Historique du Quai Voltaire

L'hôtel de Mailly, 29-31 quai Voltaire.
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En 1967, elle s'installe sur les bords de Seine, au 29-31 du quai Voltaire, face au Pavillon de Flore, face aussi au dernier logis de Voltaire. Elle pénètre dans un hôtel aux décors dorés qu'illustrèrent les amours de Louis XV. Elle trouve dans un second bâtiment les souvenirs centenaires des Journaux officiels. Ces immeubles ont été complétés par une construction moderne qui unit l'ensemble.
Un Hôtel du faubourg Saint-Germain au XVIIe siècle
Jusqu'à la fin du XVIe siècle, les plans de Paris ne découvrent au pied des murs et de la tour de Nesle que quelques maisons. La campagne, au-delà, reste inhabitée. Le Pré-aux-Clercs appartient à l'abbaye de Saint-Germain-des-Près et à l'Université.
En 1605, Marguerite de Navarre, première épouse de Henri IV, vient habiter le faubourg Saint-Germain où elle décide de se faire construire une demeure princière. L'hôtel de la reine Marguerite est flanqué d'un immense parc mi-clos, mi-planté, dont une large allée bordée d'ormes préfigure le tracé actuel de la rue de Lille. A sa mort, la "Reine Margot" laisse un hôtel inachevé qu'on s'empresse de vendre avec le parc pour payer de trop nombreux créanciers. Sur l'un des lotissements du "jardin de la Reine" sera construit l'hôtel de Mailly.
Le premier tiers du XVIIe siècle connaît une phase d'essor économique et une paix relative qui déterminent le pouvoir royal et les ordres religieux, les grands seigneurs et les parlementaires à investir dans les bâtiments.
Le faubourg Saint-Germain se prolonge à l'ouest.
A cette porte de Paris, on construit en premier lieu des établissements religieux. Le noviciat des Jacobins s'installe rue Saint-Dominique en 1632, les Récollettes rue du Bac, en 1637. Cinq ans plus tard, Mazarin appelle d'Italie des clercs réguliers, les Théatins qui donneront leur nom au quai sur lequel ils édifient un couvent. Le quai des Théatins deviendra par la suite le quai Voltaire.
Des établissements militaires occupent également ce quartier périphérique. A partir de 1656, les Mousquetaires gris sont casernés à l'emplacement de l'ancienne halle du Pré-aux-Clercs, dans un quadrilatère que délimitent les rues actuelles de Lille, du Bac, de Verneuil et de Beaune.
Autre genre d'édifices, les hôtels particuliers qui se multiplient sur les lotissements de l'ancien jardin de la reine Marguerite. Entre 1622 et 1630, une demi-douzaine d'hôtels sont bâtis sur le seul quai Malaquais. Un certain Barbier spécule sur les terrains qui entourent la halle du Pré-aux-Clercs et fait même construire la passerelle de bois du Pont-Rouge pour remplacer le bac qui reliait ce quartier aux Tuileries.
Vers 1632, ce qui allait devenir l'hôtel de Mailly est édifié pour Jean de Monchy, marquis de Montcavrel. A la mort du marquis, l'hôtel revient à sa fille qui a épousé en seconde noces René de Mailly.
Louis Charles de Mailly, marquis de Nesle, gendre de René de Mailly, hérite de l'hôtel en 1666. Saint-Simon lui attribue à tort l'initiative de la construction. "Le vieux marquis de Mailly mourut dans la belle maison qu'il avait bâtie au Pont-Royal…" L'hôtel est certainement antérieur au milieu du siècle puisqu'il figure déjà dans le plan de Paris dressé par Gomboust vers 1649-1652.
L'hôtel de Mailly conserve le plan traditionnel du quadrilatère comme l'hôtel voisin de la Bazinière, œuvre de François Mansart, et la plupart des hôtels du faubourg Saint-Germain.
Un portail haut et large donne sur la rue, ici sur le quai. Ce portail ouvre sur une porte intérieure bordée de bâtiments dont le principal est au fond. L'élévation est généralement d'un rez-de-chaussée et d'un ou deux étages surmontés de grands toits à la française qu'ornent des cheminées. La façade la plus étudiée donne sur un jardin situé à l'opposé de l'entrée. Le plan de Gomboust nous en rapporte jusqu'au dessin géométrique en compartiments réguliers.
A l'angle de la rue du Bac et du quai se dressait une maison contiguë à l'hôtel mais distincte de lui. En 1635, Pierre Hulot, maître-couvreur, en était le propriétaire. Son fils Nicolas eut pour locataire un personnage qu'Alexandre Dumas rendra célèbre deux siècles plus tard, le chevalier Charles de Batz-Castelmore d'Artagnan. On s'explique aisément que, lieutenant au régiment des Mousquetaires gris qui étaient casernés dans l'ex-Halle Barbier toute proche, d'Artagnan ait choisi comme résidence cette maison du quai des Théatins. En 1667 d'Artagnan remplace le duc de Nevers au commandement des Mousquetaires gris. Bientôt promu maréchal de camp, il est tué en juin 1673 devant Maestricht.
La maison est acquise alors par une branche de la famille de Mailly.
Sous Louis XV
A la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, l'hôtel de Mailly connaît sa période la plus brillante.

Le salon doré de l'hôtel de Mailly.
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La construction du Pont-Royal, qui remplace en 1685 la fragile passerelle du Pont-Rouge, donne un vigoureux essor au "Noble faubourg Saint-Germain". Le Pont-Royal évite aux carrosses qui se rendent aux Tuileries le détour par le Pont-Neuf. La répercussion est considérable sur le développement du quartier. Elle favorise la création d'hôtels nobles à proximité du château des Tuileries devenu le séjour habituel de la Cour sous la Régence.
En un siècle, on édifie près de deux cents hôtels dans le faubourg Saint-Germain, dont la moitié entre 1690 et 1725. Ce quartier devient un vaste chantier de construction que Voltaire décrit ainsi : "Je suis toujours fâché de voir le faubourg Saint-Germain sans aucune place publique, des rues si mal alignées, des maisons sans eau et même des fontaines qui en manquent ; et encore quelles fontaines de village !…" Voltaire résidait alors à l'hôtel de Villette, au numéro 2 de la rue de Beaune.
Situé au débouché du Pont-Royal, séparé de l'hôtel de Villette à l'est par la seule rue de Beaune, proche du lieu-dit la Grenouillère, à l'ouest, où un bureau des voitures de louage créait une continuelle agitation, l'hôtel de Mailly participait intimement à la vie du faubourg Saint-Germain.
Il n'avait cependant rien de remarquable. Il était grand et peu régulier, très sobre d'ornements à l'intérieur comme à l'extérieur. Germain Brice en fait cette description au début du siècle : "La dernière maison du quai Malaquet est l'hôtel de Mailly. Les vues qu'elle a sur le Louvre, les Tuileries, le Cours-la-Reine et sur la rivière en font le principal agrément. Mais d'ailleurs elle est extrêmement incommodée par la poussière qui vient du Pont et des quais voisins. Cette maison a été rebâtie depuis quelques années et on l'a augmentée de plusieurs appartements." En effet, restauré entre 1700 et 1730, l'hôtel présente une nouvelle disposition dont le plan de Turgot, achevé en 1739, rend assez bien compte. Un corps de bâtiment central, parallèle à la Seine, est situé très en retrait sur le quai et séparé par lui par une vaste terrasse flanquée de deux ailes en saillie, l'une à l'encoignure de la rue de Beaune, l'autre à celle de la rue du Bac, où l'ancienne maison de d'Artagnan semble rattachée à l'hôtel.
Ces remaniements se manifestent également dans la décoration intérieure mais seules ont pu être préservées d'une destruction complète quelques pièces de l'aile orientale. La plus remarquable est le salon du premier étage transformé en chambre à coucher pour Madame de Châteauroux, favorite de Louis XV.
Ses dimensions sont fort ordinaires : 5,25 mètres de large sur 6,80 mètres de long et 4,85 mètres d'élévation. Des fenêtres hautes à la française, une glace surmontant une cheminée de marbre y répandent la lumière. Les murs sont couverts de peintures dorées sur un fond neutre de couleur crème. Les dessins ombrés jouent le relief. Les panneaux représentent l'un, l'Été, d'autres des images de l'Amour, Vénus entourées de colombes, Diane, des cœurs percés, thèmes qui répondent au décor du plafond.

Le salon doré de l'hôtel de Mailly.
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Élément capital de cette pièce, le plafond est attribué, par les uns à François Marot, par les autres à Jean Bérain. Cette dernière hypothèse est plus vraisemblable. Bérain (1639-1711), dessinateur du Roi, aurait exécuté ces décors après les ornements à grotesques de la Galerie d'Apollon au Louvre. La mise en relief est légère, car la hauteur très ordinaire de la pièce ne permet pas une peinture en trompe-l'oeil. Le vieil or domine. Figures, ornements à grotesques, putti, volutes et rinceaux entourent une rosace centrale qui forme clé de voûte.
L'ornement est essentiellement attaché au traitement de ce que le langage du temps appelait "les arabesques". Cette stylisation surtout végétale, mais aussi animale et humaine, procède d'une image de l'antique et d'un art civil et artificieux d'occupation humaine de la nature. Le restaurateur du XVIIIe siècle, qui a retouché l'œuvre de Bérain, a voulu flatter habilement les occupants de cette pièce. Comme les attributs symboliques de l'Amour sur les panneaux latéraux, les devises des médaillons, aux angles du plafond, répondent à un souci de courtisan.
Amor uniscet piu Rubelli
L'Amour unit les plus rebelles
Chi resiste a tal Vincitor
Qui résiste a un tel vainqueur
Amor solo mi potea domare
Seul, l'Amour pouvait me dompter
Catene quanto piu soavi piu strette
Plus les chaînes sont serrées, plus elles sont douces
Certains profils de médaillons, sous la couronne ducale, prennent les traits de la favorite royale.
L'heure de gloire de l'hôtel de Mailly survient en ce second quart du XVIIIe siècle.
Des cinq filles du marquis Louis III de Mailly-Nesle, Louis XV en eut successivement quatre pour maîtresses. La première, Louise-Julie, l'aînée, n'était plus très jeune, ni très belle : "joues plates, nez long, bouche grande, teint brun", quand le Roi, âgé de vingt-deux ans, l'accepta. En 1735 sa soeur, Pauline-Félicité, comtesse de Vintimille, la supplanta. Elle mourut, à la suite de couches en 1741 et sa soeur Marie-Anne, troisième fille du marquis de Mailly, veuve du marquis de la Tournelle, la remplaça. Marie-Anne, qui devient alors duchesse de Châteauroux, avait été poussée par la cabale politique Tencin-Richelieu.
En 1744, la favorite persuada Louis XV de faire preuve d'énergie en se plaçant à la tête de son armée. Décision funeste pour Madame de Châteauroux, car tombé gravement malade à Metz, entouré d'une Cour hostile à la Duchesse, le Roi la renvoya. Quelques mois après, Louis XV, à peu près guéri, rentrait à Paris et implorait le pardon de sa maîtresse. Madame de Châteauroux, pour obtenir une expiation proportionnée à l'humiliation passée, exigea que le ministre Maurepas, instigateur de son renvoi, vint en personne, honteusement, à l'hôtel de Mailly porter le message dans lequel le roi demandait à la Duchesse de reprendre sa place à la Cour. Elle ne put cependant jouir de son triomphe : deux jours après, elle mourait. La succession échut à sa sœur, Madame de Lauraguais. Au sujet des filles du marquis de Mailly circulaient ces vers ironiques :
L'une est presque en oubli, l'autre presque en poussière
La troisième est en pied, la quatrième attend.
Pour faire place à la dernière
Choisir une famille entière
Est-ce être infidèle ou constant ?
Après cet épisode politique et amoureux, l'hôtel de Mailly retourne à l'anonymat.
Transformations et disparition
En 1767 l'hôtel est propriété du maréchal de Mailly qui périra sur l'échafaud d'Arras en 1793 à l'âge de quatre-vingt-six ans. Il est ensuite occupé, jusqu'à la fin de la Révolution, par la famille d'Aumont, qui émigre. Les biens des locataires sont saisis et l'hôtel sert alors de dépôt d'objets d'art enlevés aux couvents.
En 1798 Madame Bertrand-Kanguen l'achète. C'est elle, sans doute, qui commande la décoration du petit salon Empire du deuxième étage de l'aile donnant sur la rue de Beaune. Cygnes, harpes, lions ailés, figures allégoriques de femmes voilées à l'antique ornent les panneaux et les frontons surmontant les portes.

Le salon doré de l'hôtel de Mailly.
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Quelques locataires célèbres occupent encore l'hôtel au XIXe siècle ; en 1830, le comte de Flavigny et sa fille Marie, comtesse d'Agoult, romancière, philosophe et historienne, plus connue sous le pseudonyme de Daniel Stern. En 1848, Victor Considérant libraire et apôtre du fouriérisme, l'habite lorsqu'il vient à Paris représenter le département du Loiret à l'Assemblée Constituante.
Mais dès le début du XIXe siècle, le démantèlement de l'ancien hôtel de Mailly-Nesle a été entrepris. En 1809, son propriétaire, le notaire Guénoux, l'avait morcelé en faisant construire les numéros 44-48 de la rue de Lille et le 6 de la rue de Beaune.
Le "Cercle agricole" loua le corps de bâtiment central de 1835 à 1869, date à laquelle les services du Journal officiel s'y installèrent et firent disparaître la terrasse et les petites échoppes qui la bordaient.
En 1881, la circulation plus active vers le Pont-Royal conduisit à élargir la rue du Bac et l'aile occidentale de l'hôtel disparut.

L'accueil de La Documentation française, 29 quai Voltaire.
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Seules ont été préservées l'aile orientale formant l'angle de la rue de Beaune et du quai Voltaire et une partie du bâtiment central qui conservaient encore intacts, en 1910, la chambre à coucher de Madame de Châteauroux et le petit salon Empire du second étage. Le propriétaire, M. Lambert-Champy, avait fait calquer le plafond de Bérain et déposer les boiseries pour décorer l'une des salles de son château en Loir-et-Cher.
Quand La Documentation française s'installe au 29-31 du quai Voltaire en 1967, les locaux sont restaurés, tandis que de nouveaux bâtiments encadrent désormais le corps central de l'hôtel de Mailly.
Au début des années 1990, des travaux de rénovation sont entrepris, qui permettent notamment l'aménagement au rez-de-chaussée d'une librairie, d'une bibliothèque et d'une salle de consultation modernes.
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