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Bulgarie. Vers une renaissance du cinéma ? par Nadège Ragaru

[Bulgarie. Vers une renaissance du cinéma ? par Nadège Ragaru], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Photo extraite du film Dzift (2005) : l’acteur bulgare Mihail Mutafov dans le rôle de Moleca.
http://www.cinema.bg/sff/2009/bg/movie.php?movieSid=1120

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Mis à jour le 12/08/2009

Introduction

Après une traversée du désert de près de vingt années (le nombre des salles de cinéma passe de 3 453 en 1989 à 191 en 1999), le Septième Art retrouve quelques lettres de noblesse grâce notamment au talent de jeunes réalisateurs, au soutien compté des pouvoirs publics (lois en 1998 qui encourage la production cinématographique et en 2003 allouant quelques subventions) et aux subsides européens.


Bulgarie. Vers une renaissance du cinéma ?

Nadège Ragaru*

Un noir et blanc profond, lisse, presque huileux. La caméra glisse sur le corps musculeux de Moleca, condamné à la prison avant l’arrivée au pouvoir des communistes et qui, à sa libération, se retrouve plongé dans une Bulgarie des années 1960 qu’il ne reconnaît plus. L’action se déroule en une seule et unique nuit - la dernière pour Moleca - et entraîne le spectateur dans une longue déambulation à travers une Sofia semée de monuments, bâtiments et symboles communistes…pour s’achever, comme il se doit, dans un cimetière. Mélange de « rétro-sots »(1) et de « néo-noir », servi par un travail d’opérateur et une photographie remarquables, Dzift est l’œuvre d’un jeune metteur en scène de théâtre, Iavor Gărdev, dont c’est la première incursion au cinéma. Et, pour la première fois depuis la chute du communisme, un cercle vertueux s’enclenche : en juin 2008, la fiction produite par Miramar (qui a bénéficié du soutien du Centre national du film bulgare et de la Télévision nationale bulgare) est primée au Festival international de Moscou (meilleur réalisateur, meilleur film). Projeté sur les écrans bulgares deux mois plus tard, Dzift rencontre un double succès auprès de la critique et du public. Au Festival du cinéma « La rose d’or » de Varna, il est plébiscité (six récompenses). Quelques mois plus tard, en mai 2009, la chaine câblée HBO achète le film, laissant augurer une carrière européenne.

Le cinéma bulgare serait-il en passe de renouer avec son public et d’obtenir une reconnaissance internationale longuement attendue ? Ces dernières années, plusieurs longs-métrages ont franchi les frontières nationales, ont été sélectionnés dans des festivals internationaux (Toronto, Sundance, Karlovy Vary, Sarajevo, Montréal, etc.) et primés(2). Mais, faute de distributeurs, leur audience est souvent restée confidentielle. Qui, en France, serait capable de citer le nom d’un seul réalisateur, film ou acteur bulgares des vingt dernières années ? Alors que la nouvelle production cinématographique roumaine a été programmée sur les écrans français avant même que Quatre mois, trois semaines et deux jours de Cristian Mungiu n’obtienne la Palme d’or à Cannes en 2007, la Bulgarie se fait rare dans les salles de cinéma hexagonales et, plus largement, européennes.

Comment comprendre la quasi-invisibilité d’un pays dont l’histoire cinématographique remonte pourtant à 1897, date de la première projection organisée par les frères Lumière à Ruse, sur les bords du Danube, et le premier film connu à 1915 (Bălgaran e galant) ? Un État qui s’était doté dès 1962 d’un studio public de production aux infrastructures alors sans équivalent dans les Balkans et qui, dans les années 1970-1980, produisait entre 20 et 25 fictions chaque année. La crise dans laquelle la chute du communisme a plongé l’industrie cinématographique bulgare – effondrement des subsides publics, érosion de la fréquentation des salles, concurrence des productions américaines, de la vidéo et du téléchargement illégal, etc. – n’est sans doute pas étrangère à cette situation, même si elle ne saurait en épuiser les causes(3). Depuis bientôt deux décennies, les cinéastes bulgares tentent de repenser leur place dans un paysage artistique européen en mutation dont le modèle économique les confronte à de lourds défis.

La longue nuit du post-communisme : effondrement de la production, salles désertées

À ceux qui avaient espéré que la disparition de la censure et la suppression du monopole d’État libèreraient les énergies créatives, l’observation des vingt dernières années a apporté un cruel démenti. Avec l’avènement de la démocratie, l’ancienne filière cinématographique est démantelée: l’entreprise publique, Bălgarska kinematografija, qui assurait la production, la diffusion et l’exploitation des films est liquidée en mars 1991. Engagée dans une difficile transition vers l’économie de marché, l’État se retire d’une branche autrefois prioritaire. Dès 1993, un nouvel organisme public est cependant créé, le Centre national du film, qui a pour mission de soutenir la production, la distribution et la promotion à l’étranger des réalisations bulgares(4). Mais les aides publiques ne permettent de financer que deux fictions par an, alors que la production privée reste embryonnaire et que les coproductions internationales (notamment avec la France et dans le cadre d’Eurimages, le Fonds de soutien du Conseil de l’Europe pour le cinéma européen), encore trop rares, ne tiennent pas toujours toutes leurs promesses. Pour des milieux artistiques habitués à bénéficier de la manne publique, l’ajustement à la nouvelle loi du marché est cruel. En l’espace de quelques années, la production nationale s’effondre : le nombre de longs-métrages tombe à moins de cinq films par an (0 en 1999)(5).

Certains professionnels du cinéma tentent leur chance à l’international, avec des fortunes variées ; d’autres se reconvertissent, parfois dans de petits métiers fort éloignés du Septième art. Maints acteurs survivent grâce au théâtre qui, plus vite que le cinéma, parviendra à reconstituer son public dans les grands centres urbains. La jeune génération des réalisateurs trentenaires au moment du changement de régime doit mettre son œuvre entre parenthèses : d’aucuns se tournent vers la réalisation de documentaires – moins onéreuse – ; les plus chanceux travaillent pour la télévision. En cette période d’effervescence politique, les bancs de l’Assemblée nationale se colorent aussi de visages connus : acteurs, écrivains-scénaristes ou cinéastes. Evgueni Mihajlov (qui avait fait ses débuts en 1983) se fait connaître du grand public en tant qu’auteur de l’enregistrement qui conduit le président Petăr Mladenov (issu de l’ancien Parti communiste) à la démission en juillet 1990(6). Un universitaire et critique de cinéma, Ivaylo Znepolski, devient ministre de la Culture (1993-1995). Il faut attendre la fin des années 1990 avant que les perspectives professionnelles dans la filière s’éclaircissent un peu : la croissance du secteur de la publicité, le développement des chaînes télévisuelles privées et des réseaux câblés fournissent des débouchés aux diplômés de l’Académie nationale pour l’art théâtral et filmique (NATFIZ). La plupart des cinéastes sont toutefois contraints de multiplier les engagements en attendant de pouvoir, un jour, tourner à nouveau pour le cinéma.

La fréquentation des salles n’est pas épargnée par ce climat morose. Sous le communisme, la Bulgarie avait développé un réseau très dense de salles de projection, singulièrement en milieu rural, le cinéma ayant reçu pour mission de participer à « l’éducation des masses » et à l’édification du socialisme(7). En 1980, on recensait 3 453 cinémas, dont 511 en zone urbaine et 2 942 en milieu rural pour un total de 95,85 millions d’entrées (dont 22,67 dans les villages) – un chiffre remarquable au regard des huit millions d’habitants que comptait alors le pays(8). En quelques années, sous les effets conjugués de la restitution des biens nationalisés, d’une quête de rentabilité qui condamne à la fermeture maints sites ruraux et d’une politique de privatisation chaotique, cette infrastructure se délite : en 1995, il ne reste plus que 232 cinémas, un chiffre ramené à 191 en 1999. Le développement des DVD et de la vidéo (notamment pirate), puis celui du téléchargement illégal sur Internet viennent par ailleurs bouleverser les habitudes des spectateurs bulgares. La hausse du prix des billets – qui atteint quelque 6 leva à Sofia à la fin des années 1990, quand, à cette même date, le salaire mensuel moyen ne dépasse pas les 200 – fait du cinéma un loisir excessivement onéreux(9). En 1999, 1,922 million de tickets sont vendus, dont seulement 14 000 en zone rurale.

Depuis le milieu des années 2000, le développement des multiplexes dans les grandes villes a certes partiellement inversé la tendance à l’érosion du public (voir tableau). Mais la récente augmentation du nombre des écrans (environ 200 en 2009) est trompeuse : la plupart sont concentrés à Sofia, qui possède aujourd’hui cinq multiplexes (Arena, Arena-Mladost, Cineplex, Cinema City, United New Cinema). Par ailleurs, ces salles à la programmation commerciale, principalement américaine, ne profitent guère au cinéma national. En 2005, un film bulgare pouvait ainsi espérer réaliser entre 7 000 et 10 000 entrées – un chiffre trop faible pour que les recettes d’exploitation couvrent plus de 15 % à 20 % du budget moyen d’une fiction (entre 400 000 et 500 000 euros)(10).

Fréquentation des salles de cinéma copie

Redevenus autonomes, les studios publics de production tentent par ailleurs de survivre en attirant des tournages étrangers. Au prix d’un sévère dumping social, les Studios Boyana qui disposent, à quelques kilomètres de Sofia, d’une vaste infrastructure moderne est parvenu, dès la seconde moitié des années 1990, à accueillir le tournage de grandes fictions internationales – parmi lesquelles Little Budha de Bernardo Bertolucci (1993), The Prince of Homburg de Marco Bellochio (1997) et l’adaptation de la pièce de Tchekhov, The Cherry Orchard, due à Michael Cacoyannis (1999) –, faisant concurrence aux studios tchèques et roumains. Au terme d’une procédure de privatisation controversée, les Studios Boyana sont finalement cédés en 2005 au producteur californien, Nu Image, qui y avait déjà délocalisé la production d’une soixantaine de films. Les acteurs de la filière, qui dénoncent l’absence de stratégie du nouvel acquéreur et son refus de s’engager à soutenir la production filmique bulgare, tentent de s’opposer à la transaction, en vain. Début 2009, Nu Boyana Film Studios exhibait un épais carnet de commandes (essentiellement américaines), la crise financière mondiale ayant accru la pression sur les coûts, et pouvait se vanter d’avoir été associé au tournage de Ninja Assassin (sortie prévue en 2009), The Way back de Peter Weir, The Code de Mimi Leder (avec Morgan Freeman et Antonio Banderas), It’s Alive de Josef Rusnak, Hitman, l’adaptation d’un jeu vidéo confiée à Xavier Gens, et de la série télévisuelle de la BBC, Roman Mysteries II(11).

La difficile formulation d’une nouvelle politique publique du cinéma

Il faut attendre l’arrivée au pouvoir de la majorité réformatrice d’Ivan Kostov (Union des forces démocratiques, SDS) en 1997 et, plus encore, le début des années 2000, pour que s’esquisse une politique publique en matière d’aide à la création. En 1998, sur la base du Programme pour le développement de la culture cinématographique (adopté en 1997), la nouvelle Loi sur la télévision et la radio (Zakon za radioto i televizijata) confie à la télévision nationale publique (Bălgarska nacionalna televizija, BNT) un rôle-pivot dans le soutien à la production cinématographique : BNT doit chaque année consacrer au minimum 10 % de la subvention que lui alloue l’État à la production de films. Pour ce faire, elle crée un Centre de la création filmique télévisuelle, chargé de suivre les projets depuis leur sélection jusqu’à leur réalisation, selon un principe de financement intégral ou de co-financement (notamment avec le Centre national du film). En 2005, on estimait que 10 fictions et séries télévisuelles et plus de 30 documentaires étaient ainsi produits chaque année, le budget moyen d’une fiction tournant autour de 110 000 euros(12).

La réforme législative la plus importante intervient en 2003, avec le vote d’un texte sur l’industrie cinématographique (Zakon za filmovata industrija) qui vient remplacer la loi de 1948, resté en vigueur jusque-là. Celui-ci prévoit la création d’une Agence exécutive intitulée « Centre national du film » chargée de répartir entre les divers candidats dont les projets sont examinés en commission, les subventions du ministère de la Culture prévues par le budget de l’État. Le montant de ces dernières est calculé de façon à assurer, annuellement, la réalisation de cinq fictions, dix longs-métrages et 120 minutes d’animation(13). Les aides publiques à la rédaction de scénarios et à la production – dispensées sous la forme de prêts à taux d’intérêt nul – ne peuvent couvrir plus de 80 % du financement d’un projet (ni être inférieures à 30 %)(14). En outre, la loi stipule que 10 % des aides étatiques doivent être consacrées au soutien de la diffusion et de la distribution des films bulgares et 5 % à la promotion des films bulgares à l’étranger. Par ailleurs, un Conseil national du cinéma, composé de 12 membres, est créé afin d’accompagner le développement d’une politique étatique en matière d’industrie cinématographique.

Face à la concurrence internationale, des efforts sensibles ont, par ailleurs, été réalisés en matière de défense du film bulgare. La loi de 2003 a ainsi introduit un système de quotas : 15 % au moins de la programmation des cinémas doit être consacrée à des films européens et 5 % à des films bulgares. Mais les amendes prévues en cas d’infraction sont insuffisantes pour exercer une fonction dissuasive (28 000 leva environ). Les multiplexes, en particulier, sont soupçonnés de ne pas respecter des quotas dont ils ont essayé à plusieurs reprises – au moyen d’un très actif lobbying parlementaire – de se faire dispenser, arguant que la production annuelle bulgare était insuffisante pour remplir les plages horaires prévues par la loi...

Le nouveau dispositif n’en fait pas moins l’objet de vives critiques dans les milieux cinématographiques, qui demandent la création d’un Fonds pour le film disposant d’un budget autonome et de sources de revenus pérennes. Le modèle le plus fréquemment cité est celui de la Roumanie, où, depuis 2002, le financement public des films est assuré par des taxes sur la publicité, la distribution des DVD et des vidéos, ainsi que par les entrées(15). Outre le cadre juridique, les détracteurs soulignent le manque de transparence dans la gestion des subsides publics, la préférence accordée aux scénarios consensuels au détriment des sujets plus innovants, ainsi que le faible engagement en faveur des réalisateurs débutants. Entre 2000 et 2007, seuls 4 premiers films sont ainsi sortis sur les écrans bulgares(16). Certains représentants des « nouvelles générations » (généralement eux-mêmes âgés de 40 à 45 ans) dénoncent les privilèges dont les cinéastes établis jouiraient. Dans ce contexte, la révélation par la Commission sur les dossiers de l’ancienne Sûreté d’État bulgare, du nom des personnalités de la télévision ayant collaboré avec les ex-services secrets, fin 2008, ne pouvait qu’exacerber les divisions internes à un milieu audiovisuel fragilisé. En mai 2009, le « jeune » cinéaste, Ljudmil Todorov (né en 1955), a relancé la controverse en stigmatisant publiquement la mainmise exercée par d’anciens agents des services sur les institutions cinématographiques bulgares – à l’instar d’Aleksandar Grozev (critique de cinéma et directeur du Centre national du film), de Vladimir Ignatovski (nommé en 2008 président de la Commission du film de fiction) et de Kevork Kevorkian (présentateur de télévision, qui a présidé le Festival du film de Varna en 2008)(17).

Le bilan de deux décennies d’ajustement aux nouvelles lois du marché reste mitigé. En l’espace de vingt ans, la cinématographie bulgare a produit une centaine de films, dont 19 premiers films, et reçu 50 récompenses internationales (principalement pour des documentaires(18) et des films d’animation, deux domaines dans lesquels le pays a acquis une solide réputation). Peu à peu, une nouvelle génération de producteurs privés a émergé, qui comprend des personnalités telles que Rosica Valkanova. Le nombre des coproductions internationales a aussi sensiblement augmenté, singulièrement à l’échelle balkanique (avec la Grèce, la Turquie, les pays de l’ex-Yougoslavie, notamment) et grâce à la création, en 2001, à Paris, d’un réseau de jeunes cinéastes balkaniques financé par le Programme européen « Youth and Media ». En matière d’aide à la création comme de défense de la production nationale et européenne(19), l’intégration de la Bulgarie à l’Union européenne a en outre exercé un rôle positif. En 2002-2003, la Bulgarie est ainsi devenue éligible aux programmes européens Media + et Media Training. Plusieurs films bulgares ont pu récemment bénéficier de financements européens, à l’image de I Gospod sleze da ni vidi/Même Dieu est descendu nous voir (2001), une coproduction franco-bulgare réalisée par Petăr Popzlatev. Par ailleurs, quelques jeunes cinéastes ont commencé à explorer la voie du cinéma indépendant, dans le sillage de Zornica Sofia, auteur du remarqué Mila de mars (Mila ot Mars) en 2004.

Peu à peu, le cinéma bulgare reconquiert la visibilité qui avait été la sienne dans les années 1970-1980 comme en atteste le dossier que la revue, Kinokultura, lui a consacré en 2006 sous la direction de Ron Halloway et Dina Iordanova(20). Plusieurs manifestations, désormais régulières, ont contribué à cette renaissance : au Festival du film de Varna est venu s’ajouter en 1996 le Festival international du film de Sofia, que dirige Stefan Kitanov. Au fil des années, ce dernier est parvenu à nouer des liens avec des partenaires centre-européens comme le Festival CentEast de Varsovie, le Belgrade Fest, le Festival Titanic à Budapest et le Festival du film transylvain de Cluj.

S’il est possible, avec R. Halloway et D. Iordanova, de parler d’une « génération perdue » de cinéastes aujourd’hui âgés d’une cinquantaine d’années, qui furent touchés de plein fouet par les changements de 1989, la création bulgare présente néanmoins une belle variété de styles, de genres et de tonalités. S’y détachent notamment les figures de Georgi Djulgerov (Lejdi Zi/ Lady Zee, 2005, Kozelat/La chèvre, 2009) et de Radoslav Spassov (Otkradneti oči/Les yeux volés, 2004). Chez les cinquantenaires, l’œuvre de Krasimir Kroumov irradie une poésie singulière (Smisălăt na života/Le sens de la vie, 2004). Une jeune génération est par ailleurs en train d’émerger, associée aux noms de Milena Andonova, Zornica Sofia, Igliki Trifonova ou Nadežda Koseva, dont le court-métrage Omlet/Omelette a été primé au Festival américain de Sundance en 2009. A la rentrée 2009, le public français devrait par ailleurs découvrir un jeune cinéaste bulgare passé par la Fondation européenne pour les métiers de l’image et du son (FEMIS), Kamen Kalev (34 ans), dont le premier long-métrage, Eastern Plays, présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, a été décrit par un critique comme un «grand petit film humaniste et lunaire qu’on a immédiatement besoin de glisser dans sa poche pour l’emmener partout avec soi»(21). De quoi donner envie de se plonger dans le noir d’une salle de projection pour y voir une autre image de la Bulgarie.

Notes
(1) L’expression renvoie à celle de « sots arts » contraction des mots « socialisme » et « arts », courant apparu dans les années soixante-dix d’abord en Russie, puis dans d’autres pays de l’Est et qui consiste à détourner l’image aux fins de ridiculiser certains poncifs du réalisme socialiste et plus largement toute symbolique du pouvoir ou encore de la religion à l’Est comme à l’Ouest.
(2) Oburnata elha (Le sapin renversé, 2004) de Ivan Čerkelov et Vasil Živkov a ainsi obtenu le prix spécial du jury au Festival de Karlovy Vary, soit la récompense la plus prestigieuse décrochée par un film bulgare depuis vingt ans. En 2007, Majmuni prez zimita (Singes en hiver) de Milena Andonova a été élu meilleur film dans la catégorie Est et Ouest à Karlovy Vary. A Sarajevo, Lejdi Zi (Lady Zee) de Georgi Djulgerov a reçu le prix Cœur de Sarajevo.
(3) Les autres cinématographies est-européennes ont également traversé une difficile période d’ajustement. Voir Kristian Feigelson, « Le cinéma à l’Est », Le Courrier des pays de l’Est, n° 1058, juin 2006, pp.18-28.
(4) Le Centre national du film est actuellement coordinateur, pour la Bulgarie, de l’Observatoire européen audiovisuel et du Programme Media + de l’Union européenne.
(5) La liste de films bulgares produits entre 1989 et 2000 est disponible à l’adresse : http://www.titra.net/html/films/frsetyears.htm
(6) Débordé par une manifestation de l’opposition démocratique, le 14 décembre 1989, le réformateur communiste avait été filmé déclarant : « il vaut mieux que les tanks viennent » (Po-dobre tankovete da dojdat).
(7) Sur le cinéma bulgare de la période socialiste, voir Aleksandăr Janakiev, Cinema.bg, Sofia : Titra, 2003.
(8) Chiffres disponibles à l’adresse : http://www.titra.net/news/statistic.htm
(9) En 2009, dans les multiplexes de Sofia, le prix du billet oscille entre 10 et 12 leva pour un salaire mensuel moyen de 484 leva (2008).
(10) Ces données ne reflètent évidemment pas l’audience réelle des films, en raison de la fréquence des téléchargements illégaux sur Internet, des achats de DVD et des diffusions télévisuelles.
(11) Voir Anna Franklin, “Nu Boyana Film Studios Helmers in Cannes As Studio Reports Strong Start to 2009”, Film New Europe, 17 mai 2009, à l’adresse : http://www.filmneweurope.com/news/Page-3
(12) Chiffres du Centre national du film cités dans Mihail Meltev, « Le statut social des professionnels du cinéma chez nous », Kultura, mai 2005 (en bulgare).
(13) En 2009, l’État a apporté un soutien de 14,4 millions de leva (soit environ 7 millions d’euros) à la production cinématographique bulgare, une somme modique si l’on se souvient qu’un film de fiction coûte en moyenne de 800 000 à 1 million de leva.
(14) En 2005, les subventions couvraient en moyenne 50 % des besoins de financement (70 % pour les premiers films).
(15) Voir Georgi Čolakov, « Le chaos après la loi. Les problèmes les plus récents du cinéma bulgare », Kultura, 2451, mars 2007 (en bulgare).
(16) Cette situation devrait toutefois s’améliorer dans les années à venir, puisqu’en 2008, 7 des 8 propositions de premiers films soumises au Centre national du film ont été agréées. Les disparités d’un État à l’autre restent cependant saisissantes : en 2007, un étudiant allemand disposait en moyenne de 40 000 euros pour réaliser son film de diplôme, contre 1000 à 3000 leva (la moitié en euros) pour un diplômé de NATFIZ en Bulgarie. Chiffres cités dans Kristina Grozeva et al., « Le cinéma bulgare va dans le mur », Kultura, 2460, mai 2007 (en bulgare).
(17) Voir « Nouveau scandale avec d’anciennes pellicules », Politika, 7 mai 2009 (en bulgare), à l’adresse : www.politika.bg/article?id=12668
(18) Parmi les documentaristes bulgares, on ne peut manquer d’évoquer les noms de Andrei Paunov, Adelina Peeva, Stefan Komandarev et Tatiana Vaksaberg. Et s’il fallait recommander un documentaire, ce serait Problème avec les moustiques (Problemat s komarite i drugi istorii, 2004), où A. Paunov a collecté les témoignages d’habitants de Belene, ville située non loin d’un des camps communistes les plus meurtriers, qui ne se souviennent de rien, non, de rien, à part des moustiques dans les années 1950...
(19) Depuis son adhésion à l’UE en janvier 2007, la Bulgarie est en outre obligée d’appliquer la directive « TV sans frontières » en matière de diffusion audiovisuelle de programmes européens (au moins 50 %) et de productions indépendantes (au moins 10 %) et fait l’objet d’un monitoring annuel.
(20) Le dossier est entièrement accessible sur Internet à l’adresse : http://www.kinokultura.com/specials/5/Bulgarian.shtm
(21) Voir « L’homme sans rage », Technikart, 18 mai 2009.

* Chargée de recherche au CERI-Sciences Po (CNRS)

Pour citer cet article : Nadège Ragaru, « Vers une renaissance du cinéma ? », Grande Europe n° 11, août 2009 – La Documentation française © DILA

 

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