La Documentation française : 70 ans déjà

70

Le journal Libération l’avait appelée un jour « La vieille dame du quai Voltaire ». L’analogie avec l’Académie française, qualifiée elle aussi de « vieille dame » mais du quai Conti voisin, s’arrête cependant au mot d’esprit, car les deux institutions sont bien différentes.
En effet, quelle institution française peut se prévaloir d’une mutation aussi spectaculaire que La Documentation française en quelque 70 années d’existence. Entre le parachutage aventureux de sacs remplis d’informations destinées aux résistants français et le développement de services administratifs numériques, il y a un monde que l’institution a franchi avec brio en quelques décennies seulement… dans le souci constant d’un service public d’exception.

De la résistance à la révolution digitale : 70 ans d’innovation continue

Dans sa préhistoire, un terme lourd de sens définit déjà son ADN : résistance. En effet, au cœur de la Seconde Guerre mondiale, pour contrer la propagande de Vichy, deux centres de documentation et d’études politiques et économiques se créent, l’un à Londres en 1942, l’autre à Alger en 1943, avec pour mission de délivrer, clandestinement et par tout moyen, des informations fiables à la Résistance française et à ses organes de décision, dirigés par le général de Gaulle.

A la Libération, ils fusionnent pour constituer à Paris une Direction des Informations au sein du Gouvernement provisoire de la République (Décret du 23 octobre 1944). La IVe République en fixe l’organisation en créant la Direction de la Documentation et de la Diffusion (décret du 19 octobre 1945) avec pour mission l’information des cadres de l’Etat sur les questions relatives à leur périmètre : économie, géopolitique, finances, culture, international, etc. L’année suivante, autorisation lui est donnée de vendre sous le label « Documentation française » ses publications. Sa grande aventure commence alors vraiment sous les signes prometteurs mais si rares de l’objectivité maximale par la multiplication des points de vue, de la fiabilité par le croisement prudent de ses sources et de la démocratie par sa position au cœur de la République. Une originalité aussi bien en France qu’en Europe.

La vieille dame du quai Voltaire

Un pas nouveau est franchi lorsqu’en 1949, l’Éducation nationale recommande l’achat de ses publications aux enseignants et établissements scolaires. La Documentation française (DF) se veut alors pédagogue dans ses contenus, attirant parmi ses auteurs nombre de professeurs éminents. Dès lors, elle rassemble, rédige, édite et diffuse des documents de portée générale et de vulgarisation se rapportant à la vie publique en France et à l’étranger, et aux problèmes internationaux. Ses thèmes et champs stabilisés, elle verra désormais évoluer surtout ses moyens de diffusion au fil du temps... et des besoins, l’aventure se faisant plus sage mais non moins complexe.

La société de l’information en mutation profonde aurait pu l’abattre autour des années 1990. Il n’en sera rien. Bien que les précurseurs en la matière aient été le Service d’information du gouvernement (ex-SID) et la Commission de coordination de la documentation administrative (CCDA), c’est la DF qui, par son expérience, ses savoirs techniques, ses structures et ses personnels, est retenue pour construire un système d’information administrative novateur à destination du plus large public possible. Il ne s’agit alors que de télématique, en l’occurrence des ressources du minitel. En collaboration avec tous les ministères, ses premières réalisations paraissent : dès décembre 1989, le répertoire minitel de l’administration française 3615/3615 Admitel, puis en 1990, le guide minitel 3615 Vos droits qui devient 4 ans plus tard, le guichet « unique » organisé autour du réseau des Droits et démarches.

Une nouvelle révolution se prépare encore. En 1998, le gouvernement définit sa stratégie d’information à long terme dans le PAGSI (Programme d’action gouvernemental pour la société de l’information). Tout y appelle à la naissance d’un Internet administratif, un défi gigantesque. La DF répond présent à nouveau. En 1996, elle produit l’annuaire-guide des sites ministériels, première version internet du site Admifrance, qui s’étoffera des sites de l’ensemble du service public, puis de la migration de Vos droits, de la mise en ligne de formulaires administratifs et de la rubrique questions-réponses gérée par les Centres interministériels de renseignements administratifs (CIRA).

La voie est tracée pour la grande novation de l’an 2000 qui l’expose à nouveau : l’ouverture ambitieuse de service-public.fr, résultant de la refonte d’Admifrance (décision du comité interministériel pour la réforme de l’Etat, 12 juillet 1999). On sait le succès que connaîtra ce site tourné vers l’usager et animé des mêmes valeurs qui ont fait la renommée de l’institution : objectivité, fiabilité, innovation. On ne s’étonnera pas plus qu’il soit aujourd’hui plébiscité par ses millions d’utilisateurs (250 millions de visites en 2014), en tête de l’internet public.

A ce point, il convient de rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont permis à l’aventure de la Documentation française d’exister, de prospérer et de se transformer : ses directeurs successifs Marcel Koch, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Françoise Gallouedec-Genuys, Jean Jenger, Martine Viallet, Sophie Moati, Olivier Cazenave, Xavier Patier, Bertrand Munch … et ses équipes, vaste chaîne de relais au fil du temps.
« La vieille dame du quai Voltaire » - les réputations sont tenaces surtout si elles sont infondées -, à présent fusionnée avec les vénérables Journaux officiels, continue, au travers de ses avatars, à vivre ses valeurs et à compter parmi les incubateurs des novations administratives. Nul doute que son esprit irrigue pour longtemps encore la Direction de l’information légale et administrative, sa digne héritière depuis 2010.

Yves Bomati
Directeur de la communication de la DILA

Chronologie

1944
Une ordonnance du gouvernement provisoire présidé par le général de Gaulle crée le 23 octobre une direction des informations au sein du ministère de l’Information. Elle est issue de la fusion du centre de documentation et de diffusion clandestine installé à Londres à l’été 1942 avec le service de documentation et d’études présent à Alger depuis juin 1943.

Décembre 1944-février 1945
Création des premières publications périodiques, Articles et documents (18/12/1944), Notes documentaires et Etudes (10/01/1945), Cahiers français d’information (1/02/1945) suivie par celles de la Documentation photographique (01/01/1947) et des Problèmes économiques (01/01/1948).
La Direction édite également des brochures paraissant sous l’étiquette Documentation française illustrée au tirage de 80 000 exemplaires en 1945.

1945

Marcel Koch entouré des cadres dirigeants de la Documentation française : de gauche à droite, Alice Gorgeon-Demartre, Henri Ferber, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Jacqueline Eichart, Jean Peyrade, Maurice Le Nan, 1968.

Décret du 19 octobre 1945 créant la direction de la documentation et de la diffusion rattachée au ministère de l’Information. Installée au 14-16 rue Lord Byron (Paris 8e), Marcel Koch en est le premier directeur. Une sous-direction de la documentation est confiée à Jean-Louis-Crémieux Brilhac.

1946
Décret autorisant à vendre les publications éditées par la direction de la documentation et de la Diffusion sous le label « Documentation française ». Ouverture, rue Lord Byron, du premier comptoir de vente des publications éditées par la Documentation française.

1950
Après son rattachement au Secrétaire général du gouvernement (Présidence du Conseil) par le décret du 13 novembre 1947, le décret du 30 décembre 1950 fixe de manière durable les attributions de la Documentation française : rassembler, en vue de la mettre à la disposition des administrations, une documentation sur les principaux problèmes d’actualité ; éditer des documents d’information générale, en particulier ceux que ni la presse ni l’édition privée n’ont vocation à publier ( rapports officiels, discours publics, textes diplomatiques, etc.) ; éditer des publications de vulgarisation pour informer un large public sur les questions françaises et internationales.

Juillet 1961-décembre 1965
Ouverture du Centre d’études et de documentation sur l’Afrique et l’Outre-mer (CEDAOM).
Création des revues Afrique contemporaine (1961), Maghreb (1964) Problèmes d’Amérique latine (1964)

1967

Assemblage de la Documentation Photographique dans les ateliers de la DF en 1967.

Ouverture du Centre d’études sur l’URSS, la Chine et l’Europe de l’Est (CEDUCEE) suivi par la reprise en 1976 de la revue Courrier des pays de l’Est.
Inauguration des nouveaux locaux du 29-31 Quai Voltaire (Paris 7e) par Georges Pompidou, Premier ministre. Cette nouvelle implantation réunit centres documentaires, services éditoriaux et librairie. Elle s’accompagne de la rénovation du site d’Aubervilliers, 124 rue Henri Barbusse, permettant une gestion plus moderne des stocks et des commandes de publications.

1970
Création du Service du livre chargé de développer les activités éditoriales de la Documentation française vers les administrations. Sous l’impulsion du Secrétaire général du Gouvernement, les collections se multiplient : Rapports officiels, publications de la DATAR, rapports du Plan, etc.
Naissance de la revue Problèmes politiques et sociaux. La revue, à travers une sélection de textes issus de sources françaises et étrangères, se veut un espace de confrontation des analyses sur les évolutions de la société. Elle paraitra jusqu’en 2011.

1974
Lancement de Regards sur l’actualité qui vise à mieux couvrir le traitement de l’actualité politique, économique et sociale française.

1975
Création du Service de coordination interministérielle des éditions qui succède au Service du livre permettant un développement très important des éditions de revues et d’ouvrages pour le compte des administrations.

1976
Parution de deux décrets, le premier portant sur la création du Service d’information et de diffusion(SID), le second redéfinissant les attributions de la Documentation française. Le SID est chargé d’informer la presse et les élus sur l’action du gouvernement. La Documentation française est confortée dans sa mission de documentation générale sur les problèmes d’actualité français et étrangers, d’édition et de diffusion de publications de vulgarisation et d’éditeur pour le compte des administrations. Est ainsi réaffirmée une conception démocratique de l’information d’Etat : au même titre que les décideurs, le citoyen doit avoir accès à une documentation de qualité.
Création de la BIPA (Banque d’Information Politique et d’Actualité), véritable centre d’information sur la vie politique, économique et sociale ouvert au public et consultable à distance. Grâce au logiciel Mistral développé par CII-Honeywell Bull, la BIPA va créer plusieurs bases de données interrogeables en ligne via le réseau Transpac.

1978
Première édition du guide des démarches administratives. Réédité jusqu’en 1984, l’ouvrage se propose de « répondre aux questions que chacun peut se poser comme citoyen, chargé de famille, producteur, consommateur, contribuable, justiciable »

1980

 Visuel de La BIPA

La BIPA commence à produire la banque de données Logos sur l’actualité politique, économique et sociale à partir de sources provenant des administrations, de la presse et des instances politiques.

1981

Atelier d’impression offset, Aubervilliers

Regroupement de l’ensemble de la chaîne d’impression-façonnage et reliure dans les ateliers d’Aubervilliers.

1985
Mise en place du système informatique Edito qui permet de rationaliser le travail de composition des ouvrages.

1989-1990
Trois circulaire du Premier ministre Michel Rocard insistent sur l’information administrative et invitent à une mise en réseau de bases données consultables par minitel. En mars 1990 est ouvert le 3615 VOSDROITS.

1990

Librairie du Quai Voltaire

Adoption d’un logo et d’une charte graphique réalisés par le designer Pippo Lionni que la Documentation française utilise encore aujourd’hui. Rénovation complète de la librairie du quai Voltaire.
La collection FAC (Formation administration concours) fait son apparition. Destinée aux candidats des concours administratifs, elle renforce la position de la Documentation française parmi les fonctionnaires et candidats aux carrières administratives.

1994
Début de la publication assistée par ordinateur grâce aux logiciels FrameMaker et Xpress puis avec InDesign à partir de 2003.

1996
La documentation française se lance sur Internet. Un premier service « Admifrance », annuaire-guide des services web de l’administration, est bientôt suivi par le lancement du site général « ladocfrancaise »

1996-1999
Mise en place de la bibliothèque des rapports publics. Elle ne concerne d’abord que les rapports remis officiellement aux autorités politiques (ADMIRAP) avant d’intégrer à partir de 1999 l’ensemble des rapports émanant des administrations. La BRP qui s’enrichit chaque année d’environ 800 documents, comporte aujourd’hui plus de 10 000 rapports.

2000
Le portail service-public.fr est lancé en octobre. Il entend répondre directement au besoin d’informations pratiques des usagers et va connaître un formidable succès. Il totalise aujourd’hui pas moins de 250 millions de visites annuelles.

2002
Démarrage de vie-publique.fr, le site Internet de référence sur la vie des institutions et du débat public. Le succès est au rendez-vous avec 13 millions de visiteurs en 2014.

2003
Naissance de Questions internationales qui remplace trois revues géocentrées : Afrique contemporaine, Maghreb-Machrek et Problèmes d’Amériques latine. En misant sur une maquette illustrée de photos et de cartes, et une diffusion dans les kiosques, la revue entend toucher un public plus large sans renoncer à la rigueur des analyses.

2004
Diffusion en kiosque de Questions internationales dès son lancement qui vient rejoindre Problèmes économiques. Les Cahiers Français et la Documentation photographique les suivront respectivement en 2012 et 2015.
Nouvelle formule de Problèmes économiques qui cesse d’être hebdomadaire pour devenir bimensuelle. La revue ambitionne de dépasser le cercle des bibliothèques pour toucher un plus large public grâce à une distribution dans les kiosques.

2005
Publication en partenariat avec France info du Petit guide de la constitution européenne à l’occasion du référendum sur le projet de constitution. Grâce à une approche très accessible, l’ouvrage obtient un remarquable succès avec 85 000 exemplaires vendus.

2010

Fermeture de la DF sur le site d'Aubervilliers

Fermeture du site d’Aubervilliers et déménagement d’une centaine de salariés à Paris, quai Voltaire et rue Desaix. Arrêt deux ans plus tard de l’activité de distribution désormais confiée à un prestataire extérieur.
Parution du décret de création de la Direction de l’information légale et administrative (DILA) dans lequel les missions de l’ex Documentation française se voient élargies, notamment avec la mise à disposition du public des données facilitant l’accès au droit.

2011
L’offre éditoriale de la Documentation française est renouvelée en profondeur à l’issue d’une importante réflexion nourrie par des enquêtes de lectorat.
La plupart des périodiques arborent une nouvelle maquette tandis que deux titres s’arrêtent (Regards sur l’actualité, Problèmes politiques et sociaux.)
Lancement de Pages@Europe, produit numérique gratuit traitant de l’ensemble des questions européennes. Accessible sur le site de la Documentation française, cette publication fait suite au Courrier des Pays de l’Est et à Grande Europe.

2012
Lancement de Doc’en poche, première collection de poche grand public de la Documentation française qui se décline en 3 séries : « Entrez dans l’actu », « Place au débat » et « Regard d’expert ».
Réalisation des premiers livres numériques au format EPUB pour la collection Doc’ en poche. Cette offre numérique ne va cesser de s’étoffer dans les années suivantes jusqu’à atteindre 100 % des nouveautés pour l’ensemble des collections de la Documentation française fin 2015.

2015

Version Epub Des mur entre les hommes

Mise en place d’un nouveau dispositif de diffusion/distribution en vue de commercialiser le plus largement possible les produits numériques sous marque Documentation française.
Mise en place d’une offre numérique ambitieuse : à la fin 2015, l’ensemble des collections devront sortir leurs nouveautés au format papier et au format numérique (PDF web et EPUB).

Découvrez l’histoire de la Documentation française et des témoignages dans :

  • l'ouvrage gratuit au format EPUB « La Documentation française : 70 ans »

  • l'ouvrage payant au format papier « La Documentation française : 70 ans »

  • la vidéo La Documentation française, 70 ans au service du public 1/2

  • la vidéo La Documentation française, 70 ans au service du public 2/2

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