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Inquiétudes sur la condition étudiante en Angleterre, par Aurélien Casta

[Inquiétudes sur la condition étudiante en Angleterre, par Aurélien Casta], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Rassemblement en 2006 à Londres, à l’initiative de l’Union nationale des étudiants (NUS) et de celles des universités et des établissements d’enseignement supérieur pour protester contre « l’augmentation vertigineuse » des niveaux d’endettement étudiant.
http://www.nus.org.uk/en/Campaigns/Funding-Our-Future/National-Demo-image-Gallery/?page=1 – 2006

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Mis à jour le 12/10/2010

Introduction

Le recours aux prêts étudiants est devenu depuis les années 1990 une pratique généralisée au motif de permettre aux couches populaires d’accéder à des études supérieures supposées déboucher sur un emploi lucratif. La forte augmentation des frais d’inscription universitaires (3 750 euros en 2006), a obligé les étudiants emprunteurs à travailler à temps partiel.


Inquiétudes sur la condition étudiante en Angleterre

Aurélien Casta*

La hausse spectaculaire des effectifs étudiants au Royaume-Uni depuis 1987(1) s’est accompagnée en Angleterre(2) de la mise en œuvre d’une nouvelle politique sociale étudiante fondée sur le développement concomitant des frais d’inscription et de prêts à taux nul alloués par les pouvoirs publics. Cette évolution s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle régulation des études supérieures promue par les élites dirigeantes du pays. En effet, prêts et frais d’inscription, d’une part, ont pour toile de fond une rhétorique centrée sur la rentabilité économique des études supérieures, et d’autre part, ont conduit à un changement radical de la condition des étudiants anglais, particulièrement contraignant pour ceux issus des milieux populaires.

Les études supérieures dans le discours public

Les conservateurs amorcent en 1987 un virage politique en matière d’enseignement supérieur. Très soucieux jusque-là de freiner l’envol des dépenses publiques, ils avaient, depuis leur arrivée aux commandes du pays en 1979(3), stabilisé les effectifs étudiants (Deer, 2004). Leur revirement politique les a conduits à inaugurer une phase d’expansion sans précédent du secteur, prolongée par les travaillistes jusqu’au milieu des années 2000.

Une hausse fulgurante des effectifs

La nouvelle politique publique, adoptée en 1987, avait pour premier horizon la fin des années 2000 et l’accès d’un tiers des effectifs de la classe des 18-30 ans à l’enseignement supérieur. Cet objectif fut atteint et fut relayé, dans un second temps, par l’objectif travailliste d’une moitié de la classe d’âge en 2010. Si la capacité du Royaume-Uni à parvenir à ce résultat peut être sérieusement mise en doute compte tenu de la récente stagnation des effectifs, la hausse du nombre d’étudiants n’en reste pas moins remarquable.

Le doublement des effectifs ne s’est pas réalisé au détriment des études à temps plein qui ont autant attiré que celles à temps partiel, tout en conservant une place largement majoritaire. La pratique du temps partiel, qui permet d’allonger la durée d’obtention du diplôme de l’enseignement supérieur, est née dans les années 1960 et connaît un certain succès depuis la fin des années 1980 : elle concerne désormais entre 30 % et 40 % des effectifs, essentiellement des salariés (voir tableau 1).

Tableau 1
Évolution du nombre d’étudiants (en milliers) inscrits et domiciliés au Royaume-Uni de 1988 à 2007 selon leurs modalités d’études

 

1988/
1989

1992/
1993

1995/
1996

1998/
1999

2004/
2005

2007/
2008

Étudiants

918

1 304

1 720

1 846

2 288

2 306

- à temps plein (%)

68,2

71,6

64,4

63,9

60,8

64,2

- à temps partiel (%)

31,8

28,4

35,6

36,1

39,2

35,8

Étudiants étrangers*

24,3

93,7

196,3

219,3

297,1

341,8

En % du nombre total

2,6

7,1

11,4

11,9

13

14,8

* Uniquement au niveau licence en 1988. Sauf s’ils sont des ressortissants de l’Union européenne, les étrangers paient des frais d’inscription beaucoup plus élevés et ne bénéficient pas des ressources accordées aux étudiants britanniques.
Source : Higher Education Statistics Agency (HESA).

Les études supérieures au service de la compétitivité et de l’employabilité

Si les conservateurs finissent par encourager la hausse des effectifs qu’ils s’étaient efforcés de ralentir dans un premier temps, c’est parce qu’ils prennent conscience du caractère particulièrement handicapant de leur politique d’enseignement supérieur pour la compétitivité des travailleurs britanniques.

Dès lors, si expansion il y a, ce sera sous certaines conditions. Hors de question de laisser les universités en dehors de ce type de préoccupations économiques. De nouveaux objectifs sont ajoutés à ceux traditionnellement fixés aux établissements d’enseignement supérieur. Les financements publics doivent dorénavant être justifiés par la qualité du service rendu, ce qui donnera lieu à l’évaluation de leur utilisation et à leur contractualisation selon le principe de l’assurance qualité. Les travaillistes reprennent à leur compte une grande partie de ces recommandations formulées notamment dans le rapport Dearing qui a été publié en 1997. Ils mettent de côté les objectifs purement universitaires et recentrent leurs objectifs sur une meilleure articulation des études supérieures et de l’emploi. Conjointement avec l’association des responsables d’université (UUK) et l’organisation patronale, la Confédération britannique de l’industrie (CBI), ils s’efforcent en effet de faire de l’enseignement supérieur une institution chargée d’améliorer l’employabilité de leurs concitoyens, comme en témoigne la reconnaissance des études à temps partiel. Celle-ci est, d’une part, symbolique car ce type d’études longtemps marginalisé dans les politiques publiques est dorénavant pris en compte de façon systématique dans les discours gouvernementaux et, d’autre part, financière car le gouvernement travailliste fait siennes les propositions du rapport Dearing en faveur d’une égalisation des frais d’inscription et de la création de ressources (bourses et prêts) dédiées aux étudiants à temps partiel(4).

Le discours tenu par les élites dirigeantes du pays laisse ainsi à penser que la compétitivité et l’employabilité des travailleurs constituent depuis 1987 les nouveaux objectifs des politiques publiques d’enseignement supérieur, de même d’ailleurs que les aides financières accordées aux étudiants anglais. Les discours gouvernementaux traitant de la hausse des frais d’inscription et des prêts étudiants voient dans ces évolutions l’occasion d’effectuer un partage plus équitable des coûts de l’enseignement supérieur et d’améliorer les qualités professionnelles des travailleurs britanniques. Sur ce dernier point, le livre blanc publié en 1988 à la demande du gouvernement conservateur et qui est à l’origine de l’introduction des prêts évoque la possibilité d’amener ainsi les étudiants à adopter de nouveaux comportements ayant trait à leur « conscience économique et à leur autonomie », et le rapport Dearing (chapitre 18) décrit le développement concomitant des frais d’inscription et des prêts comme le moyen d’offrir un enseignement de meilleure qualité et une qualification professionnelle attractive au Royaume-Uni comme à l’étranger.

Vers une nouvelle université ? Un thème largement consensuel

« L’enseignement supérieur devrait servir l’économie plus efficacement [...]. Pour prendre davantage en compte les besoins du pays en main-d’œuvre qualifiée, le gouvernement entend planifier une hausse du nombre d’étudiants pour les prochaines années, [...] analyser les besoins de l’économie pour produire le nombre exact et approprié de diplômés dans les années 1990, augmenter les taux de participation [...] et développer de façon plus approfondie la formation continue ».

Department for Education and Skills, Higher Education : Meeting the Challenge, 1987, avant-propos.

« Notre priorité principale est de s’assurer que si nous augmentons le nombre de places, ce sera pour que l’expansion soit d’une qualité et d’un type appropriés et réponde aux demandes des employeurs ainsi qu’aux besoins de l’économie et des étudiants ».

Department for Education and Skills, The Future of Higher Education, 2003, p. 60.

« L’enseignement supérieur a toujours développé l’employabilité des étudiants, mais il est temps dorénavant de le faire de façon plus explicite et plus systématique, et en collaboration étroite avec les employeurs ».

UUK, Enhancing Employability, Recognising Diversity, 2002, p. 21.

« Pour les employeurs, ce qui importe ce sont les compétences des employés – la nécessité de pourvoir chaque poste d’une personne capable. […] C’est ce qui explique pourquoi l’engagement concret des employeurs et des universités à identifier ces compétences […] est d’une telle importance. »

CBI, Stepping Higher : Workforce Development through Employer-Higher Education Partnership, 2008, avant-propos.

Frais d’inscription et prêts : la nouvelle condition des étudiants anglais

Longtemps réputé, voire dénoncé pour son élitisme, l’enseignement supérieur britannique a peiné à s’ouvrir à de nouveaux publics. L’arrivée massive d’étudiants à l’université a certes changé la donne mais le développement des frais d’inscription et des prêts est également source de nouvelles inégalités sociales.

Les prêts étudiants

Les débuts de l’élargissement de l’accès à l’enseignement supérieur ont coïncidé avec l’instauration des prêts accordés aux étudiants à temps plein inscrits en licence (undergraduates). A l’époque, les conservateurs avaient aussi décidé d’une nouvelle baisse des allocations pour la vie courante distribuées aux undergraduates à temps plein dans le cadre d’un système de bourses (mandatory awards) organisé conjointement par les autorités locales et nationales et assumant également la charge des frais d’inscription. Ces prêts seront financés et gérés par la Student Loans Company (SLC), créée pour ce faire par les conservateurs en 1990.

Les prêts prennent leur envol à partir de 1997 avec la suppression des bourses. Pour les remplacer, le gouvernement instaure le « nouveau système de soutien aux étudiants » qui s’appuie exclusivement sur les prêts de la SLC, dont les montants sont considérablement augmentés. Si, à l’origine, ces crédits étaient uniquement destinés au financement des dépenses de la vie courante, avec la loi sur l’enseignement supérieur de 2004 et la hausse des frais d’inscription (cf. infra), deux types de prêts sont désormais proposés aux étudiants à temps plein : l’un pour couvrir les frais d’inscription s’élevant à 3 000 livres sterling (3 750 euros)(5)et l’autre pour faire face aux dépenses quotidiennes pouvant représenter jusqu’à 6 000 livres (7 500 euros) (voir tableau 2).

Tableau 2
Évolution du montant des prêts pour les étudiants à temps plein depuis 1990 (livres sterling 2006)

Année

Lieux de résidence*

Prêts entretien

Prêts inscription

1990/1991

Décohabitant à Londres
Domicile d'origine
Décohabitant hors de Londres

719 (899 €)
516 (645 €)
657 (821 €)

--
--
--

1996/1997

Décohabitant à Londres
Domicile d'origine
Décohabitant hors de Londres

2 588 (3 235 €)
1 602 (2 002 €)
2 092 (2 615 €)

--
--
--

1998/1999

Décohabitant à Londres
Domicile d'origine
Décohabitant hors de Londres

3 796 (4 745 €)
2 806 (3 507 €)
3 301 (4 126 €)

--
--
--

2006/2007

Décohabitant à Londres
Domicile d'origine
Décohabitant hors de Londres

6 170 (7 712 €)
3 415 (4 269 €)
4 405 (5 506 €)

3 000 (3 750 €)
3 000 (3 750 €)
3 000 (3 750 €)

Évolution 1990/2006 (%)

Décohabitant à Londres
Domicile d'origine
Décohabitant hors de Londres

+ 758
+ 562
+ 570

 

* Les « décohabitants » ont quitté le domicile parental. Deux taux leur sont accessibles suivant le lieu de leur nouveau domicile. Ceux vivant à Londres touchent une somme plus importante en raison du coût plus élevé de la vie londonienne. Les étudiants vivant encore chez leurs parents sont soumis au régime du « domicile d’origine ».
Source : Student Loans Company.

Dès leur lancement en 1990, les prêts sont accordés à tous les undergraduates à temps plein, les montants étant modulés selon trois niveaux en fonction du lieu de résidence. Hormis la réévaluation des sommes proposées, les travaillistes ont apporté quelques changements au dispositif. En particulier, dorénavant, le remboursement qui, une fois les études supérieures terminées, doit être adressé aux autorités fiscales britanniques démarre à partir du moment où le revenu annuel du diplômé dépasse le seuil de 15 000 livres sterling(6), soit 17 343 euros. A partir de ce seuil, une retenue équivalant à 9 % de la tranche qui dépasse 15 000 livres est opérée.

Les tableaux 2 et 3 donnent la mesure des sommes mobilisées chaque année par les prêts de la SLC. Les prêts pour les dépenses courantes (maintenance loans) sont désormais attribués à la quasi-totalité de la population éligible (80 % en 2004) et il en est pratiquement de même en ce qui concerne les prêts pour les frais d’inscription (tuition fees loans). Mais si les dépenses s’envolent, les remboursements des diplômés tardent à rentrer dans les caisses de la SLC, et par conséquent, à contribuer au financement de ces deux dispositifs. Lors de l’année universitaire 2006-2007, ils correspondaient à moins de 20 %(7) des sommes versées. La majeure partie de ce décalage provient du fait que les diplômés sont moins endettés que les étudiants actuels. En ce sens, le dispositif repose encore sur une socialisation fiscale toute traditionnelle.

Tableau 3
Montant total des prêts accordés par la SLC en Angleterre et au Pays de Galles depuis 1990 (en millions de livres sterling 2006)

Année

Prêts

1990/1991

109

1998/1999

1 488

2004/2005

2 483

2006/2007

3 421

Évolution 1998/2006 (%)

+ 129,9

Source : Student Loans Company.

Les frais d’inscription

La vigoureuse progression des effectifs d’étudiants est d’autant plus remarquable qu’elle s’est opérée à dépenses publiques constantes au cours des années 1990, contrainte que les travaillistes vont s’attacher à remettre en cause dès le début de leur mandat en se prévalant du rapport Dearing. Plus généralement, depuis une vingtaine d’années, ce sont les revenus « privés » des universités, en forte croissance, qui ont permis de financer leur expansion (Carpentier, 2004), les frais d’inscription y occupant une part déterminante.

Durant la période où les conservateurs étaient au pouvoir, les frais d’inscription n’étaient exigés que des étudiants étrangers, britanniques à temps partiel et postgraduates. Les undergraduates à temps plein continuaient de bénéficier, pour une grande majorité d’entre eux, de la prise en charge des frais d’inscription par leur système de bourses. Mais les travaillistes ont changé les règles du jeu peu après leur arrivée à la tête du pays en 1997. Ils suppriment les bourses et mettent en place des frais d’inscription centralisés (1 000 livres sterling à l’époque) valables pour l’ensemble des undergraduates. Si cette décision améliore considérablement la situation des étudiants à temps partiel pour lesquels la fixation des frais était laissée jusqu’alors à la discrétion des établissements, elle constitue, pour les étudiants à temps plein, une remise en cause de la gratuité des études dont ils bénéficiaient. Ces frais vont augmenter au rythme de l’inflation jusqu’en 2006, date à laquelle le gouvernement décide de les porter à 3 000 livres (3 750 euros).

L’évolution du revenu des universités anglaises depuis 1997 montre le poids croissant qu’y occupent les contributions des étudiants, lesquelles semblent connaître une nouvelle accélération depuis 2006 (voir tableau 4).

Tableau 4
Part des frais d’inscription dans le revenu des universités en Angleterre de 1998 à 2007 (en % du total)

 

1998/
1999

2002/
2003

2004/
2005

2005/
2006

2006/
2007

2007/
2008

Frais assumés par les étudiants hors Union européenne (%)

5,6

7,5

8,2

8

8,4

8,3

Autres frais (%)

17,7

17,6

16,7

16,4

18

19,4

dont : - ceux à charge des undergraduates britanniques à temps plein

nd

nd

5,9

5,7

7,8

9,6

Source : HESA.

Un appauvrissement général des étudiants

La conséquence logique de ces différentes mesures réside dans l’accroissement de l’endettement étudiant, ainsi que dans un recours de plus en plus fréquent à l’emploi. Si les étudiants à temps partiel ont toujours été nombreux à exercer une activité rémunérée, ceux à temps plein ne connaissaient pas cette contrainte, du moins au tout début de la période de massification de l’université. Or, plusieurs éléments issus d’enquêtes réalisées à la demande du gouvernement laissent à penser que l’occupation d’un emploi au cours de l’année universitaire ou durant les vacances d’été constitue dorénavant une condition incontournable de la poursuite d’études supérieures à temps plein.

Tableau 5
Revenu* et activité rémunérée des étudiants à temps plein anglais de 1990 à 2005

 

1990

1993

1996

1999

2005

Proportion d'étudiants à temps plein exerçant une activité rémunérée durant l'année universitaire (%)

nd

47

69

62

56

Poids moyen du salaire dans le revenu des étudiants à temps plein (%)

6

7

14

14

22

Poids moyen des prêts de la SLC dans le revenu des étudiants à temps plein (%)

0

8

14

28

33

Proportion d'étudiants à temps plein exerçant une activité rémunérée durant les vacances d'été (%)

nd

nd

71

82

86

Temps d'emploi hebdomadaire moyen des étudiants à temps plein (en heures)

nd

nd

10

11

13,5

Proportion d'étudiants à temps plein exerçant une activité rémunérée de façon permanente durant l'année universitaire (%)

nd

nd

nd

23

39

 * La méthode de comptabilisation du revenu adoptée par les auteurs des enquêtes change à partir de 1999. Les données tirées des enquêtes de 1999 et 2005 ne sont donc pas rigoureusement comparables à celles de 1990, 1993 et 1996.
Source : Department for Innovation, Universities and Skills.

Tout d’abord, la part du salaire provenant d’une activité exercée durant l’année universitaire dans les ressources des étudiants à temps plein n’a cessé d’augmenter pour représenter près du quart du revenu global en 2005(8). Certes, après une forte augmentation sous le mandat des conservateurs, la proportion des étudiants occupant un emploi durant l’année universitaire s’est infléchie au moment de l’arrivée au pouvoir des travaillistes, pour représenter néanmoins en 2005 plus de la moitié des effectifs totaux. Cette évolution semble cependant être contrecarrée par la part croissante de l’activité rémunérée durant les vacances d’été (voir tableau 5) et par un allongement de la durée hebdomadaire ou annuelle d’emploi. Par ailleurs, il apparaît qu’un travail salarié a un impact sur les études supérieures en termes de santé, de bien-être, de résultats, de travail personnel... comme en témoignaient, en 2005, 39 % des étudiants à temps plein interrogés et 52 % des étudiants à temps partiel (Cebulla et alii, 2006).

Les enquêtes mettent aussi en évidence des différences selon l’origine sociale. A titre d’exemple, les étudiants à temps plein issus des milieux populaires ont tendance à occuper des emplois moins bien rémunérés et plus accaparants. Ils s’endettent aussi plus vite, en raison notamment d’une plus grande propension à recourir aux prêts bancaires.

Notes
(1) La quasi-totalité des éléments présentés ci-dessous est plus amplement développée dans un article paru dans la revue Formation Emploi et intitulé « La nouvelle condition des étudiants anglais : entre endettement et emploi », n° 110, avril-juin 2010, pp. 19-34.
(2) Angleterre uniquement car la décentralisation des pouvoirs accordée à l’Irlande du Nord, au Pays de Galles et à l’Écosse en 1999 dans le cadre de la « dévolution », a introduit de profondes divergences dans ce domaine au sein du Royaume-Uni.
(3) En ce qui concerne la période qui nous intéresse ici, les conservateurs ont été au pouvoir de 1979 à 1997 et les travaillistes de 1997 à 2010.
(4) Ces ressources restent incontestablement moins avantageuses que celles allouées aux étudiants à temps plein.
(5) La conversion est effectuée sur la base des taux de change ayant cours en 2010.
(6) L’une des principales clauses de la Loi sur l’enseignement supérieur de 2004 a été de faire passer ce seuil de 10 000 à 15 000 livres sterling.
(7) La proportion ne cesse toutefois d’augmenter depuis la création de la SLC. À titre d’exemple, elle n’était que de 10 % lors de l’année universitaire 1996/1997.
(8) En ce qui concerne les étudiants à temps partiel, la majeure partie de leur revenu continue de provenir de leur activité salariée. Comme précisé précédemment, les aides créées par les travaillistes sont bien trop faibles et restrictives pour influer sur cette situation.

Sélection bibliographique
- Carpentier V. (2004), Historical Statistics on the Funding and Development of the UK University System, 1920-2002, UK Data Archive, [http://www.data-archive.ac.uk].
- Cebulla A., Connor H., Finch S., Hillage J., Hunt W., Jones A., Loukas G., Parfrement J., Pollard E. et Tyers C. (2006), SIES 2004/05, DfES.
- Dearing R. (1997), Higher Education in the Learning Society, National Committee of Inquiry into Higher Education, Londres : HMSO.
- Deer C. (2004), « The Expansion of Higher Education : Economic Necessity or Hyper-Inflation ? », in Hayward G. et James S. (coord.), Balancing the Skills Equation, Bristol, Policy Press.

* Doctorant, Institutions et dynamiques historiques de l’économie – IDHE (UMR 8533), Université Paris Ouest Nanterre

Pour citer cet article : Aurélien Casta, « Inquiétudes sur la condition étudiante en Angleterre », Grande Europe n° 25, octobre 2010 – La Documentation française © DILA

 

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