortalisée par le proverbe "Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris".
Subsiste de ce passé le nom de la "rue du Vivier", qui deviendra, en 1945, la rue Henri Barbusse, mais dont l'appellation d'origine est encore visible sur certaines plaques, et même au coin de l'immeuble.
L'industrie allumettière
La moitié du XIXe siècle marquera un tournant dans l'activité des lieux. De centre maraîcher, qu'il restera quelques temps encore, le site d'Aubervilliers devient industriel.

La fabrique d'allumettes.
© Archives municipales d'Aubervilliers |
Ainsi, l'année 1867 est marquée par l'implantation, au 124 rue du Vivier, d'une fabrique d'allumettes chimiques. La propriétaire en est une femme, Dame Lequin-Delabarre, comme le précise l'avis d'affichage de la demande d'installation. Venue de Paris, elle mène l'entreprise avec énergie, s'associant rapidement avec la première manufacture d'allumettes implantée cinq ans plus tôt et appartenant aux Frères Rimailho. Une troisième fabrique d'allumettes leur sera adjointe, bâtie à proximité vers 1880, l'usine Sainte-Marguerite.
Les trois manufactures formeront ainsi le bloc allumettier Pantin-Aubervilliers.
Au cours de son histoire, le "trio" va connaître une activité particulièrement importante dans l'ensemble du monopole des allumettes devenu monopole d'État depuis la loi du 2 août 1872.
La gestion en sera confiée à la Compagnie générale des allumettes chimiques, I'ancêtre de la SEITA. Cette activité subsistera, notamment dans I'usine d'Aubervilliers, après la fermeture des deux autres, jusqu'en 1962, date à laquelle elle-même sera fermée.
Ce n'est pas sans une grande mélancolie que les habitants d'Aubervilliers virent s'éteindre le dernier des établissements allumettiers parisiens.
L'édition administrative
C'est dans cette partie des locaux devenus vacants, où restaient encore des traces de phosphore, que La Documentation française, au début de I'année 1967, va installer ses services techniques et logistiques. En effet, elle s'était vue attribuer par les Domaines ces anciens ateliers afin d'y accueillir ses stocks d'archives ainsi que ses publications, qu'elle diffusait déjà. L'ensemble était jusqu'alors entreposé boulevard de I'Yser, dans un hangar peu adapté du XVIIe arrondissement de Paris.
La Documentation française partagea même un temps les bâtiments avec la commune d'Aubervilliers, qui y avait provisoirement aménagé un collège, en attendant I'achèvement de la construction de celui-ci, et avec le ministère des Finances, qui disposait d'une petite enclave pour y entreposer le mobilier usagé promis à destruction.
Une autre partie était occupée par les PTT qui y avaient installé une école de formation et un garage de voitures postales. Ne demeurent aujourd'hui que La Documentation française et La Poste.
La modernisation des années 1990

© DF/Julien Daniel |
Au milieu des années 1990, après déjà 30 ans de présence, La Documentation française va entreprendre de se renforcer et de se moderniser sur ce site.
Un immeuble à l'architecture contemporaine s'élève sur le site existant de la rue Henri Barbusse, un immeuble de trois étages, transparent et sobre, tout un symbole pour une administration au service de la transparence, de par ses missions de production et de diffusion de l'information.
Respectueux du site, le projet conçu et réalisé par le cabinet d'architectes Dusapin et Leclercq a le mérite d'ouvrir La Documentation française sur la ville, tout en ménageant les liens entre bâtiments anciens et nouveaux.
Légèrement en retrait de la rue, pour éviter un effet de façade sans relief, le nouvel immeuble est constitué de deux bâtiments symétriques, comme deux ailes ouvertes, qui se rejoignent par une passerelle. Transparente, elle laisse voir une volée d'escaliers et la profondeur de l'îlot.
Plus qu'une extension architecturale en amont des bâtiments existants, c'est tout un art du prolongement qui est développé. Le parti-pris architectural est clair : préserver sur le site le patrimoine hérité de la Manufacture des allumettes et maintenir le rapport au passé industriel ; en même temps; créer l'ouverture sur la ville d'aujourd'hui.
Aujourd'hui, I'immeuble ressort avant tout par I'esthétique de ses façades. Celles orientées au nord sont constituées de pavés de verre avec portes-fenêtres. Les façades sud, plus exposées à la lumière, offrent un jeu de panneaux coulissants dont le déplacement anime les parois. |