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L’Union européenne à la peine. Entretien avec Pierre Hassner

[L’Union européenne à la peine. Entretien avec Pierre Hassner], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

De 1964 à 2003, Pierre Hassner a enseigné les relations internationales à Sciences Po Paris et à la Johns Hopkins University à Bologne. Membre du Comité de rédaction des revues Esprit, Survival et Commentaire
Dila - novembre 2014

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Mis à jour le 19/11/2014

Introduction

Agrégé de philosophie et spécialiste des relations internationales, Pierre Hassner répond ici aux questions de la rédaction de P@ges Europe. Face à une Union européenne fragilisée par des divisions internes que la crise ukrainienne risque de renforcer, l’ancien Directeur de recherche au Ceri/Sciences Po explore les raisons de cette inquiétante situation imputable, selon lui, à un processus d’intégration trop timide, à une répugnance à se confronter à une Russie déterminée à défendre sa zone d’influence, enfin à une absence de stratégie claire à l’égard de ses voisins, à commencer par l’Ukraine.


L’Union européenne à la peine. Entretien avec Pierre Hassner*

La rédaction – Vous nous aviez, voilà trois ans, accordé une interview consacrée à la reconfiguration du continent européen aux lendemains de la fin de la Guerre froide (1). Aucune de vos réponses n’a pris une ride, malheureusement, dirons-nous, dans la mesure où plusieurs développements récents sont venus conforter certaines de vos craintes, sachant que vous vous considérez toujours comme foncièrement pessimiste. L’actualité récente sur le continent européen et la situation prévalant dans l’Union européenne (UE) vous inspirent-elles un constat identique ?

Oui, effectivement, on doit malheureusement constater que mon appréciation générale de la situation en Europe n’a pas tellement changé : certaines choses vont mieux mais d’autres ont empiré. Je reste donc pessimiste. Certes, le pire a été évité à certains égards : la zone euro a résisté, et la Grèce n’en est pas sortie, les scénarios les plus catastrophistes sur le plan économique ne se sont pas vérifiés. Ceci étant, face au risque de dislocation de la zone euro que l’on pouvait craindre, le sentiment prévaut, cette fois, que l’UE n’a pas tiré toutes les leçons de cette crise infirmant ainsi, et c’est dommage, l’approche de Jean Monnet, un des pères fondateurs de l’Union, selon qui "l'Europe a toujours avancé grâce à ses crises".

Sur ce front de l’économie, les progrès sont en effet modestes car on ne peut se contenter d’une monnaie commune et ne pas avancer sur la question de l’harmonisation fiscale et budgétaire. On a fait là le contraire de ce qu’il fallait faire : le système bancaire est resté national du fait des fortes réticences de certains États membres, à commencer par l’Allemagne. Celle-ci, pourtant, après s’être un peu fait tirer l’oreille, a œuvré à son tour à la constitution d’un Fonds européen de stabilité financière. Du côté de la fiscalité, les résistances sont très vives, à commencer par la Grande-Bretagne qui est opposée à toute convergence fiscale. Plus grave encore – j’y reviendrai – d’eurosceptiques qu’ils étaient, les Britanniques sont aujourd’hui devenus majoritairement europhobes. On assiste donc davantage à l’élaboration de politiques de rafistolage qu’à celle de politiques d’envergure, en raison d’une incapacité à dépasser les souverainismes nationaux. Pire, les divisions entre les États membres se sont creusées, y compris au sein du leadership franco-allemand : la cohésion toute relative qui valait au temps du tandem Merkel-Sarkozy s’est relâchée sous la présidence de François Hollande tandis que la présidence par l'Italie du Conseil de l’Union européenne en la personne de Matteo Renzi a donné lieu à une tentative théâtrale, mais inefficace pour l’heure, d’axer davantage le Pacte de stabilité et de croissance de l'UE sur le second des deux termes. Chacun se raidit : les Allemands voudraient que les autres fassent comme eux, tandis que certains Grecs vont jusqu’à oser rapprocher l’attitude de la chancelière allemande Angela Merkel de celle de l’Allemagne nazie. Sur cette division Nord-Sud se greffe une divergence de vues au sein du couple franco-allemand. Certes, la situation n’est pas catastrophique mais à tout le moins, elle a longtemps été bloquée, aboutissant à une stagnation dangereuse.

Le deuxième facteur d’inquiétudes est bien sûr la montée de l’euroscepticisme chez les peuples européens. Devenu le fonds de commerce de formations qui ont le vent en poupe (Front national en France, UKIP en Angleterre, etc.), cet euroscepticisme me semble aussi devenu un sentiment partagé par une majorité silencieuse qui considère que l’euro a fait plus de mal que de bien. Partant de là, le fossé s’élargit entre les partisans du « moins d’Europe » et ceux qui considèrent que la solution réside dans un approfondissement de l’intégration, option à laquelle, en tant qu’Européen convaincu, j’adhère.

À l’instar de l’ex-député européen Jean-Louis Bourlanges(2), je dirais aussi que cette crise de confiance à l’égard de l’UE remonte au milieu des années 1990 lorsqu’ont disparu de la scène européenne des personnalités comme Jacques Delors, ex-Président de la Commission, le Président François Mitterrand qui, avec le chancelier Helmut Koh, avait donné une impulsion à la construction européenne. Les hauts responsables politiques qui leur ont succédé (Jacques Chirac, Lionel Jospin pour la France, Gerhard Schröder en Allemagne) n’ont pas fait preuve d’une telle volonté, ni déployé une telle énergie en ce sens. Par exemple, chacun s'est déclaré prêt à accepter l'euro mais sans accepter d'en supporter toutes les conséquences. De cette époque date une tendance à la re-nationalisation, faisant de l’UE un bouc émissaire tout désigné, une perception que la crise financière est bien sûr venue amplifier. Si F. Mitterrand présentait l’Europe comme un rempart contre les excès de la mondialisation, aujourd’hui, c’est l’UE qui est vue comme le vecteur même de celle-ci, son incarnation.

Tout un chacun a besoin de s’identifier à une communauté, quelle que soit la taille de celle-ci, tout en demeurant ouvert sur l’extérieur : ainsi, devrait être l’UE. Cette approche devrait permettre de lui faire jouer un rôle de filtre modérateur face aux divers chocs, qu’il s’agisse de la circulation des capitaux, du terrorisme ou de l’immigration. Or, chacun joue pour soi comme l'illustre ce sujet dramatique et honteux de l’immigration : quand l’Italie en appelle à la solidarité européenne, personne ne veut partager le fardeau au point que le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, de son propre aveu, se voit agir non plus « pour » mais « contre » les réfugiés. Le projet européen de créer une identité ouverte à la fois sur l’environnement extérieur et sur les composantes intérieures de l’Union est menacé par une fermeture et un éclatement également néfastes(3). La mondialisation a tant exacerbé le désir de repli que la fonction de médiation que l’UE devrait jouer n’opère plus guère, en tout cas dans la conscience des peuples.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir donné au Parlement européen plus de pouvoir et d’avoir amené la Commission européenne à répondre davantage de ses actes ; là encore, force est de constater que les États membres ne jouent pas le jeu, cooptant à Bruxelles des commissaires manquant d’envergure ou utilisés à contre-emploi (comme le Hongrois Tibor Navracsics chargé de la Culture, le Britannique Jonathan Hill, de la stabilité financière) et faisant de la nomination de ces derniers l’objet d’âpres marchandages partisans.

La rédaction – Les événements survenus en 2014 en Ukraine illustrent, d’une part, le refus de Moscou de voir cette ex-République soviétique se rapprocher de l’Union européenne (pire encore, entrer dans l’Otan) et la détermination de Vladimir Poutine à asseoir la présence de la Russie dans cette région ; d’autre part, la difficulté récurrente de l’UE à tenir un langage clair tant à l’égard de ce voisin pourtant partie prenante à la Politique européenne de voisinage, que de la Russie qui provoque chez les États membres des réactions différentes. Quelles leçons tirer de cette situation où, de nouveau, on recourt aux armes aux portes de l’UE ?

Les événements en Ukraine constituent pour l’UE un rappel sévère à la réalité. Comme l’écrit ma collègue Anne-Marie Le Gloannec(4), son attitude révèle combien la Politique européenne de voisinage souffre d’un manque de stratégie, d’absence de vision. L’UE, depuis la fin de la Guerre froide, n’a pas eu à gérer la violence à ses portes – hormis lors des guerres où elle a montré son impéritie dans l'ex-Yougoslavie – contrairement aux États-Unis qui, certes, le font à leur manière. L’UE répugne ce type de gestion. Pour sa part, l’Allemagne refuse d'être une puissance militaire, considérant son économie et ses performances commerciales à l’exportation comme ses meilleures armes. Partout dans le monde, les budgets militaires augmentent sauf dans l’UE au risque de passer, c’est selon, pour « le seul sage parmi les fous » ou « le plus fou parmi les fous ». Les événements en Ukraine ouvrent sur une nouvelle période de violence à laquelle l’UE veut réagir le plus pacifiquement possible. Que fait-on face à cet état de choses ? On ressuscite le Triangle de Weimar - l'alliance entre la France, l'Allemagne et la Pologne - ce qui est une bonne idée, on s’entretient avec Vladimir Poutine (près de 35 fois dans le cas d’A. Merkel en quelques mois), et l’on prend la mesure de ses propres divisions sur la question : la Pologne et les États baltes, en première ligne, appellent à la fermeté, les pays nordiques sont très inquiets, eux aussi, tandis que la Hongrie se range du côté de Moscou, dépendance énergétique oblige, une contrainte qui conditionne également les positionnements de l’Italie et, dans une moindre mesure, de l’Allemagne. Bruxelles n’a eu jusqu’à présent avec ses voisins qu’une approche technocratique, faisant mine de ne pas prendre la mesure des aspirations de l’Ukraine qui a dit haut et fort son profond désir d’adhérer à l’UE. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : des États membres fondateurs tels que la France n’ont jamais pensé vraiment sérieusement à intégrer au sein de l'UE ce pays considéré comme faisant « naturellement » partie de l’orbite russe ; preuve en est quand, en 2005, les Américains ont posé la question de l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan, la France comme l’Allemagne, chacune avec son propre agenda, s’y sont vigoureusement opposées. Il n’existe pas au niveau de l’UE, de conviction profonde que l’Ukraine puisse/doive un jour intégrer ses rangs. il n’empêche : ce qui se passe en Ukraine tout comme le comportement de la Russie oblige l’UE à affronter la réalité, et donc à prendre ses responsabilités.

La rédaction – Pensez-vous, comme le géographe Michel Foucher s’exprimant récemment lors d’un débat à la revue Esprit(5), que les sanctions économiques ne peuvent tenir lieu de politique et qu’il est erroné d’espérer voir V. Poutine fléchir ses positions lui qui, d'ordinaire, se montre particulièrement actif, voire offensif.

Je suis de ceux qui pensent que les sanctions économiques et une aide militaire à l’Ukraine sont nécessaires et, espérons-le, peuvent être efficaces. Les États-unis qui soutiennent cette option ont certes beau jeu à le faire sachant que ces sanctions leur coûtent moins cher qu’aux Européens(6). Dès lors qu’il est exclu de faire la guerre, je ne vois pas de quelles autres armes nous disposons face à un V. Poutine prêt à engouffrer son pays dans un long épisode belliqueux au nom du fait que l’ordre international ne peut être régi par la « domination unilatérale » d’une seule grande puissance. Sergueï Karaganov, directeur du conseil scientifique de l’Observatoire franco-russe, ne dit rien d’autre quand il fait de la Russie un second Occident attaché à son pré-carré impérial qui ne veut ni de l’hégémonie asiatique, ni de l’hégémonie américaine.

Le budget militaire de la Russie a plus que doublé en l’espace de dix ans (soit 4,2 % du PIB selon les données de la Banque mondiale) ; l’armée qui est entrée en Ossétie du Sud en 2008 était bien différente de celle qui, aujourd’hui, opère des incursions en territoire ukrainien. Sachant pouvoir compter sur une opinion publique pour l’heure favorable, le raisonnement du maître du Kremlin repose sur trois éléments : conjurer le fait qu’un pays à sa porte puisse emprunter une voie (par trop) démocratique, recourir à la théorie de l’encerclement pour faire accepter à la population russe des revers économiques voire des privations (découlant notamment des sanctions), rétablir la Russie dans son rôle de puissance mondiale. Dès son discours d’investiture en 1999, n’a-t-il pas déclaré que la dislocation de l’Union soviétique constituait à ses yeux la plus grande des catastrophes ? Mais il y a peu de gens pour dire que V. Poutine va trop loin et, face à lui, que peut-on faire d’autre que d’appliquer des sanctions économiques, armer les Ukrainiens et soutenir l’opposition démocratique ?

La rédaction – Si l’on regarde à présent du côté des États-Unis et de la relation transatlantique, croyez-vous que la formation de la coalition militaire de plusieurs pays occidentaux contre ledit État islamique soit de nature à resserrer le partenariat. Comme l’a constaté récemment dans nos colonnes Maya Kandel(7), celui-ci a beaucoup perdu de sa force, exception faite du versant économique où les pourparlers pour la signature d’un Traité transatlantique de commerce et d’investissement avancent en dépit de certaines réticences, côté européen ?

Effectivement, la politique extérieure de Barack Obama consistant d’une part à faire de l’Asie le principal pivot, d’autre part à se retirer des terrains de guerre dans lesquels la présidence Bush avait embourbé l’Amérique a été perçue par l’UE comme une façon de se désintéresser, de se détourner d’elle. Que B. Obama ne se soit pas déplacé pour assister aux cérémonies de la chute du mur de Berlin a conforté cette interprétation. Mais il est également vrai que la guerre en Ukraine est venue modifier cette posture, Washington étant à l’initiative de la décision de l’Otan d’aider l’Ukraine. Sur ces entrefaites, a surgi la question dudit État islamique, l’horreur des décapitations retournant brusquement l’opinion des Américains jusque-là hostiles, à quelque 60 %, à toute intervention extérieure (« No boots on the ground »). L'UE ne s'est d'ailleurs pas engagée en tant que telle dans la coalition militaire et la France a accepté d'y être sous certaines conditions.  

Au dernier Sommet du G20, B. Obama a clairement fait entendre que l’attitude de la Russie représente un danger. Mais la lutte contre le terrorisme n’en demeure pas moins la priorité numéro un de Washington ; mener à leur terme les négociations concernant les deux grands traités de coopération économique (d’une part avec l’Asie, d’autre part avec l’UE), la deuxième et, en troisième ressort, vient le dossier ukrainien. Cet agenda rejoint d’une certaine manière le relatif attentisme des Européens ou plutôt une sorte de fatalisme comme l’illustre la rapidité avec laquelle ces derniers ont, de fait, fait une croix sur la Crimée. L’Ukraine a réveillé les vieux démons de la Guerre froide mais avec, cette fois, des États-Unis beaucoup moins disposés à s’engager car occupés à d’autres objectifs jugés plus prioritaires... au point d’engendrer en Allemagne, une certaine suspicion, le sentiment que l’on ne peut plus totalement faire confiance aux Américains en matière de défense collective.

Est-ce là suffisant pour accélérer la constitution d’une Europe de la défense crédible qui, cette fois, ne se heurte plus aux réticences américaines et fasse que l’Union sorte de cet état d’« impuissance agitée » dont je faisais état dans vos colonnes en 2011 ?

Cette question de la guerre en Ukraine qui perturbe considérablement certains États membres, constitue finalement aussi un risque de détricotage de la construction européenne car elle porte atteinte à la cohésion déjà fragile et toute relative de ses rangs. Ceci étant, pour finir sur une note d’espoir, il semble qu’une prise de conscience s’opère, chacun assouplissant son attitude ; ainsi, de l’Allemagne, qui commence à reconnaître que l’austérité n’a pas réponse à tout et qu’elle ne peut ignorer complètement les contraintes de la géopolitique.

Notes
(1) « La réalité européenne actuelle se caractérise par une impuissance agitée » entretien avec Pierre Hassner, Grande Europe, n° 37, octobre 2011 – La Documentation française © DILA
(2) S’exprimant au micro de France Culture dans le cadre de l’émission « L’esprit public », le 16 octobre 2014.
(3) Cette phrase est tirée de la contribution de P. Hassner « Revanche et misère des frontières » in Jean Birnbaum (sous la dir. de), Repousser les frontières, Folio, coll. INÉDIT essais, 2014, Paris, pp.149-155.
(4) Voir Anne-Marie Le Gloannec, « L’Europe et ses voisins. Des politiques sans stratégie » in Renaud Dehousse (sous la dir. de), L’Union européenne- 4e édition, Les Notices, La Documentation française, Paris, 2014, pp. 279-288. À paraître.
(5) Michel Foucher s’exprimait dans le cadre d’un débat consacré à l’Arctique organisé par la revue Esprit le 13 novembre 2014 à l’occasion de la parution de M. Foucher (sous la dir. de) L’Arctique. La nouvelle frontière, CNRS éditions, 2014.
(6) Voir à ce sujet, l’étude éclairante publiée par le WIIW, « On Thin Ice. CESEE Core Resilient in the Face of EU Stagnation and the Ukraine Crisis. Economic Analysis and Outlook for Central, East and Southeast Europe,Forecast Report, Autumn 2014, notamment pp. 30-44 sur les sanctions contre la Russie et leurs coûts pour les acteurs respectifs (États-unis, États membres, Russie).
(7) Voir Maya Kandel, « L’Europe et la seconde administration Obama », P@ges Europe, 6 mai 2013, La documentation française – DILA ainsi que « Les défis du partenariat transtlantique », P@ges Europe, 3 septembre 2014, La Documentation française © DILA 

* Pierre Hassner est auteur de nombreuses contributions et ouvrages parmi lesquels :
La violence et la paix : de la bombe atomique au nettoyage ethnique, Le Seuil, Paris 2002.
• Avec Roland Marchal, Guerres et sociétés. État et violence après la Guerre froide, Karthala recherches internationales, Paris, 2003.
La terreur et l’empire. La violence et la paix, tome 2, Éditions du Seuil, Points Essais, 2006.
Les Relations internationales, Les Notices, La Documentation française, 2012, 348 pages.
• Avec Gilles Andréani, Justifier la guerre ? SciencesPo Les Presses, 2nd édition revue et augmentée, 2013, 485 pages.

Pour citer cet article : entretien avec Pierre Hassner, « L’Union européenne à la peine », P@ges Europe, 19 novembre 2014 – La Documentation française © DILA

 

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