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COMMISSION NATIONALE DE L'INFORMATIQUE ET DES LIBERTÉS
20e rapport d'activité 1999
prévu par l'article 23 de la loi du 6 janvier 1978
Avant-propos
Un fichier épidémiologique de suivi de la séropositivité au sida, le fichier national d'empreintes génétiques des personnes condamnées pour infraction sexuelle, une loi autorisant l'administration fiscale à utiliser le NIR, l'informatisation des registres d'inscription des pactes civils de solidarité, le recensement général de la population, et Internet toujours, moyen désormais le plus puissant de collecter des données personnelles à l'échelle mondiale : la CNIL a été tout au long de cette année 99 au cur de l'actualité.
Alors, ce XXe rapport d'activité serait-il le journal intime de « Big Brother » ?
Nullement, car au-delà de l'action de la CNIL, jamais sans doute nos concitoyens n'ont manifesté avec autant de force, et parfois de passion, leur attachement aux droits qui leurs sont reconnus par la loi du 6 janvier 1978 et leur souci de transparence, tant à l'égard de l'Etat, de ses procédures, de ses fichiers, qu'à l'égard des entreprises avec lesquelles ils sont en contact dans leur vie quotidienne. Cette vigilance est un beau signe de vitalité et un élément qui concourt à l'équilibre entre informatique et libertés.
C'est cet équilibre que le législateur de 1978 a recherché en édictant des principes simples et clairs qui constituent un utile viatique à l'heure de la société de l'information. La CNIL l'a déjà souligné : la constitution d'un fichier résultait jadis d'une volonté. Nous étions fichés parce que quelqu'un souhaitait nous ficher. Aujourd'hui, nous pouvons aussi être « fichés » du seul fait de la technologie qui produit des traces sans que nous en ayons toujours pleinement conscience. Ces traces constituent autant de gisements de données qui touchent à notre vie privée et qui peuvent être exploitées, détournées, portées à la connaissance de tiers.
Jamais sans doute les principes établis par la loi du 6 janvier 1978 n'ont eu une telle actualité. A l'heure des réseaux et du « tout numérique », ces principes sont autant de sauvegardes : principe de finalité, contrôle de la pertinence des données collectées, confidentialité des informations nominatives, droit d'accès et de rectification, droit d'opposition, droit à l'oubli enfin.
Jamais, en tout cas, ces principes n'ont eu une telle force. Désormais communs à tous les Etats membres de l'Union européenne, ils sont en voie d'être consacrés au plan mondial. La discussion bilatérale en cours entre l'Europe et les Etats-Unis sur les flux transfrontières de données en est l'illustration. Certains avaient pu redouter que la législation française ne résiste ni à la globalisation des échanges ni à l'internationalisation de la société de l'information. Force est pourtant de constater que l'expérience française de la protection des données personnelles a convaincu l'Europe, et qu'Internet devient un puissant instrument de diffusion de la culture « informatique et libertés » dans le monde.
Il nous reste à actualiser la loi du 6 janvier 1978 puisque la directive européenne du 24 octobre 1995 nous y invite. Le moment est évidemment venu. Il nous appartient collectivement de veiller à renforcer la confiance, tous les acteurs privés ou publics doivent s'en convaincre. Les responsables de traitements devraient devenir des relais « informatique et libertés » et participer ainsi à la protection des données personnelles désormais conçue, non plus seulement comme une obligation, mais comme la condition indispensable d'une relation confiante avec nos concitoyens.
Michel Gentot